Dans ma vie, il y a eu un avant et un après
Umberto Eco. Je me souviens très bien de l’avant, tant ma mère et ma grand-mère, lectrices boulimiques, s’attristaient que leur fille et petite-fille ne suive pas le chemin familial de l’obsession pour la lecture et l’achat compulsif de bouquins, qui remplissaient alors 90% des armoires et étagères de la maison. Car si j’adorais déjà écrire gamine, je détestais par contre lire –un sacré paradoxe, je sais. Ce n’était pas un simple dégoût d’ailleurs, mais carrément une aversion qui me faisait cauchemarder quand, à l’école, on tentait de me forcer à avaler un de ces livres obligatoires du programme scolaire, ou que j’entendais mes aînés se désoler de me voir regarder un livre avec la même envie qu’une flaque de vomi. La lecture était synonyme d’ennui, de temps qui passe lentement, de descriptions interminables (sérieusement, Zola, stop), d’enfermement, de tristesse, et, très paradoxalement encore, de limitation de mon imagination à l’époque débordante: m’obliger à lire un livre revenait à mettre un parpaing de trois tonnes sur le plafond de mes rêveries permanentes, à leurs donner des frontières qui me faisaient me sentir coincée dans un monde irréel que je n’avais pas créé moi-même et dont je ne maîtrisais pas l’évolution. Chaque tentative de me forcer à lire ne faisait qu’augmenter le traumatisme, et m’entêter encore plus à voir les romans et autres ...
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