L'historien comme militant impossible
Qu'est-ce qu'un roman ? C'est le récit des détails de l'existence d'un simple individu privé (et non d'un grand personnage, roi, héros, chef d'État), qui a une certaine activité (il est rentier, médecin, berger, militaire, etc.) Or, la vie de Michel Winock n'a bien sûr rien à voir avec celle d'un de Gaulle, d'un Louis XIV, ou d'un Hugo, et pourtant ses détails sont intéressants. Donc ils le sont à titre pour ainsi dire littéraire. On lit ses souvenirs encore chauds, ses notes au jour le jour, comme un roman, on s'intéresse à son métier d'historien, à ses à-côtés (professeur, éditeur, etc.), et non seulement on les lit, mais on s'y attache, sans songer à sauter une page, ni une phrase. Cela donne à réfléchir à la notion de littérature, et surtout à ce qui conditionne notre appréciation littéraire.
Je crois que l'explication est la suivante, en l'occurrence : c'est intéressant parce que c'est littéraire, et c'est littéraire parce que tous les détails de ce Journal politique ont une unité sous-jacente : ils érigent un individu en TYPE littéraire. Un type littéraire nouveau, que je sache : "l'historien comme militant impossible".
Journal Politique, la République gaulienne (1958-1981), de Michel Winock aux Éditions Thierry Marchaisse (25€, 504 pages)
Lire aussi :
• Centenaire de la bataille de Verdun: déluge de feu et tempête de chiffres
• Pour espionner Mao, Staline a fait analyser... ses excréments
• Voilà 61 ans, les intellectuels s'élevaient contre la torture en Algérie
• Tous les matins, recevez gratuitement la newsletter du HuffPost
• Retrouvez-nous sur notre page Facebook
