Quelqu’un a dit d’elle qu’elle était «la capitale des barbelés». Exagéré, mais c’est dans l’idée. Les rocades autoroutières qui convergent vers l’entrée du tunnel sous la Manche et vers son port de voyageurs ne sont cadenassées que par de hauts grillages et tout un appareillage électronique de surveillance. Pourtant, Calais, l’ancienne place forte de la Côte d’Opale, est bien, mentalement, une ville d’enfermement. On ne vit pas sous la loi d’un interdit supérieur anglo-français, qui empêche des milliers de migrants de passer en Grande-Bretagne, sans ressentir, à force, sur soi, le poids de cette restriction; sans finir par prendre pour soi les réprobations de tous ceux qui en France et en Europe ne comprennent pas pourquoi, depuis quinze ans, tant d’étrangers se retrouvent de fait assignés à résidence dans la ville, et autour d’elle.
La sous-préfecture du Pas-de-Calais, cité pauvre de 72.000 habitants, où sévit un taux de chômage de 18,5%, est connue de tout le continent pour être, jusqu’ici, la seule frontière européenne où les sorties sont plus sévèrement contrôlées que les entrées; pour être devenue ce «port de l’angoisse» qui regorge de moyens de transports transmanche, trains et ferries, qu’une bonne partie de ses voyageurs en transit n’a pas le droit d’emprunter. À l'est, des murs de grillages Elle est aussi un laboratoire d’anticipation. Qui préfigure ce que risquent de vivre d’autres villes ...
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