Mais à quoi joue David Lisnard?
Derrière le départ fracassant du président de l’AMF et maire de Cannes se cache un désaccord de fond avec les barons LR. Avec son parti Nouvelle-Energie, Lisnard défend une droite ordo-libérale qui veut rompre avec quarante ans de socialisme repeint en bleu.
La goutte qui fait déborder le vase
Le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF) a annoncé « ne plus rien avoir à faire au sein des Républicains », dénonçant le refus du parti présidé par Bruno Retailleau d’organiser une grande primaire ouverte à droite pour désigner le candidat à l’élection présidentielle. Pour M. Lisnard, ce qui s’est passé lors du bureau politique du 24 mars est un non-sens absolu, et le vote proposé aux adhérents en avril — entre primaire interne, semi-ouverte (sic), ou désignation directe de Retailleau — est un vote biaisé.
En réalité, le départ du président du parti libéral Nouvelle-Energie va bien au-delà d’une querelle sur les modalités d’une primaire. Il dénonce depuis des années l’absence de toute lisibilité, de cohérence et de constance au sein du parti, et n’a pas digéré (comme la majorité des jeunes LR) le vote de confiance à François Bayrou, la non-censure de M. Lecornu, l’abandon de la réformette des retraites, et les ambiguïtés sur la participation des LR aux gouvernements néo-socialistes d’Emmanuel Macron.
Pour lui, comme une majorité d’électeurs de droite partis voir ailleurs, LR n’est plus une force de redressement de la France mais un parti de gestion de la carrière de ses barons. Une droite molle, incapable d’assumer ses convictions, qui produit du vote RN (un autre parti socialiste sur le plan économique) en quantité industrielle.
Quarante ans de social-étatisme : un bilan accablant
Pour comprendre pourquoi Lisnard claque la porte, il faut saisir la profondeur de son diagnostic sur la France. Il entend donner le cap à une droite engluée dans la social-démocratie étatiste qui gouverne le pays depuis quarante ans, plaidant pour redonner sa grandeur à la liberté et à l’initiative individuelle. L’état réel du pays est factuellement désastreux. Regardons en face le bilan des différentes nuances de socialisme dépensier au pouvoir depuis Mitterrand : La France détient aujourd’hui l’un des taux de dépenses publiques les plus élevés du monde (près de 57 % du PIB) sans que cela se traduise par une prospérité accrue. La dette publique dépasse les 3 200 milliards d’euros. Le chômage structurel reste l’un des plus persistants d’Europe occidentale. La désindustrialisation a vidé des territoires entiers. Les prélèvements obligatoires étouffent entreprises et ménages. La politique écocitoyenne anti-nucléaire et anti-science a fait exploser les factures énergétiques de Français et des entreprises. Pour Lisnard, trop d’impôts tuent l’impôt, découragent le travail, alimentent le travail clandestin, font fuir les talents et nourrissent la spirale du déclassement.
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Ce mélange de socialisme et d’étatisme qui prévaut au sein de la caste au pouvoir depuis une quarantaine d’années repose sur une philosophie de l’assistance des individus par la puissance publique, là où Lisnard prône la maîtrise par chacun de son existence, sans que l’État n’ait à interférer par des aides sociales ou une infantilisation injustifiées.
Le résultat ? Un État obèse, dépensier, et pourtant faible sur ses missions régaliennes essentielles !
Le libéralisme, ça marche: la preuve par Cannes
Lisnard n’est pas qu’un théoricien. Il est avant tout un praticien qui a expérimenté ses idées à l’échelle d’une ville. Depuis 2014, il a fait baisser la dette de Cannes et ses frais de fonctionnement, réduit de 400 personnes les effectifs municipaux, diminué le taux des impôts locaux, tout en renforçant les services de sécurité de la police municipale, et en luttant avec succès contre l’incivisme. Un résultat assez unique en France (à comparer avec le bilan d’Edouard Philippe, au Havre comme au gouvernement…) qui lui a valu d’être réélu en mars 2026 avec plus de 81 % des voix au premier tour. Un score rarissime en démocratie, d’autant que, contrairement aux idées reçues, Cannes a un taux de pauvreté supérieur à la moyenne nationale.
À plus grande échelle, les exemples abondent pour valider l’approche libérale. Les pays qui ont fait le choix de la liberté économique (Irlande, Danemark, Suisse, Estonie…) affichent des résultats bien supérieurs à la France en matière de croissance, d’innovation, d’emploi et de qualité des services publics. Non parce qu’ils ont abandonné tout filet social, mais parce qu’ils ont su distinguer les missions fondamentales de l’État de l’interventionnisme bureaucratique et clientéliste.
Libérer la France des petits hommes gris
Le parti Nouvelle-Énergie réhabilite la défense du libéralisme économique, de la réforme de l’État et de la décentralisation, sujets délaissés à droite depuis Madelin, et propose une vraie doctrine sur le développement de l’intelligence artificielle, l’économie écologique de marché, le quantique et le spatial. Concrètement, le programme de David Lisnard repose sur plusieurs piliers. Sur le plan budgétaire, il se fixe l’objectif de 300 milliards d’euros de réduction de la dépense publique (suppression de nombreuses agences et Ministères inutiles) en fustigeant la bureaucratie parasite. Il veut remplacer l’État-providence par un État-performance: un État fort mais réduit à ses prérogatives premières : l’instruction, la sécurité, le contrôle de l’immigration, la justice, la diplomatie, la santé.
Sur les normes et les libertés, David Lisnard veut en finir avec l’Absurdistan réglementaire. Il dénonce le poids de la haute administration dans la décision publique et une caste politique, administrative et médiatique qui impose son social-étatisme, refuse la concurrence (pourtant une incitation à la performance) et s’acharne sur les élus locaux. Moins de normes, plus de subsidiarité, une vraie décentralisation donnant aux maires les moyens d’agir : telle est sa vision d’un État qui libère plutôt qu’il n’entrave.
Une rupture nécessaire
Le départ de Lisnard de LR n’est pas un caprice. C’est l’aboutissement logique d’un homme qui a compris que les batailles idéologiques ne peuvent pas se mener depuis l’intérieur d’un parti prisonnier de ses ambiguïtés. Il veut un État recentré sur ses missions, car il faut en finir avec le régime technocratique et le social-étatisme, que l’État retrouve sa vocation non pas d’empêcheur de tourner en rond, mais de garant de l’ordre public.
La France a essayé le socialisme, le social-libéralisme, le macronisme. Trois faces d’une même pièce. Elle n’a pas encore essayé le libéralisme, le courage politique, et ce qui fonctionne ailleurs, comme le prouve le sauvetage de l’Argentine par Milei dans un contexte certes différent. C’est le pari de David Lisnard pour 2027, qui doit désormais former des alliances à droite avec ceux qui partagent son principal constat : la paupérisation de la France n’est pas une fatalité, mais le fruit de mauvaises politiques.
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