Le plan d'eau de Vichy (Allier) remis en eau à la mi-août... si tout va bien
Étonnant jeu des vases communicants, dans cette nuit du 27 au 28 juin, à Vichy. D’un côté, les rues de la commune de Bellerive ou l’hippodrome inondés, de l’autre le plan d’eau d’Allier qui se vide de son eau, après la rupture d’une vanne du pont-barrage. Aucun lien de causalité entre les deux, juste deux conséquences diamétralement opposées de mêmes conditions climatiques dantesques.
Aujourd’hui, l’eau de l’Allier n’a pas encore terminé de couler sous les ponts. D’où cette illusion, selon les méandres de la rivière, qu’elle n’a pas encore touché le fond. Illusion entretenue par les précipitations de ces derniers jours. Pourtant le fond est bien là. Et pas d’autre solution, dans l’immédiat, pour les pouvoirs publics, que de laisser s’échapper les flots. La solution, heureusement, issue d’une concertation entre la Ville de Vichy, les services de l’État, et l’entreprise à l’œuvre sur le chantier du pont-barrage, Baudin Chateauneuf. « Nous avons analysé toutes les pistes, exploré toutes les hypothèses », détaille Frédéric Aguilera, maire LR de la cité thermale. Notamment celle de batarder (mettre au sec, NDLR) la vanne n°6, celle qui a lâché, à l’instar de sa voisine, la 7, actuellement en travaux.
« Mais les moyens techniques et les délais de livraison étaient trop importants », déplore l’élu. À l’arrivée, une option retenue : accélérer les travaux sur la vanne n°7, pour passer le batardeau sur la n°6. Concrètement, tout ce que l’entreprise peut réaliser sans batardage, elle le fera plus tard. « Cette solution permettrait, mais cela dépend de nombreux facteurs, une remise en eau pour la mi-août. »
Après l’annulation, notamment, du championnat de France d’aviron, une telle perspective sauverait l’événement sportif majeur de l’été bourbonnais : l’Ironman de Vichy, prévu le 22 août, et qui attire 4.000 athlètes sur le lac d’Allier. Elle redonnerait aussi le sourire à tous les acteurs du plan d’eau. Loueurs de bateau, restaurateurs, les bases de loisirs… Pour eux, l’agglomération, dotée de la compétence économique, devrait voter un plan d’aide, dès septembre, après évaluation des pertes. Mais l’enjeu n’est pas uniquement économique ou touristique.
« Si cette remise en eau le plus vite possible est essentielle, c’est que l’Allier est la source d’approvisionnement en eau potable de tout le bassin. »
« En période de fortes tensions et de sécheresse, nos deux usines d’eau de Vichy et Bellerive servent déjà, notamment, à remonter de l’eau en Montagne bourbonnaise. En hiver, cela fragiliserait 25.000 habitants, mais en été, c’est beaucoup plus?! »
Et pour cause : l’agglomération vichyssoise est la deuxième d’Auvergne en termes de population, derrière celle de Clermont-Ferrand. Le risque, si le niveau ne remonte pas : un désamorçage de la prise d’eau. Le problème se poserait aussi sérieusement pour l’arrosage de l’hippodrome de Vichy ou du golf, situés sur les rives d’Allier.Mais le maire se veut optimiste. « Le calendrier me semble tenable. L’hypothèse de travail, c’est que la vanne soit réparée la première semaine d’août et qu’on commence à remplir le 7 août. Après, il faut entre cinq et dix jours, selon les conditions météo, le débit… »
Et aussi, selon le barrage de Naussac (Lozère), en amont, à 227 kilomètres de là, auquel Vichy devrait demander de l’aide afin de libérer une quantité d’eau suffisante pour faire remonter plus rapidement le lac. D’autant qu’« on ne peut pas assécher la rivière en aval pour remplir le plan d’eau?! »
Mais là encore, rien n’est simple : « Entre Naussac et Vichy, il y a un barrage en travaux, celui de Poutès (Haute-Loire). Et lui, au contraire, ne souhaite pas qu’on lâche trop d’eau. Nous discutons de tout cela avec le gestionnaire, EDF », termine Frédéric Aguilera. En attendant que toutes les planètes s’alignent, tout le monde croise les doigts.
Matthieu Perrinaud
