La vie de château pour cégétistes : la SNCF
Propriétaire du château de Challuy, dans la Nièvre, l’Instance commune (IC) du groupe public ferroviaire, comité d’entreprise dérogatoire aux mains de la CGT, fait dans le social, accueillant les enfants du personnel. « Par groupes de 80, ils viennent y suivre des stages d’équitation et de tennis, et faire des balades dans le vaste parc privé et les bois environnants. Le domaine comprend quatre courts de tennis, une piscine et un terrain de basket. » A l’occasion, l’IC donne aussi dans la solidarité : en 2016, il a hébergé pendant trois mois, 30 jeunes mineurs soudanais migrants évacués de la jungle de Calais.
L’ambiance est un peu différente lors de son Festival annuel « Visions sociales », qui se tient au château d’Agecroft. Dominant la baie de Cannes avec vue sur les îles de Lérins, cette propriété de rêve appartient au comité d’entreprise d’EDF, dirigé par… la CGT. « Ici, tout n’est désormais que luxe, calme et volupté […] : deux piscines, deux bars, une salle de cinéma modulable en discothèque, une salle de sports. » Ce CE est richement doté puisqu’il perçoit chaque année 1% de la masse salariale d’EDF.
L’IC disposait, elle, en 2021 de 35,6 millions €, soit plus du tiers des subventions allouées aux comités économiques et sociaux du groupe SNCF. Épinglée en 2023 par un rapport de la Cour des comptes pour sa gestion de 2017 à 2021, « la gouvernance de l’IC est restée quasiment inchangée […]. Elle gagnerait à être plus transparente, plus participative. »
Son parc immobilier pléthorique (66 sites) est mal entretenu, en dépit de grosses dépenses. « Pour réaliser les travaux qu’elle finance elle-même (soit la moitié des 19 M€ de travaux réalisés entre 2019 et 2021), l’IC a recours à des entreprises régulièrement reconduites sans réelle mise en concurrence malgré la qualité parfois contestable des prestations réalisées ; l’organisation des travaux manque de rigueur. » Pour les travaux financés par la SNCF, en tant que mandataire, elle ne respecte pas les règles de la commande publique, pourtant obligatoires. La Cour relève que « ni la SNCF ni l’IC n’ont une claire connaissance de l’ampleur des travaux à prévoir au cours des prochaines années, de leur ordre de priorité et de leur mode de financement. »
L’institution déplore « une connaissance approximative […] de la fréquentation des sites, dont le taux d’occupation n’est pas un indicateur pilote de sa gestion. » « Pour les villages de vacances, les coûts de l’IC sont plus du double de la moyenne nationale, et pour les colonies de vacances, le poids de la masse salariale y est deux fois plus élevé. »
Enfin, la Cour dénonce un « absentéisme assez élevé des salariés permanents […], dont le suivi du temps de travail devrait être mieux assuré ; [des] locaux mal inventoriés ; [une] communication très insuffisante aux salariés […] sur […] sa gestion financière, alors qu’il s’agit d’une obligation légale.» Comme nous l’avons déjà écrit, la SNCF est une…gabegie.
L’article La vie de château pour cégétistes : la SNCF est apparu en premier sur Contrepoints.
