Un an après le « Liberation Day » de Trump : le protectionnisme frappe d’abord les Américains
Il y a un an, Donald Trump célébrait ce qu’il appelait le « Liberation Day » économique, promettant de protéger l’industrie américaine grâce à des droits de douane records : son administration en avait porté le taux moyen à 22,5 %. Des ajustements l’ont fait retomber à 11,6 %, mais il reste historiquement élevé. Puis un tarif général de 10 % a été annoncé par le président américain.
Encore une fois, les faits et les chiffres vont mettre à mal les pourfendeurs du libre-échange et les ardents défenseurs du protectionnisme. Les données récentes sur les hausses de tarifs américains le prouvent. Selon une étude de la Banque centrale européenne, les entreprises exportatrices étrangères n’absorbent qu’une très petite partie du coût des droits de douane. En pratique, environ 95 % de ce coût sont répercutés sur les prix payés aux États-Unis, et seulement 5 % sont absorbés par les entreprises. Ainsi, une hausse de 10 % des tarifs entraîne presque la même hausse des prix (+9,5 %) pour les consommateurs américains.
Par ailleurs, l’impact des droits de douane sur le volume des importations n’est pas négligeable. L’élasticité des importations pour toutes catégories de produits est de -3,7. Donc une augmentation de 10 % des droits de douane entraînerait une baisse de 37 % des volumes d’importations.
Quant à la croissance du PIB des Etats-Unis, elle n’est pas au beau fixe. Elle est tombée à 2,1 % en 2025, contre 2,8 % en 2024, tandis que la croissance de l’emploi a chuté à 0,5 %, contre 1,2 % l’année précédente. Les emplois manufacturiers ont diminué de 1,2 %, contre −0,7 % en 2024. Les tarifs font donc exactement le contraire de ce qu’ils prétendent faire.
Les investisseurs le voient aussi. En 2025, les indices américains ont fait moins bien que les indices étrangers homologues. Le Dow Jones a progressé de 13 %, le S&P 500 de 16 %, le Nasdaq de 20 %, mais en comparaison, l’indice allemand DAX (+23 %), le Nikkei japonais (+26 %), le S&P/TSX canadien (+29 %) et le Kospi sud-coréen (+76 %) ont crû davantage.
L’investissement chute aussi sous l’effet des tarifs. L’investissement étranger a progressé de seulement 1,2 % en 2025, contre 2,7 % en 2024 et 7,6 % en 2017. L’investissement intérieur suit la même tendance : +2 % en 2025, contre +3 % en 2024 et +4,4 % en 2017.
Même l’opinion publique américaine est sceptique : 63 % des Américains ne font pas confiance à la politique tarifaire, et 58 % ne sont pas du tout confiants quant aux décisions de Trump concernant la politique commerciale américaine générale, selon une étude de Pew Research Center.
Au fond, le protectionnisme moderne n’a strictement rien de protecteur. C’est une taxe intérieure masquée, une entrave à la croissance, un outil de communication politique qui appauvrit les citoyens tout en laissant le monde commercer ailleurs. Le « grand retour de l’industrie américaine » n’est qu’un slogan. Les chiffres, eux, racontent une toute autre histoire.
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