"The Best Immigrant", la série qui veut déranger sur la xénophobie
"Bienvenue à +The Best Immigrant+", lance un animateur tiré à quatre épingles, flanqué de danseuses en robes à paillettes, sur un plateau kitsch qui tranche avec la mine des candidats.
En face de lui, un père chinois et sa fille, gérants d'une friterie, deux frères congolais, une Marocaine séparée de son fils et le couple de principaux protagonistes de l'histoire : Jamal (Farouk Ben Ali), éducateur sportif originaire de Libye, et Muna (Jennifer Heylen), professeure et militante contre l'excision, pour laquelle un retour au pays d'origine, le Sud Soudan, signifierait un grave danger.
Dans une Flandre sécessionniste dirigée par l'extrême droite, qui a lancé un programme massif d'expulsions, ils ont accepté, la mort dans l'âme, de participer à ce jeu télévisé, à mi-chemin entre Loft Story et Squid Game, dans l'espoir de rester. Le tout sous le regard de producteurs cyniques et cruels, qui tirent les ficelles et placent les candidats dans des situations impossibles.
La série, en compétition à Séries Mania dans la catégorie Panorama International, est déjà diffusée sur la plateforme belge Streamz et a été achetée par France Télévisions, où elle n'a pas encore de date de diffusion.
Elisa Bruguière, une psychologue de 51 ans, est ressortie perturbée d'une projection. "C'est difficile à supporter en tant que personne, mais c'est très courageux, il fallait oser le faire", estime la spectatrice après avoir vu deux épisodes sur cinq.
"Voyeuriste"
"Extrêmement pertinent, extrêmement fort, et malheureusement d'actualité", juge pour sa part Christophe Averlan, un coach d'acteurs venu de Paris.
Certains sont plus partagés. "J'ai trouvé ça assez dérangeant. Ca nous place nous-mêmes dans une position voyeuriste. On est quand même happé par la dynamique du jeu", déclare Anouck Guillard, une étudiante de 21 ans. "Mais ça fait réfléchir".
Quand "The Best Immigrant" est sorti en Belgique, en décembre, le député régional flamand du parti d'extrême droite Vlaams Belang Filip Dewinter a dénoncé "une propagande multiculturelle qu'on fait passer pour de la fiction" et fustigé une caricature de son mouvement.
L'une des co-créatrices de la série, Cristina Poppe, explique à l'AFP qu'elle a voulu montrer jusqu'où peut mener la "déshumanisation des gens".
"Nous voudrions que ceux qui la regardent se demandent si c'est si éloigné de la réalité", ajoute l'autre créateur, Raoul Groothuizen.
Le duo de trentenaires s'était lancé dans le projet en 2018, en plein premier mandat de Donald Trump. Avec son retour au pouvoir et les images de violences des agents masqués de la police de l'immigration ICE, ils ont l'impression de toucher juste.
Au printemps 2025, le ministère américain de la Sécurité intérieure (DHS) avait même confirmé qu'un jeu télévisé qui mettrait des immigrés en compétition pour avoir la citoyenneté américaine lui avait été proposé et que l'idée n'avait été "ni approuvée ni rejetée". Depuis, le projet n'a plus été évoqué.
