OM : la succession de Benatia est ouverte
Il y a des départs qui font du bruit, et d'autres qui font réfléchir. Celui de Medhi Benatia appartient à la seconde catégorie.
Quand Frank McCourt a confirmé publiquement, vendredi, que son directeur du football quitterait le club en fin de saison à sa propre demande, l'OM n'a pas seulement perdu un homme clé — il a perdu le fil conducteur de sa reconstruction post-Longoria. Désormais, la question n'est plus de savoir pourquoi Benatia part, mais qui sera capable de reprendre le flambeau dans un contexte institutionnel radicalement transformé.
Car le contexte, justement, a tout changé. Avec l'arrivée imminente de Stéphane Richard à la présidence, l'OM entre dans une nouvelle ère de gouvernance. Et le futur directeur sportif ne travaillera pas dans les mêmes conditions que Benatia : il devra composer avec un président exécutif fort, un propriétaire américain qui entend rester impliqué sur "tous les choix engageants", et un conseil de surveillance actif. Autrement dit, le poste n'est pas celui d'un décideur solitaire, mais d'un bâtisseur collectif. Ce mot — bâtisseur — revient d'ailleurs précisément dans le profil établi par McCourt, qui a mandaté le cabinet Excel Sports Management pour identifier le candidat idéal. Humble, lucide sur les réalités du football français, structurant : voilà l'ADN du profil recherché.
Ghisolfi, le nom qui dit tout sur les ambitions marseillaises
Avant même que les autres noms ne circulent, un dossier s'est ouvert puis refermé très vite : celui de Florent Ghisolfi. Passé par Lens, Nice et l'AS Roma, le dirigeant français coche presque toutes les cases. Il a démontré à Rome une capacité à travailler dans un environnement médiatique sous pression permanente, tout en pilotant des recrutements complexes sur le plan budgétaire. L'approche marseillaise a pourtant été repoussée : Ghisolfi a choisi Sunderland, club anglais en pleine ascension vers la Premier League. Ce refus n'est pas anodin. Il traduit soit une méfiance envers l'instabilité structurelle de l'OM — club qui a eu quatre directeurs sportifs ou assimilés en moins de dix ans —, soit une attractivité du projet anglais jugée supérieure. Dans les deux cas, c'est un signal que Marseille devra décrypter pour ne pas essuyer de nouveaux refus.
Lorenzi, Fournier, Bodmer : trois profils, trois paris différents
Les trois noms qui circulent désormais révèlent autant sur les hésitations marseillaises que sur leurs ambitions réelles.
Grégory Lorenzi, en partance de Brest, incarne le profil émergent : un directeur sportif qui a su construire une équipe compétitive avec des moyens limités, dans un club de province sans la pression médiatique des grands centres. Son nom circule aussi du côté de Nice, ce qui indique qu'il est considéré comme l'une des valeurs montantes du football français. Pour l'OM, le recruter serait un pari sur l'avenir — potentiellement brillant, mais sans garantie de résistance au poids du Vélodrome.
Julien Fournier, lui, est libre de tout contrat. Expérimenté, passé par Nice et Paris FC, il possède une vraie culture du recrutement et des réseaux solides. Son profil correspond davantage à celui d'un gestionnaire expérimenté qu'à un visionnaire. Dans une période de transition, sa disponibilité immédiate pourrait peser dans la balance.
Mathieu Bodmer, sous contrat avec Le Havre, représente le candidat le plus inattendu de la liste. Encore en poste dans un club de Ligue 1 aux ressources modestes, il devrait faire l'objet d'une indemnité de débauchage. Son bilan havrais est solide sur le plan de la gestion des effectifs, mais l'échelon marseillais représenterait un saut qualitatif considérable.
Le vrai enjeu : reconstruire une identité de recrutement
Ce que l'OM cherche vraiment, au-delà d'un nom, c'est une méthode. Benatia avait apporté une forme d'autorité naturelle et un réseau dans le football international, notamment africain. Son successeur devra, lui, structurer davantage les process internes : cellule de recrutement, scouting data-driven, politique de formation cohérente avec les ambitions du club. À ce titre, le choix du cabinet Excel Sports Management est révélateur — c'est une agence anglo-saxonne habituée aux approches analytiques et aux mandats de placement exécutif dans le sport professionnel.
L'OM a jusqu'à la fin juin pour trancher. Chaque semaine perdue, c'est une fenêtre de mercato estival qui se rétrécit avec un poste stratégique vacant. McCourt le sait. Richard aussi. Le compte à rebours est lancé.
