Il avait inondé la brigade de gendarmerie de Combronde (Puy-de-Dôme) d'appels téléphoniques malveillants : six mois de prison avec sursis
A la barre du tribunal correctionnel clermontois, où il comparaissait le 2 juin dernier, cet homme de 71 ans a finalement décidé de se passer des services d’un avocat pour assurer sa défense et de s’expliquer « à la fin ». Même s’il lui sera difficile de ne pas interrompre à maintes reprises la présidente, Anne David, durant l’instruction de son dossier…
Il enregistre les propos d'un gendarme à son insuPlacé sous contrôle judiciaire depuis le début de cette année, il était poursuivi pour une multitude d’appels téléphoniques intempestifs passés à la brigade de gendarmerie de Combronde, entre mai et juin 2020, puis entre octobre 2020 et janvier dernier. Mais aussi pour avoir outragé un gendarme de cette unité et, enfin, pour avoir diffusé sur Youtube – où il est toujours accessible – l’enregistrement sonore, capté illégalement en octobre 2020, d’un échange avec un militaire de cette même brigade, lors d’une demande de dépôt de plainte.
Il s’agissait là des épisodes les plus récents des relations tumultueuses que le septuagénaire entretient depuis quelques années avec les gendarmes locaux. Plus précisément depuis 2018, lorsque le prévenu tente de déposer plusieurs plaintes, après une série d’agressions – qu’il qualifie d’ailleurs de « tentative de meurtre » – dont il affirme avoir été victime à plusieurs reprises, cette année-là, de la part du même homme. Cette procédure sera finalement classée sans suite par le parquet clermontois, à l’issue des investigations menées par les gendarmes. Mais le plaignant ne veut rien savoir et refuse que son histoire en reste là.
« Vingt-six mois se sont écoulésavant que ma plainte ne soit reçue »Ses appels téléphoniques malveillants étaient ainsi destinés, selon lui, « à alerter les autorités sur le peu de considération » dont il estime être victime. « Il a fallu vingt-six mois avant que la gendarmerie accepte d’enregistrer ma plainte », martèle-t-il face aux magistrats. Tout en suggérant, un peu mystérieusement, que « l’enquête des gendarmes est incomplète » et qu’« il y a trop de mensonges là-dessous ». « Ce qu’il faut, c’est qu’une instruction soit ouverte pour dépatouiller cette affaire », tranche-t-il, d’un air entendu, en guise de synthèse.
Présents dans la salle d’audience et appelés à témoigner à la barre, deux des gendarmes de la brigade de Combronde visés par les « attaques » du septuagénaire indiquent sobrement « qu’il est enfermé depuis des années dans son histoire et ses procédures ». « Des patrouilles ont été envoyées chez lui chaque fois que des faits ont été signalés, des vérifications ont été faites, des investigations ont été menées, mais cela n’a jamais débouché sur quoi que ce soit de concret », ajoutent les militaires. Ces conclusions n’ont évidemment jamais trouvé grâce aux yeux du prévenu, qui explique être « dans une révolte totale ». Et n’est visiblement pas prêt à mettre fin à la guerre des nerfs et à l’interminable dialogue de sourds qui l’oppose aux gendarmes et, plus largement, à l’appareil judiciaire.
« Pendant qu’il mobilisait les gendarmes pour rien, ceux-ci ne pouvaient pas enquêter sur des faits réellement importants et ne pouvaient pas non plus prendre des appels vraiment urgents ».
Le procureur de la République, Emmanuelle Cano, a fustigé le comportement du prévenu, et plus particulièrement « les 277 appels abusifs passés à la brigade de Combronde », avant de requérir dix mois de prison avec sursis probatoire, avec interdiction de paraître à la brigade de Combronde, obligation de soins et confiscation du téléphone ayant servi à enregistrer l’échange avec le gendarme, qui fut mis ensuite en ligne sur Internet.
Suite à ces réquisitions, le prévenu a lâché une phrase faisant figure de promesse : « je ne céderai à rien ! ».
Le tribunal, qui avait mis sa décision en délibéré, l’a condamné, le 24 juin, à six mois de prison avec sursis. Il devra également verser un euro symbolique de dommages et intérêts à deux des gendarmes de la brigade de Combronde qui se sont constitué parties civiles.
Christian Lefèvre
