Добавить новость
123ru.net
World News in French
Январь
2026
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31

Naor Narkis, l’ultra-hétérodoxe

0

À 36 ans, Naor Narkis a décidé de transformer la société israélienne en encourageant l’émancipation des haredims, ces juifs ultra-orthodoxes qui vivent en autarcie et représentent près de 14 % de la population. Libérés du joug des rabbins ultras, ils pourront s’intégrer au marché du travail, payer des impôts et faire leur service militaire.


Placardée à l’entrée de la ville de Bnei Brak, dans la banlieue de Tel-Aviv, l’affiche n’a pas tenu longtemps. Elle avait été collée deux jours avant par le collectif du désormais célèbre militant laïque Naor Narkis et affichait un slogan propre à choquer dans ce bastion de la communauté haredie, qui pratique un judaïsme ultra-orthodoxe : « Convertissons-nous à la raison ! » (« Hozerim be-tvouna »). Une campagne publicitaire pour Justin Bridou dans les quartiers nord de Marseille ferait moins scandale… Sans surprise, la pancarte a vite été vandalisée par des habitants aussi pieux qu’indignés par une telle provocation. Mais le message est passé, c’est l’essentiel, se félicite Narkis. À Bnei Brak, tout le monde sait à présent qu’il existe en Israël une association d’aide pour les jeunes haredims souhaitant quitter leur milieu religieux. Il suffit de flasher un QR code sur son mobile pour être contacté.

À la tête du mouvement Hozerim be-tvouna, Naor Narkis, 36 ans, fait partie de ces Israéliens modernes qui n’ont plus honte d’affirmer leur identité laïque (ce qui chez lui veut dire anticlérical de choc). Et parmi eux, il est sans doute l’un des meilleurs communicants. Sa recette : imiter les méthodes employées depuis les années 1970 par les mouvements de « retour à la religion » : visuels percutants, mais surtout démarchage direct du chaland avec des distributions de fascicules et des stands installés en pleine rue.

Petit-fils d’un Français, il parle couramment la langue de Molière et lors de nos échanges il a alterné l’hébreu et le français. Aîné de quatre enfants, il est né à Ramat Gan, dans la banlieue de Tel-Aviv, d’un père chauffeur de taxi et d’une mère assistante de direction. Très tôt sensibilisé à la politique, il a présidé dès ses études secondaires (dans le célèbre lycée non confessionnel Blich) la section jeune du parti social-démocrate Meretz. Puis fait son service militaire au sein du prestigieux programme « Havatzélet » (« Fleur de lys »), qui forme l’élite des analystes de l’Aman, le service de renseignement de l’armée israélienne.

L’Alya à l’envers

C’est à l’âge de 25 ans qu’il se fait connaître dans le pays lorsqu’il crée, à l’occasion d’un long séjour en Europe, un groupe Facebook, « Olim le-Berlin » (« On fait l’alya à Berlin »), dans lequel il raconte la vie qu’il mène dans la capitale allemande, beaucoup plus facile qu’en Israël. Photo de ticket de caisse à l’appui, il montre par exemple que le prix d’un dessert chocolaté populaire (Milki) y est trois fois moins élevé. Narkis touche là un point sensible. Dans l’État hébreu, le Milki équivaut au Nutella chez nous. C’est la gourmandise préférée de toute une génération. La page Facebook, qui dépasse rapidement les 15 000 membres, se mue en forum de contestation contre la vie chère en Israël. Narkis devient une figure médiatique de la jeunesse.

De retour au pays, le jeune homme crée une agence Web spécialisée dans l’animation des communautés numériques. Prodige dans son domaine, il décroche bientôt de très beaux contrats avec des grandes entreprises israéliennes. S’ensuivent alors plusieurs années professionnelles florissantes, en retrait par rapport à la scène publique. Jusqu’en 2024, où il réapparaît avec le projet Hozerim be-tvouna. Cette fois, il a trouvé le combat de sa vie : participer à la transformation de la société israélienne en accompagnant les jeunes haredims vers leur émancipation. « L’État hébreu est fondé sur la modernité et les Lumières, m’explique-t-il. Theodor Herzl écrivait qu’il faudrait enfermer les rabbins dans la synagogue pour qu’ils ne règnent pas sur nous. »

Narkis connaît intimement la société haredie : sa propre sœur a « fait téchouva » (qui signifie plus ou moins repentance). Devenue très religieuse, elle a mis au monde neuf enfants qui grandissent sans recevoir l’éducation nécessaire à une vie autonome dans une société moderne – peu ou pas de mathématiques, pas davantage d’anglais, d’informatique ou de sciences. Aux religieux qui disent « be’ezrat Hachem » (« grâce à Dieu ») à tout bout de champ, il répond « be’ezrat ha-mada » (« grâce à la science »). De même, son mouvement ne prône pas un retour à la laïcité, selon une formule communément employée (« hozer be-she’ela »), mais un « retour à la raison » (« hozer be-tvouna »).

