Claude Fournier, des vignes du sancerrois aux dunes de Paris-Dakar
À Sancerre, les trophées de courses automobiles s’accumulent sur les étagères de Claude Fournier, âgé de 69 ans. Loin de prendre la poussière, ces victoires, le Sancerrois, les a acquises très récemment. « Le plus beau esthétiquement parlant?? C’est mon titre de champion du monde de rallye-raid que j’ai obtenu en 2017. Mon nom est gravé dessus. » Cette année encore, Claude Fournier est bien parti pour remporter le championnat du monde Bajas, des courses de rallyes qui se déroulent sur deux ou trois jours.
« À l’issue des quatre premières courses, je suis premier. Il en reste encore cinq qui se dérouleront toutes en Europe. » Des succès qu’il obtient alors même qu’il est le plus âgé à s’élancer.
« Ça les vexe un peu que je sois devant alors que je suis plus âgé qu’eux. Tout le monde m’appelle le papy des rallyes. »
Ses premières heures de gloire, le Sancerrois les a connus, en 1991, sur une course mythique : Paris-Dakar. « Pour ma première participation, j’ai terminé 32e au classement général et premier parmi ceux qui découvraient la compétition. » Trente ans plus tard, il ne souhaite qu’une chose : pouvoir être sur la ligne de départ pour la quatrième fois et terminer, une fois de plus, la course.
Le Sancerrois a pris le départ à trois reprises du Paris-Dakar. En 2018, il termine 3e de sa catégorie. Photos Pierrick Delobelle
« Je ne suis pas le plus rapide des pilotes, mais je suis toujours là à la fin des courses. Le Paris-Dakar, c’est une épreuve humaine, qui est très dure. C’est comme si on faisait un match de football pendant plus de six heures, tous les jours durant deux semaines. » C’est en traversant les dunes de sable que Claude Fournier trace ces succès. Un exercice qu’il affectionne, mais qui peut se révéler dangereux. « Les plus dures que j’ai rencontrées de ma carrière se trouvent à Abu Dhabi. Quand on est en haut, on peut chuter de quatre à cinq mètres. »
De 2 à 120 hectares de vignes
Malgré ces conditions, le retraité n’a abandonné qu’une fois tout au long de sa carrière. C’était à la fin de l’année 2018 suite à un problème mécanique, en Hongrie. Une année déjà bien compliquée pour le pilote de Sancerre.
« Je venais de me remettre de mon cancer de la prostate. Quand j’ai appelé Polaris, mon ancienne équipe, on m’a dit qu’il n’y avait plus de voitures pour moi. Quand on a un cancer, on considère qu’on est bon à mettre à la poubelle. Mais, heureusement, une autre équipe m’a donné une seconde chance. »
Au quotidien, Claude Fournier est un combatif face aux épreuves familiales. « Je ne souhaite à personne notre vie. Mon fils est mort dans un accident de voiture. Et, depuis ce jour-là, ma femme ne dort presque plus. C’est une des séquelles de sa rupture d’anévrisme. » Pour autant, Claude Fournier garde le sourire surtout quand il évoque ses vignes, qu’il peut observer depuis la fenêtre de son espace de travail à Sancerre. « Dans les parcelles qu’on voit derrière, certaines sont à moi », affirme-t-il avec un large sourire.
Avant sa retraite, Claude Fournier était viticulteur à Sancerre. Photos Pierrick Delobelle
Lorsqu’il a démarré dans le vignoble avec son père en 1970, les Fournier ne comptaient que deux hectares de vignes. Lorsqu’il a pris sa retraite, il en possédait 120. « Dans les années 70, c’était la misère dans le coin. Le vin ne se vendait pas. Au fil du temps, on a planté de plus en plus de vignobles et acheté ceux des voisins pour devenir l’une des plus grosses entreprises de la région dans ce secteur. » Les bouteilles de Claude Fournier se sont exportées dans 72 pays à travers le monde.
Quinze années de rugby
En plus de briller à l’international, le Sancerrois a également défendu les couleurs du club de rugby de sa commune durant une quinzaine d’années. « Quand j’ai débuté, je n’y connaissais rien. C’était une ambiance très sympathique, notamment les derbys contre Bourges. » Les dunes n’étaient pas présentes, mais le retraité évoluait déjà dans des conditions très compliquées.
« Je me souviens d’un match contre La Charité sur Loire où notre terrain ressemblait à un champ de boue. On n’arrivait même pas à se reconnaître tellement on était couverts de terre. Les adversaires et nous?? On était tous dans le même état. Ce jour-là, on s’impose 3-0 ou 6-3. On est très loin des scores de rugby habituels. »
En 1975, Claude Fournier faisait partie de l'équipe de rugby de Sancerre (Sur la ligne du haut, troisième en partant de la gauche).
Hyperactif, Claude Fournier a tout de même attendu la retraite pour se lancer dans le sport automobile. Seule exception au tableau : sa première participation au Paris-Dakar, en 1991. Pourtant, le Sancerrois a toujours eu un amour pour les courses de voitures. « Quand j’étais plus jeune, je voulais faire du karting. Mais, mon père n’avait pas les moyens pour que je puisse en faire. Et, dès l’âge de 16 ans, je suis allé voir les 24 heures du Mans. »
Le Sancerrois Claude Fournier a bouclé son troisième Dakar
Aujourd’hui, Claude Fournier a les moyens de parcourir le monde, mais cela pourrait ne pas durer longtemps. « Chaque année, je mets 300.000 euros de ma poche pour pouvoir participer aux différentes compétitions. Une course en Baja, c’est 40.000 euros et le Paris-Dakar, c’est 400.000 euros. » Une somme que le Sancerrois a pu débourser ces dernières années en allant chercher des sponsors, mais également grâce à la vente de son entreprise de vin à un entrepreneur hollandais.
« J’ai envie d’y retourner sur le Paris-Dakar, mais financièrement, je ne pourrais pas. Je n’ai pas le temps d’aller démarcher des sponsors pour obtenir une telle somme. Je cherche une personne qui puisse le faire pour moi et m’aider dans la poursuite de mes objectifs. »
Mais, Claude Fournier n’a pas prévu d’arrêter de travailler. Il compte une nouvelle activité à son actif : marchand de biens sur l’île de Ré. « Je me rends une fois par mois sur place. Cinq maisons ont déjà été rénovées par une entreprise locale. » Claude Fournier n’a décidément pas prévu d’être un retraité comme les autres. « Je travaillerais jusqu’au dernier jour de ma vie. »
Aux bons souvenirs de la Formule 1Pilote de rallye-raid, rugbyman, viticulteur, marchand de biens et également commissaire des courses de Formule 1. Claude Fournier a eu la chance de pouvoir rencontrer Alain Prost et Ayrton Senna. « Lorsque j’étais commissaire de Formule 1, on avait l’occasion de discuter avec les pilotes, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. À chaque course, j’allais voir Ayrton Senna. Alors, le jour où il est mort, j’étais en larmes. » Durant quinze années, Claude Fournier était au bord du circuit pour prévenir d’un éventuel danger pour les pilotes. L’occasion pour le Sancerrois de se rendre sur de multiples circuits à travers le monde. « D’un point de vue sportif, le meilleur circuit se situe en Autriche, mais du point de vue du prestige, c’est évidemment Monaco. Le circuit se trouve dans la ville. C’est incroyable?! »
Antoine Richard
