Risques : pourquoi les usines Adisséo et Erasteel à Commentry (Allier) font-elles l'objet d'un même "Plan particulier d'intervention" ?
Elles ne font désormais plus qu’un en matière de gestion des risques industriels. L’aciérie Erasteel et la plateforme chimique Adisséo à Commentry sont concernés par un même « Plan Particulier d’Intervention » (PPI).
Une seul "Plan Particulier d'Intervention" pour deux sites SevesoUne disposition prise par arrêté préfectoral signé le 2 juin 2021. Les deux sites sont classés Seveso « seuil haut » (sites liés à un risque d’accident majeur). Ils doivent à ce titre faire l’objet d’un PPI : document élaboré par le préfet visant à planifier les mesures à prendre pour protéger les populations, les biens et l’environnement en cas d’accident important.
Ce PPI Adisséo/Erasteel concerne la commune de Commentry et une partie de celles de Chamblet, Colombier, Doyet, Malicorne et de Néris-les-Bains. Un document unique qui surprend Andrée Rouffet-Pinon, vice-présidente de l’association France Nature Environnement Allier, qui siège au Coderst (Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques) de l’Allier, organe consulté par le préfet en matière d’installations classées.
Il n’est pas normal que les deux PPI soient rassemblés. Ces usines utilisent des produits différents. On ne peut pas traiter ces deux sujets d’une même façon
Andrée Rouffet-Pinon (France Nature Environnement Allier)
Site de l'aciérie Erasteel à Commentry (Allier).Pas de risque de "sur-accident" selon la préfectureLa préfecture précise de son côté qu’en cas d’accident, « les moyens mis en œuvre sont quasiment identiques à ceux qui étaient prévus auparavant ». Le nouveau PPI exclut également le risque de “sur-accident” (soit un effet “domino” si un problème devait se produire sur l’un ou l’autre des sites).
La préfecture nous a demandé de réaliser un seul PPI suite au classement Seveso seuil haut de l’usine Erasteel (en 2016 suite à l’accueil sur le site d’une activité de recyclage de piles, de batteries et de catalyseurs pétroliers N.D.L.R.). C’est cohérent, car cela permet de simplifier l’alerte pour les populations via un seul signal d’alarme
Emmanuel Goldberger (directeur des opérations France d’Adisséo)
Franck Bellemain, directeur Hygiène et sécurité du site Erasteel développe un autre point de vue : « Nous sommes dans la zone d’influence d’Adisséo. Si ce site émet un nuage toxique, nous devrons l’aider dans la gestion de tâches annexes, comme la surveillance de la météo avec notre station interne ».
Confinement des populations en cas de danger majeurPourtant, le PPI notifie aussi bien pour Adisséo (lire encadré) que pour Erasteel des risques d’ « incendie », d’ « explosion » et de « rejet toxique ».
Mais, pour François Wasser, directeur du site Erasteel, le risque le plus sérieux serait celui d’une « explosion au contact du métal. Mais l’onde de choc n’affecterait pas l’extérieur du site ».
Dans ce cas, l’entreprise devrait mettre en œuvre son “Plan d’opération interne” (POI), destiné à circonscrire le sinistre dans l’enceinte de l’usine. Dans le cas contraire, le PPI pourrait être déclenché par le préfet qui prendrait alors les commandes des opérations (coordination des forces de sécurité et des secours).
Pascal Magnien, chef de service Patrimoine, prévention et sécurité des services techniques de la ville de Commentry, explique que l’une des premières mesures qui pourraient alors concerner les populations serait un « confinement portes et fenêtres fermées ».
Adisséo lance "Java" et "O’disséo". Adisséo Commentry produit des nutriments pour animaux d’élevage. Une importante quantité de chlore gazeux est stockée sur le site pour élaborer de la vitamine A. La société compte inaugurer en octobre le projet “Java”. « Afin d’éliminer tout risque de fuite de chlore, produit toxique, nous allons remplacer cette substance par de l’eau de javel », commente Emmanuel Goldberger, directeur des opérations France d’Adisséo. Le site de Commentry souhaite aussi mettre en service une nouvelle station de traitement des eaux (projet O’disséo). Le but : mieux épurer « les substances organiques générées par le site, en particulier les substances azotées », dit Emmanuel Goldberger.
Texte : François Delotte
Photos : Florian Salesse