Dans les premières décennies de l’État d’Israël, les haredims ne représentaient qu’une fraction marginale de la population, à peine 2 à 3 %. Leur présence était alors perçue comme résiduelle, héritée des communautés d’avant-guerre, les fameux shtetls célébrés dans la comédie musicale Un violon sur le toit. Beaucoup pensaient que le phénomène s’éteindrait progressivement sous l’effet du progrès technique et du développement économique. C’est l’inverse qui s’est produit. Portée par un taux de fécondité exceptionnellement élevé, longtemps supérieur à sept enfants par femme, fécondité rendue possible par l’État-providence israélien et par un contrôle communautaire redoutablement efficace, qui a permis de maintenir des frontières sociales étanches avec le reste de la société israélienne, la population haredie a doublé, puis triplé. En 2024, elle a atteint 13,6 % de la population, soit 1,3 million de personnes, dont près d’un quart des enfants juifs de moins de cinq ans. Et elle constitue aujourd’hui une société à part qui entretient très peu de relations avec le reste des Israéliens.

Et puisque la démocratie est aussi une affaire de démographie, et que les haredims votent beaucoup et de manière disciplinée, leur nombre se traduit mécaniquement en pouvoir politique. En échange de leur soutien aux majorités gouvernementales, les élus juifs ultra-orthodoxes exigent un financement accru de leur propre système scolaire (séparé du régime commun et peu contrôlé par l’État), mais aussi des allocations pour les jeunes adultes qui étudient dans leurs écoles talmudiques (les yeshivot) et surtout l’exemption du service militaire obligatoire pour ces mêmes étudiants. Résultat, la population haredie exerce une influence disproportionnée sur l’État d’Israël, son économie, sa vie politique, son rapport au religieux, son identité nationale, et bien sûr sa sécurité. Longtemps, la droite israélienne (le Likoud) et les partis religieux-nationaux ont accepté d’en payer le prix, distribuant des chèques en blanc en échange d’un soutien parlementaire.

La guerre à Gaza a cependant rebattu les cartes : alors que le « nouveau Moyen-Orient » impose à Israël une armée plus nombreuse, la population réclame un partage plus équitable de l’impôt du sang. Cependant, il est peu probable qu’une solution politique émerge sans changement démographique. Naor Narkis s’emploie à le faire advenir.

Il faut savoir que, malgré une natalité extrêmement dynamique, démographes et sociologues observent un phénomène de « fuite » chez les haredims. On estime que 14 % des enfants de la communauté quittent la voie de leurs pères. Observant que chez les « sionistes-religieux », bien intégrés dans la société, le taux s’élève à 30 %, Narkis pense que la proportion de haredims défroqués pourrait augmenter. Son idée : transformer cette fuite discrète en torrent, et utiliser l’extraordinaire fécondité haredie pour densifier la population israélienne laïque, plus productive économiquement et plus disponible militairement. Il préférerait personnellement que les ex-haredims deviennent carrément athées, mais son objectif politique est qu’ils s’émancipent du strict encadrement des rabbins ultra-orthodoxes pour participer à la vie de la nation.

Pour résumer la stratégie de Narkis, son point de départ est qu’Israël est l’un des seuls pays développés au monde à avoir un taux de natalité aussi élevé. Ce qui peut être un immense avantage, mais seulement si la majorité des enfants reçoivent une éducation digne de ce mot, puis, devenus adultes, s’intègrent au marché du travail, paient des impôts et font leur service national.

Rituel de Kapparot à Jérusalem, pratiqué par des juifs ultra-orthodoxes à la veille de Yom Kippour, septembre 2013 David Tesinsky/SIPA

Naor constate que le meilleur moment pour qu’un haredi rejoigne le monde moderne se situe au début de l’âge adulte. À ce stade de sa vie, un individu possède suffisamment d’esprit critique pour prendre du recul par rapport à son milieu. Et il n’est pas encore marié, donc pas encore durablement englouti dans la vie familiale traditionnelle. Avec son association, Narkis propose alors à ceux qui veulent franchir le pas de violer un interdit haredi en faisant leur service militaire. Dans l’armée, où ils sont logés, nourris et blanchis par l’État, il se retrouvent dans des conditions idéales pour s’acclimater à une existence israélienne « normale ».

Comme on pouvait s’y attendre, cette initiative a suscité des attaques très dures contre Narkis, dont les opposants les plus virulents ont fouillé dans la vie privée (il est homosexuel), exhumant le passé judiciaire de son père (qui a eu quelques déboires avec la loi) et allant jusqu’à lui envoyer des menaces de mort. Mais cela n’a pas suffi à décourager le jeune homme, trop habité par sa cause. Lors de nos échanges il répète à plusieurs reprises que la laïcisation est un enjeu vital pour Israël. « La religion est en train de détruire l’État d’Israël, s’inquiète-t-il. Il suffit de regarder ce qui se passe dans les sociétés dirigées par des clercs, comme l’Iran ou Gaza. Les Israéliens doivent choisir entre Tel-Aviv et Téhéran. »

