Séries Mania: un thriller pour raconter un cauchemar en Iran
La vie de Nazanin Zaghari-Ratcliffe a basculé le 3 avril 2016, quand elle a été arrêtée à l'aéroport de Téhéran et séparée de sa petite fille Gabriella, alors qu'elle rendait visite à sa famille.
L'employée de la Thomson Reuters Foundation était accusée d'avoir comploté pour renverser le régime islamique, ce qu'elle a toujours nié.
Son mari, un comptable londonien, s'était inlassablement mobilisé, menant deux grèves de la faim, devant l'ambassade d'Iran à Londres puis le ministère britannique des Affaires étrangères, pour alerter sur son sort.
Après sa libération, en 2022, Richard Ratcliffe avait le sentiment que "les gens ne saisissaient pas toute l'histoire", déclare-t-il à l'AFP à Lille, en pleine guerre au Moyen-Orient, lancée par les frappes américano-israéliennes en Iran.
En cinq épisodes, "Prisoner 951", en compétition à Séries Mania et diffusée sur la BBC, permet selon lui de mieux appréhender "comment nous nous sommes retrouvés pris entre deux gouvernements (...) et ce mélange confus d'émotions qui se déploie en permanence" face à un "ouragan d'incertitudes".
Sur le rythme d'un thriller, la série montre d'un côté le désespoir et la dégradation physique qui gagne Nazanin Zaghari-Ratcliffe, jouée par Narges Rashidi, face à la machine répressive iranienne, de l'autre, l'incompréhension et la colère de son mari, incarné par Joseph Fiennes, confronté au tempo lent de la diplomatie britannique.
"Diplomatie des otages"
Fin 2017, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères de l'époque, Boris Johnson, avait commis une bourde préjudiciable en affirmant que Nazanin Zaghari-Ratcliffe formait des journalistes en Iran, ce qu'elle niait.
"Une partie du boulot, c'était juste de continuer à se battre et de se dire: qu'est-ce que je peux faire maintenant?", se remémore M. Ratcliffe, les yeux bleus brillants d'émotion.
"Je n'ai rien eu besoin d'inventer", résume à ses côtés la réalisatrice de la série Philippa Lowthorpe, "leur histoire est tellement captivante. C'est un thriller dans la vie réelle".
Richard Ratcliffe avait affirmé que sa femme était prise en otage à cause d'une vieille dette d'armement que le Royaume-Uni refusait de régler depuis l'éviction du shah d'Iran en 1979. Sans lier les deux affaires, Londres avait annoncé avoir soldé cette dette au moment de sa libération.
Le recours à la "diplomatie des otages", démenti par Téhéran, pour obtenir des concessions, confronte depuis longtemps les capitales occidentales à des dilemmes inextricables.
"Je pense que, dans l'ensemble, la politique britannique en matière d'otages n'a pas beaucoup changé", juge Richard Ratcliffe.
"Nous avons des moyens de faire face aux prises d'otages lorsqu'elles sont le fait de groupes terroristes. Nous n'en avons pas vraiment lorsqu'il s'agit d'un pays et c'est un problème qu'il faut résoudre", ajoute-t-il.
Avec la guerre, l'histoire du couple et la série prennent une "résonance différente", convient M. Ratcliffe. Vendredi, la cérémonie d'ouverture de Séries Mania a été marquée par l'absence de la réalisatrice Ida Panahandeh, restée bloquée à Téhéran par la guerre et qui devait être membre d'un jury du festival.
"Ce que cette série parvient à faire, c'est de saisir la dimension humaine, celle des autres personnes en prison, celle des gardiens, et même celle des politiques", souligne Richard Ratcliffe. "S'accrocher à cette humanité partagée, c'est vraiment important", ajoute-t-il.
