Pont Gordie-Howe : Donald Trump ouvre un nouveau front avec le Canada
Ce pont devait symboliser les relations apaisées et amicales entre les États-Unis et le Canada. Mais le président américain en a fait un énième point de crispation entre les deux pays. Dans les petits papiers depuis plus de vingt ans et en construction depuis 2018, le pont international, nommé d'après le joueur de hockey sur glace canadien Gordie Howe, devrait ouvrir à la circulation en 2026 entre Détroit dans le Michigan et Windsor en Ontario. Mais dans un long message publié sur son réseau social Truth Social lundi, Donald Trump s'est emporté contre le projet : "Je ne permettrai pas à ce pont de s'ouvrir tant que les États-Unis ne seront pas entièrement indemnisés pour tout ce que nous leur avons donné".
Accusant le Canada d'avoir traité les États-Unis "de manière très injuste pendant des décennies", le président américain a fustigé un pont construit avec "presque aucune ressource américaine", profitant du message pour reprocher à son prédécesseur Barack Obama d'avoir "bêtement accordé une dérogation pour contourner le Buy American Act". "Avec tout ce que nous leur avons donné, nous devrions peut-être posséder au moins la moitié de cet actif", estime notamment le milliardaire.
Propriété partagée avec le Canada
Sauf que Donald Trump se trompe sur plusieurs points, relève le service de fact-checking de CNN. Si l'administration Obama a bien accordé un permis à l'État du Michigan en 2013 pour la construction de ce pont, Donald Trump l'avait soutenu dans une déclaration commune avec le Premier ministre canadien de l'époque Justin Trudeau. "Nous attendons avec impatience l'achèvement rapide du pont international Gordie Howe, qui servira de lien économique vital entre nos deux pays", avançait alors le communiqué, publié le 13 février 2017.
Concernant la propriété du pont, le président américain se trompe également. Elle est déjà partagée à moitié entre l'État du Michigan et le Canada. Un fait que l'ancien gouverneur républicain de l'État Rick Snyder n'a pas tardé à rappeler dans un billet publié dans The Detroit News : "Trump a tort à propos de Gordie Howe Bridge". Il y précise notamment que le Canada a financé l'intégralité du pont. Soit un total de 6,5 milliards de dollars qui sera remboursé grâce aux péages. Une fois qu'il aura récupéré son investissement, il partagera les bénéfices avec l'État du Michigan. "Le Michigan et les États-Unis ont obtenu leur demi-propriété sans investissement. C'est une bonne affaire", précise l'ancien gouverneur.
Des pressions sur Trump ?
Quant à la dérogation du Buy American Act, qui oblige le gouvernement américain à privilégier les produits fabriqués aux États-Unis dans ses achats, elle a été accordée en 2012 justement pour pouvoir utiliser de l'acier canadien pour la construction, puisque le Canada payait. En revanche, le fer et l'acier américains ont été autorisés à "faire concurrence sur un pied d'égalité" selon l'administration Obama en 2012. "Buy American ne devrait pas s'appliquer à un projet qui se trouve à moitié en dehors de notre pays", précise Rick Snyder dans son article.
L'opposition soudaine du locataire de la Maison-Blanche au pont international Gordie Howe pourrait s'expliquer par un rendez-vous révélé par le New York Times. Selon le journal américain, le secrétaire américain au commerce Howard Lutnick a rencontré Matthew Moroun, quelques heures avant le message du président américain. Un rendez-vous qui a abouti sur un appel direct entre Trump et Moroun. Si ce milliardaire de Détroit n'est pas connu du grand public, sa famille exploite depuis plusieurs décennies l'Ambassador Bridge, un autre pont construit entre Détroit et Windsor. Ces dernières années, la famille Moroun n'a pas arrêté d'œuvrer pour freiner ou bloquer le projet du pont Gordie Howe. Le porte-parole du secrétariat au Commerce a refusé de commenter ce rendez-vous secret.
Réponse politique
Ce nouveau conflit entre le Canada et les États-Unis a poussé le chef du gouvernement canadien Mark Carney à s'entretenir avec Donald Trump, mardi. "C'est un excellent exemple de coopération entre nos pays", a estimé Mark Carney, après avoir affirmé avoir eu une discussion "positive" avec le chef de l'État américain, sans en dire plus. "J'ai expliqué que le Canada a payé pour la construction du pont... que la propriété est partagée entre l'État du Michigan et le gouvernement du Canada, et que dans la construction du pont, il y a évidemment des travailleurs canadiens, de l'acier canadien, mais aussi de l'acier américain, des travailleurs américains qui étaient impliqués", réfutant point par point les fausses informations du message de Donald Trump.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump ne cesse d'attaquer le Canada, brandissant constamment la menace d'une hausse des droits de douane à chaque désaccord. Fin janvier, il avait menacé le pays d'augmenter ces droits de 50 % sur les avions fabriqués au Canada, après que celui-ci a retardé la certification d'avions américains Gulfstream.
