Sur la terre de Saint Augustin, le pape rencontrera "l'Algérie d'aujourd'hui", selon l'archevêque d'Alger
L'Algérie a "une place particulière dans son esprit et son coeur à cause de Saint Augustin", dont il s'est présenté le jour de son élection comme un "fils", a expliqué lundi Mgr Jean-Paul Vesco.
Le pape se rendra à Annaba (est), l'antique Hippone dont Saint Augustin (354-430) fut l'évêque.
"Il vient sur les pas de Saint Augustin pour une partie de son voyage, mais il vient aussi pour l'Algérie d'aujourd'hui", poursuit l'archevêque.
Il souligne que Léon XIV est déjà venu à "deux reprises" quand il était responsable de l'ordre de Saint-Augustin.
L'Algérie a "une place particulière dans son esprit et son coeur à cause de Saint Augustin", dont il s'est présenté le jour de son élection comme un "fils". Il se rendra à Annaba (est), l'antique Hippone dont Saint Augustin (354-430) fut l'évêque.
Selon le cardinal Vesco, né à Lyon en 1962 et naturalisé algérien en 2023, le pape est "un frère qui vient visiter ses frères" et "rencontrer le peuple" dans un pays musulman à une écrasante majorité, où la communauté chrétienne est peu nombreuse même si elle est présente de longue date.
Sa première prise de parole publique est prévue au pied du Monument des Martyrs, sur les hauteurs d'Alger, avant une rencontre avec les hautes autorités du pays au centre des conférences de la Grande Mosquée.
Léon XIV "vient en Algérie pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman : ce sont ses mots ", a souligné le cardinal.
Mgr Vesco a cependant confié "ne pas beaucoup aimer" l'expression dialogue islamo-chrétien. " Les religions ne dialoguent pas, ce sont les personnes qui dialoguent", a expliqué le cardinal qui vit en Algérie depuis plus de 20 ans. L'essentiel, à ses yeux, c'est "vivre ensemble, se respecter, construire ensemble, ça pour moi c'est extrêmement beau".
"Fausse piste"
Le cardinal a écarté tout lien entre la visite du pape en Algérie et le déplacement prévu les 9 et 10 avril du président français Emmanuel Macron au Vatican, où il doit rencontrer pour la première fois le souverain pontife.
Selon certains médias algériens, M. Macron irait plaider auprès du pape pour une libération par l'Algérie du journaliste sportif Christophe Gleizes détenu depuis l'été dernier et condamné en décembre à sept ans de prison en appel pour "apologie du terrorisme".
"Il y a un tropisme français qui pense que la France, d'une manière ou d'une autre, va interférer. Et il y a un tropisme peut-être algérien qui pense que la France a une influence dans ce voyage. Ça n'a rien à voir", a souligné Mgr Vesco.
Les relations entre Paris et Alger sont "absentes " des considérations du pape, dont la vision est "mondiale " et indépendante des enjeux bilatéraux. Toute tentative d'associer les deux agendas constitue " une fausse piste ", a martelé l'archevêque.
Mgr Vesco a dit rendre visite régulièrement en prison à M. Gleizes pour apporter un "soutien spirituel" à un homme qui l'"impressionne par la façon dont il traverse cette épreuve", qui "ne garde aucune rancoeur, aucune animosité".
Pendant sa visite historique en Algérie, le pape se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), notamment les moines de Tibhirine, dont l'enlèvement et l'assassinat en 1996 demeurent entourés de zones d'ombre.
"Cette période est importante pour nous parce que ça a été l'épreuve de la solidarité", a souligné l'archevêque, en rappelant que cette Eglise "était composée essentiellement de gens qui n'étaient pas algériens", ayant "fait le choix de rester", alors qu'ils "étaient exposés" en tant qu'étrangers et chrétiens.
"Ce qui compte pour moi, c'est cette relation plutôt que le dialogue interreligieux, c'est partager les joies et les peines de nos vies, quelles que soient nos religions ", a souligné le cardinal.
