Tunisie : Manifestation contre le retour des djihadistes
La Tunisie compte plus de 5000 ressortissants dans les rangs d’organisations djihadistes à l'étranger, notamment en Irak, en Syrie ou encore en Libye.
A l’appel d’un mouvement citoyen, un millier de Tunisiens ont manifesté, hier, dans le centre de Tunis pour protester contre un éventuel retour au pays des djihadistes, qui représenterait, selon eux, une «grande menace» pour la sécurité nationale, rapporte l’AFP. Les protestataires ont aussi exprimé leur colère, notamment contre le parti islamiste Ennahdha et son chef Rached Ghannouchi. Ce dernier a soutenu récemment l’idée de «repentance» pour les djihadistes tunisiens qui voudraient rentrer chez eux, à la condition qu’ils abandonnent la violence.
La Tunisie compte plus de 5000 ressortissants dans les rangs d’organisations djihadistes à l’étranger, notamment en Irak, en Syrie ou encore en Libye, selon le groupe de travail de l’ONU sur l’utilisation de mercenaires. Pour le gouvernement tunisien, ils seraient moins de 3000. Un débat est engagé depuis des semaines dans le pays sur la perspective d’un retour massif de ces djihadistes, un sujet qui suscite l’inquiétude de nombreux Tunisiens. Des voix ont même appelé à déchoir ces djihadistes de leur nationalité. Interdite par la Constitution, cette mesure a été rejetée par le président Béji Caïd Essebsi. «On ne peut empêcher un Tunisien de revenir dans son pays (...), mais évidemment, nous allons être vigilants», a-t-il dit.
Le 29 décembre, le Premier ministre, Youssef Chahed, a affirmé de son côté que son gouvernement «n’était pas favorable» au retour des djihadistes. Dans un communiqué rendu public fin décembre, le Syndicat national des forces de sécurité intérieure a fait état d’un risque de «somalisation» de la Tunisie en cas de retour massif des djihadistes tunisiens dans leur pays, exhortant le gouvernement à prendre des «mesures exceptionnelles», dont la déchéance de nationalité.
«Le retour en Tunisie des terroristes en provenance des foyers de tension est alarmant et peut conduire à la somalisation du pays», est-il relevé dans le communiqué. Ces djihadistes ayant notamment combattu en Irak, en Syrie et en Libye «ont reçu des formations militaires et appris à manipuler toutes sortes d’armes de guerre sophistiquées», a indiqué le syndicat.
Déplorant «l’absence de volonté politique» et de «décision souveraine claire», les forces de sécurité ont exhorté le gouvernement à prendre des mesures «exceptionnelles», mentionnant en particulier «la déchéance de nationalité». Ces djihadistes pourraient rejoindre les «cellules dormantes» du pays, et «accepter leur retour (...) contribuera à élargir le cercle du terrorisme», a prévenu ledit syndicat.
Collusion
Lors d’une conférence de presse animée vendredi dernier, le porte-parole de la Garde nationale (gendarmerie) tunisienne, Khlifa Chibani, a déclaré que les autorités tunisiennes ont arrêté, en décembre, un «fonctionnaire» qui informait les «extrémistes» des opérations sécuritaires à venir. Les connivences d’agents sécuritaires avec des extrémistes sont régulièrement évoquées ces dernières années dans le cadre de débats publics.
En septembre 2015, le ministère de l’Intérieur avait reconnu le licenciement de 110 membres des forces de l’ordre, dont certains pour leurs liens présumés avec des groupes aux idéologies «terroristes». Leur limogeage est «lié, après enquêtes, à des soupçons très sérieux d’appartenance à des organisations terroristes ou à leur sympathie» pour de tels mouvements, ainsi que pour «activités de contrebande» et «abus de pouvoir», a affirmé le porte-parole du ministère de l’époque, Walid Louguini. Ces agents appartiennent à «différents corps : police, Garde nationale, armée, douane», a-t-il précisé.
