Municipales dévalorisées, décentralisation ratée
Une fois encore, les élections municipales n’auront pas été jaugées ni traitées à la mesure de leur importance, grandement sous-estimée dans notre pays.
Les 15 et 22 mars ont eu lieu les élections municipales. Près de 50 millions d’électeurs étaient susceptibles de voter dans les quelque 35.000 communes de France. Des villes ont fait parler d’elles, à commencer par la capitale et la plupart des plus grandes villes. Et pourtant, la campagne électorale a laissé comme une impression de gâchis, du moins un sentiment de déception. Certes, il existe de bonnes raisons à cela, mais il y en a aussi de mauvaises, voire d’inquiétantes.
Une campagne perturbée
En 2020, la campagne des élections municipales a été lourdement perturbée par la crise sanitaire. De ce fait, certains avaient plaidé en faveur d’un report du scrutin, tandis que d’autres avaient estimé qu’un report eût été antidémocratique. Finalement, les élections se sont tenues, mais avec des taux d’abstention records : 55 % au premier tour, pire encore au second avec 58 %. Ces circonstances ont néanmoins profité à quelques candidats, à commencer par la maire de Paris, pourtant jugée moribonde à un an du scrutin.
En 2026, la campagne des élections municipales aura également été perturbée, par la guerre en Iran et ses conséquences – notamment en matière de ressources énergétiques – et plus globalement par la situation au Moyen-Orient. Il s’agit là de facteurs que l’on peut qualifier d’objectifs, mais il y en a eu d’autres.
Curieuses conséquences des nouvelles règles
Bien sûr, avec la loi du 11 août 2025 dite nouvelle loi PLM, les électeurs des trois plus grandes villes françaises ont pu enfin voter pour leurs maires, selon des modalités d’ailleurs quelque peu différentes entre elles. La loi, adoptée dans la douleur et après force polémiques, met fin à une anomalie qui traduisait surtout la défiance républicaine depuis le XIXe siècle envers l’élection d’un maire de Paris par trop puissant. Mais c’est surtout la situation dans les 25.000 communes de moins de 1.000 habitants qui a fait jaser (Le Parisien, 13 mars 2026). En effet, selon la loi du 21 mai 2025, le scrutin majoritaire plurinominal a fait place au scrutin proportionnel de droit commun avec en toile de fond la prétendue cohérence des listes et surtout la « parité », horizon indépassable de la « pensée unique ». Résultat de l’absence, d’une part de candidatures individuelles, d’autre part de panachage : dans 68 % des communes, dont 79 % de celles de moins de 1.000 habitants, une seule liste a été déposée en préfecture. Etrange conséquence d’une réforme qui se voulait démocratique…
Morne campagnes…
Des débats télévisés ont bien eu lieu pour les plus grandes villes, dont Paris, Lyon ou Nice. Ils n’ont guère été reluisants, pour l’essentiel minés par des querelles de bas niveau et des attaques personnelles. Nous voudrions surtout parler ici de notre expérience au niveau des petites communes de quelques milliers d’habitants en Seine-et-Marne. Il n’est pas rare que les citoyens ne connaissent ni les candidats, ni leur couleur politique. Les informations se réduisent à quelques tracts dans lesquels l’équipe en place se glorifie de ses actions, tandis que la ou les oppositions critiquent sans fard l’ensemble de l’action de la majorité. Les programmes sont vagues et les propositions en fait très proches, à commencer par l’appel aux subventions tous azimuts des autres collectivités et de l’Etat ; les chiffres sont aux abonnés absents ou présentés de manière biaisée.
Dans les villes plus importantes, ce sont les mirages démagogiques de la prétendue gratuité qui ont pullulé. Et ne croyons pas qu’il s’agisse d’un monopole de l’extrême gauche : les candidats de la droite et du centre n’ont pas hésité à brandir eux aussi pareilles propositions !
Et pourtant…
Et pourtant les élections municipales devraient être considérées comme primordiales. Les communes sont à la base de la subsidiarité dans le domaine politique. Tous les penseurs français du libéralisme au XIXe siècle ont insisté sur l’importance de l’échelon communal pour l’apprentissage de la liberté. Alexis de Tocqueville bien entendu, mais avant lui Benjamin Constant et après lui Edouard Laboulaye, entre autres.
Malheureusement, l’Etat central dans notre pays a toujours craint le séparatisme et les séditions. Il a empêché aussi longtemps que possible les politiques de décentralisation, avant de prévoir des réformes a minima, puis de rater la décentralisation avec les lois de 1982-1983. On oublie toujours de dire que celles-ci étaient socialo-communistes, mais les conservateurs se sont finalement fort bien accommodés de réformes dont nous subissons encore les conséquences, sans parler de la révision constitutionnelle tout aussi manquée sous Jacques Chirac.
Lorsqu’une véritable décentralisation sera mise sur pied, lorsque le principe de subsidiarité sera enfin respecté, et notamment la subsidiarité fiscale, les élections municipales deviendront ce qu’elles auraient toujours dû être : un moment majeur de la vie politique française, qui sera alors foisonnante avec une concurrence sur tous les plans, fiscale et normative avant tout, entre les diverses collectivités locales. Tout ce dont ne veulent pas les centralisateurs depuis l’Ancien Régime. Et Dieu sait s’ils sont nombreux, à gauche comme à droite !
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