Les œuvres de l'artiste Daniel Riberzani, installé en Haute-Vienne, exposées en Creuse cet été
C’est une figuration critique de notre société. Ces « nus » un peu particuliers sont une part inédite de l’œuvre de Daniel Riberzani (une seule exposition de cette série à Caen en 2007).
Alors âgé de 15 ans, le jeune Daniel a été confronté par hasard et pour la première fois à la présence et à la force d’un nu féminin à l’École des Arts Appliqués à Paris. « Alors que de 1990 à 2004, j’enseignais le dessin aux Ateliers Beaux-Arts de la ville de Paris, j’ai entrepris pour mon compte, en parallèle, des séries de dessins d’après modèle vivant. Ils étaient destinés à faire des gammes. Je les ai appelés Dessins d’entretien, auxquels ont suivi les dessins Expressionnistes. D’autres, qui n’avaient apparemment aucun rapport avec un quelconque engagement, auxquels j’ai ajouté des mots ou des phrases, sont devenus plus actifs et donc plus politiques », raconte l’artiste.
Une femme va marquer son parcours. « Les poses avec Maria sont allées de soi, même si ce travail en commun était rude : poses de résignation, de soumission, d’indignation, de provocation, d’indécence… Ces postures traduisaient également la vulnérabilité, la colère, le refus et la révolte, explique Daniel Riberzani. Dialogue, grève, violence, pour un résultat souvent nul. Donc, il ne reste plus que des solutions extrêmes : la grève de la faim, se dénuder ou se défenestrer, acte ultime contre ces pouvoirs indifférents et décomplexés en collusion avec le monde financier. »
Le nu comme ultime choixSi l’histoire est chargée de ces humains acculés au désespoir et qui n’ont d’autre choix que de se dévêtir pour espérer être écoutés, les exemples dans un passé plus récent ne manquent pas : les intermittents du spectacle, les Femen, les membres de l’IRA, en Irlande du Nord, en 1981, à qui la Dame de fer refusait le statut de prisonniers politiques…
« À partir de 2012, une grande partie de ces dessins que j’avais appelés Dessins engagés pouvait être nommée Nus politiques, car certains sont devenus plus explicites, ayant ajouté des mots d’ordre, des déclarations… référencés dans la mémoire collective. Ils concernent nos dirigeants, leurs actions et ces crises financières toxiques. D’autres, caractérisés par l’expression commune ‘‘C’est le corps qui parle’’, se sont imposés d’emblée », conclut l’artiste.
Vernissage. Samedi 10 juillet à 11 heures dans la salle de la Bourse du travail à l’hôtel de ville d’Aubusson (Creuse)
Anne-Marie Muia anne-marie.muia@centrefrance.com
