"Nous sommes la génération Covid" : infirmière de 20 ans à l'hôpital d'Issoire, elle raconte son année 2020
« Je suis jeune, ce sont des années que l’on ne vit qu’une fois et j’ai parfois l’impression de passer un peu à côté. » Cécile Fayolle réside à Vic-le-Comte. Diplômée de l’Institut de formation en soins infirmiers d’Ussel, en Corrèze, la jeune femme travaille depuis l’été au service de soins continus de l’hôpital d’Issoire. Son quotidien est rythmé par les patients atteints du Covid. Un saut dans la vie active auquel elle ne s’attendait pas forcément. Quoique.
Stage écourté et retour forcé du VietnamPartie début 2020 avec deux amies de promotion au Vietnam pour un stage humanitaire dans un hôpital de Saigon, les étudiantes ont été contraintes d’écourter leur séjour en Asie. La pandémie progressait plus vite dans ce secteur de la planète. Une première déception pour la vingtenaire.
« Cela faisait un an et demi qu’on y travaillait. Nous y sommes partis fin février mais nous avons dû revenir plus tôt. »
Ensuite, tout s’enchaîne sur le mode « Covid ». Correspondance en visio pour finaliser le mémoire, annulation du dernier stage de troisième année prévu au service réanimation du CHU à Clermont-Ferrand… Sans compter la fête qui traditionnellement vient couronner l’obtention du diplôme et qui tombe à l’eau. « A l’école, que ce soit les soignants ou autres, on nous a appelé la "génération Covid", je pense quelle définit bien la période dans laquelle nous vivons. »
Une enfance à l'hôpitalFinalement accueillie au centre hospitalier Paul-Ardier, Cécile Fayolle peut finaliser son stage et du même coup commencer sa carrière de professionnelle de santé. « C’est compliqué au début, on sort de l’école et on n’a pas encore confiance en nous. Il faut s’adapter. En plus, avec le Covid, ce sont des prises en charge auxquelles on n’est pas habitués mais c’est très formateur. » Dès son plus jeune âge, elle baigne dans le milieu hospitalier. Pas par choix. Des soucis de santé l’obligent, elle, et sa sœur jumelle à des allers-retours réguliers à l’hôpital.
Je voyais les infirmières comme des héroïnes. Le milieu hospitalier était un endroit où j’aimais aller. Depuis, je n’avais qu’une idée en tête, devenir infirmière et rien d’autre !
Relations sociales et réseaux sociauxLes nuits de garde en soins continus, puis à l’Unité d’aval des urgences Covid (UAU), l’infirmière peut compter sur la solidarité entre collègues. « Je maintiens une vie sociale car je suis à l’hôpital, heureusement ! Pour les personnes qui sont en télétravail, ce n’est pas le cas et c’est plus compliqué. Mais des fois, j’ai envie de me sortir la tête du boulot et ne pas parler uniquement du travail. »
Les amis ? Seulement via les réseaux sociaux. Un moyen de communication qui a ses limites. Rien ne peut remplacer le contact humain. Les relations physiques. « En règle générale, nous sommes frustrés de ne pas pouvoir nous réunir. Mes journées de repos confinées à la maison c’est devant l’écran. À un moment donné, ce n’est plus possible, on en devient aliéné. J’ai besoin de m’aérer l’esprit. Sauf avec ma sœur jumelle, c’est facetime tous les jours », s'amuse-t-elle.
Quel avenir pour ces vingtenaires ?Le mois de décembre est là. Avec lui la perspective en temps normale de fêtes en famille et entre amis pour le réveillon de la Saint-Sylvestre notamment. Comme certains jeunes de son âge, la vingtenaire semble s’être fait une raison.
On ne sait pas comment vont se dérouler les fêtes de fin d’année, à notre âge, on a envie de faire la fête, on se dit que c’est le moment et ça nous passe sous le nez, et vu la situation, je ne crois pas que ce soit raisonnable de se retrouver à cinquante et de faire une chouille?! Pour avoir côtoyé le Covid de près, je me vois mal faire ça.
Alors, comment envisager l’avenir dans ces conditions? Par son métier d’infirmière, Cécile Fayolle sait qu’il va falloir désormais « appendre à vivre avec le virus ». Une vie normalement faite de rencontres qui, de fait, est totalement bouleversée pour une jeune femme de sa génération.
« C’est compliqué en effet, je suis célibataire et en terme de rencontre en ce moment, on va dire que c’est un peu bouché. On est beaucoup à se poser la question de savoir si dans l’année à venir, on arrivera à faire des rencontres. Tout va dépendre des mesures du gouvernement. Je n’ai pas vraiment de projets sur le long terme, notre vie est en suspend ! »
Retourner à New-YorkPour autant, elle qui apprécie par-dessus tout les voyages et les découvertes, ne broie pas du noir et n’abandonne pas ses projets d’évasion. Bien au contraire. « Nous avions prévu un voyage au Pérou, un autre à New-York avec des amies, tout a été annulé. Avec mon père, nous avons l’habitude de partir au mois de février. Là aussi, ça ne se fera pas. Mais je suis jeune, j’ai la vie devant moi ! »
David Allignon