500 à 700 personnes de plus chaque semaine

L’association distribue ainsi des smartphones et ordinateurs portables pour permettre aux jeunes, souvent sans ressources et étroitement surveillés, d’accéder à internet de façon discrète. Ces moyens de communication cassent les murs de la prison communautaire et brisent le monopole sur l’information exercé par les parents et les rabbins de la communauté. C’est grâce à ces outils que les haredims en rupture apprennent à préparer leur « coming out » laïque. Une courte vidéo, réalisée par un ancien haredi, explique de manière très pédagogique comment contourner les mécanismes de contrôle et éviter les mariages arrangés précoces. « Les leaders haredis utilisent aujourd’hui des milliards tirés de la poche des contribuables israéliens pour s’assurer que celui qui naît dans une famille ultra-orthodoxe ne puisse jamais s’en échapper, tempête Narkis. C’est un système d’ignorance qui entretient l’ignorance. » Une analyse sévère, presque implacable, que tempèrent une voix douce et un ton mesuré. C’est d’ailleurs la marque de fabrique de Narkis, qui ne s’énerve pas et ne coupe jamais la parole aux autres, fait rare sur les plateaux de télévision israéliens, où on le voit de plus en plus.

Et de conclure que, pour développer un système de défense aérienne ultra-complexe et performant comme le Dôme de fer, lancer une opération aussi géniale que celle des « beepers », créer des start-up, former des médecins et engranger des prix Nobel, passer sa vie dans une yeshiva ne sert à rien. « Prétendre, comme le font certains haredims, que les étudiants de yeshivot ont arrêté les roquettes du Hamas par leurs prières, c’est conduire Israël vers le destin de Gaza. »

Les performances du mouvement sont impressionnantes. Selon ses chiffres, quelque 10 000 personnes ont pris contact avec son association et dialoguent avec elle, soit 500 à 700 personnes de plus chaque semaine. 55 % sont de femmes, ce que Narkis explique par leur plus grand accès aux disciplines non religieuses – elles sont souvent formées à des métiers « modernes » afin d’entretenir leur mari censé étudier la Torah à vie.

Pour soutenir son activité, l’association a collecté les dons de 23 000 personnes et emploie 15 salariés à temps plein. À quoi s’ajoutent plusieurs centaines de bénévoles, qui ont déjà distribué 3 000 smartphones et 1 200 ordinateurs portables. Mais Narkis sait que ce n’est pas assez.

Il est difficile d’évaluer l’impact de Hozerim be-tvouna sur la démographie, l’économie et la politique israéliennes à l’échelle nationale. C’est pourquoi Narkis se prépare à entrer dans l’arène politique. Non pas en créant son propre parti, mais en rejoignant Les Démocrates, issus de la fusion du Parti travailliste israélien (Avoda) et de Meretz. Dirigée par Yaïr Golan, cette formation de centre gauche a pour objectif de remplacer la majorité actuelle par une coalition ayant comme mots d’ordre l’État de droit et le service militaire pour tous. Il rêve ainsi d’une « loi de 1905 » à l’israélienne. Si les électeurs le suivaient, ce francophile francophone pourrait devenir le « petit père Combes » de l’État hébreu.

L’article Naor Narkis, l’ultra-hétérodoxe est apparu en premier sur Causeur.






Загрузка...


Губернаторы России

Спорт в России и мире

Загрузка...

Все новости спорта сегодня


Новости тенниса

Загрузка...


123ru.net – это самые свежие новости из регионов и со всего мира в прямом эфире 24 часа в сутки 7 дней в неделю на всех языках мира без цензуры и предвзятости редактора. Не новости делают нас, а мы – делаем новости. Наши новости опубликованы живыми людьми в формате онлайн. Вы всегда можете добавить свои новости сиюминутно – здесь и прочитать их тут же и – сейчас в России, в Украине и в мире по темам в режиме 24/7 ежесекундно. А теперь ещё - регионы, Крым, Москва и Россия.


Загрузка...

Загрузка...

Экология в России и мире




Путин в России и мире

Лукашенко в Беларуси и мире



123ru.netмеждународная интерактивная информационная сеть (ежеминутные новости с ежедневным интелектуальным архивом). Только у нас — все главные новости дня без политической цензуры. "123 Новости" — абсолютно все точки зрения, трезвая аналитика, цивилизованные споры и обсуждения без взаимных обвинений и оскорблений. Помните, что не у всех точка зрения совпадает с Вашей. Уважайте мнение других, даже если Вы отстаиваете свой взгляд и свою позицию. Smi24.net — облегчённая версия старейшего обозревателя новостей 123ru.net.

Мы не навязываем Вам своё видение, мы даём Вам объективный срез событий дня без цензуры и без купюр. Новости, какие они есть — онлайн (с поминутным архивом по всем городам и регионам России, Украины, Белоруссии и Абхазии).

123ru.net — живые новости в прямом эфире!

В любую минуту Вы можете добавить свою новость мгновенно — здесь.






Здоровье в России и мире


Частные объявления в Вашем городе, в Вашем регионе и в России






Загрузка...

Загрузка...





Друзья 123ru.net


Информационные партнёры 123ru.net



Спонсоры 123ru.net