Pierre Le Roy : Le monde va mieux ! 40 infos qu’on ne vous donne jamais
À en croire la légion des contempteurs obsessionnels du capitalisme libéral dans notre pays, la France comme le reste du monde seraient allés de mal en pis à mesure que s’élargissait la mondialisation des échanges commerciaux et que progressait la liberté économique. Il n’est donc guère surprenant de voir dans ces conditions, sous l’effet des discours alarmistes inlassablement ressassés par nos prophètes de malheur en tous genres, la confiance dans le futur s’éroder dans l’Hexagone, avec notamment pour conséquence la baisse du taux de natalité.
Il existe toutefois et fort heureusement une poignée d’auteurs, parfois connus sous le nom de « nouveaux optimistes », qui n’ont pas hésité à tordre le cou à cette croyance solidement enracinée dans la culture de notre temps. C’est aussi ce qu’a entrepris de faire Pierre Le Roy dans un livre récent, intitulé Le Monde va mieux ! (Paris, Éditions Télémaque, 2026). Cet ancien conseiller de quatre ministres de l’Agriculture fut par ailleurs le créateur en 2001 de l’indice du bonheur mondial (IBM), censé permettre de quantifier le niveau de bonheur atteint dans les sociétés humaines.
S’il y a certes des ombres au tableau (comme la persistance des régimes autoritaires et dictatoriaux dans un grand nombre de pays, la non-résolution du problème de la faim en Afrique subsaharienne, ou encore les conséquences des phénomènes migratoires récents, lesquels « conduisent les pays développés à s’interroger sur leur capacité à accueillir la misère du monde », p. 10), cela ne doit pas nous empêcher de voir que l’humanité a progressé à pas de géants depuis plusieurs décennies au moins – résultat qui n’est pas peu dû, c’est notre intime conviction, au développement de la liberté sous toutes ses formes.
À rebours d’un certain pessimisme ambiant ayant largement façonné nos croyances, le monde d’aujourd’hui est non pas moins mais plus heureux que celui d’autrefois. À la question « qu’est-ce qu’un monde heureux ? », l’auteur répond qu’il s’agit d’ « un monde où règnent la paix et la sécurité, où la liberté et les droits de la personne sont respectés, où la qualité de la vie et de l’environnement est élevée et où la culture est largement partagée » (p. 15). Remarquons qu’il s’agit là essentiellement d’idées constitutives de l’esprit des Lumières, dont l’application a permis à l’Occident comme à bien d’autres pays naguère dits « en développement » d’opérer un décollage économique qui s’est accompagné d’une hausse parfois spectaculaire du niveau de vie. Calculant l’IBM chaque année à partir de données objectives, Pierre Le Roy estime que cet indice a progressé de 30% depuis l’an 2000 (p. 16).
La multitude de chiffres qu’on trouvera dans cet ouvrage montre bien en quoi la thèse de l’auteur n’a rien de gratuit. Nous en donnerons ici quelques-uns, parmi les plus édifiants. Ainsi, depuis l’an 2000 :
- le PIB mondial par habitant a triplé, passant de 8 000 à 24 000 dollars (chiffres de la Banque mondiale, p. 19) ;
- le taux de mortalité infantile des moins de 5 ans a chuté de moitié (données de l’OMS et de L’Unicef, p. 20) ;
- le nombre de pays pauvres a chuté lui aussi de moitié, passant de 60 en 2000 à 30 en 2022 (selon l’indice de développement humain ou IDH, calculé par le Pnud, p. 31-32) ; en outre, alors qu’elle représentait 29% de la population mondiale en 2000, la pauvreté extrême à l’échelle du globe est tombée à 9% en 2023, p. 33) ;
- les grandes famines naturelles, jadis si fréquentes, ont aujourd’hui disparu, en raison de l’augmentation des rendements mondiaux (p. 34-35) et des progrès de l’agriculture ;
- l’espérance de vie est passée de 68 à 73 ans entre 2000 et 2023, (données de l’OMS, p. 45).
Si nous saluons la lucidité de ces constats dressés par l’auteur, nous sommes en revanche plus dubitatifs en ce qui concerne les dix propositions formulées par lui dans le chapitre IV du même livre, afin que le monde puisse aller encore mieux qu’il ne se porte déjà. Parmi celles-ci figure l’appel à « aider les pays pauvres, et notamment l’Afrique subsaharienne, à se développer » (p. 67). L’idée n’est pas nouvelle : on répète même depuis des décennies qu’il faudrait mettre en place un plan Marshall pour l’Afrique. Or on a pu estimer que l’Afrique est, depuis 1960, celui des continents qui a perçu le plus grand nombre d’aides au développement, lesquelles se montent à plus de 1 000 milliards de dollars. Non, ce qui permettra à l’Afrique subsaharienne de se développer, c’est la démocratie politique, la lutte contre la corruption, la tolérance religieuse et la liberté économique.
Autre proposition formulée par Pierre Le Roy : « accélérer la décarbonation de l’économie » (p. 68). Si le but peut sembler tout à fait louable, la question est de savoir laquelle des deux solutions, entre l’innovation fondée sur le marché libre d’une part, et la contrainte étatique d’autre part, est la plus à même de nous acheminer vers le but recherché. Il faudrait, nous dit l’auteur, accélérer la transition énergétique « en favorisant les énergies décarbonées, mais aussi les économies d’énergie par les ménages et les entreprises » (p. 68). Il est à notre sens préférable de faire confiance aux acteurs privés et aux mécanismes de marché, y compris en matière de décarbonation de l’économie, plutôt qu’à l’interventionnisme coercitif d’un État qui réglemente, taxe et redistribue à tout va.
Enfin, lorsque l’auteur recommande de « mettre fin réellement aux paradis fiscaux » (p. 69), on répondra, comme cela a déjà été dit, qu’il y a plutôt urgence à mettre un terme aux « enfers fiscaux », dont la France est hélas un triste exemple. Il conviendrait bien plutôt, et avant toutes choses, de rendre notre système fiscal plus juste en abaissant drastiquement, voire en supprimant la progressivité de l’impôt sur le revenu, de même que l’impôt sur la fortune (qui subsiste dans notre pays à travers son volet immobilier) et les droits de succession – ainsi que l’ont fait certains de nos voisins européens. Si donc nous souhaitons œuvrer à ce que le monde de demain soit encore meilleur que celui d’aujourd’hui, il nous faut enfin pleinement reconnaître la véracité du fameux propos de Ronald Reagan, selon lequel l’État est le problème, non la solution. Comme nous ne cessons de l’écrire, les solutions aux problèmes du futur ne peuvent être que les solutions de marché libre, l’État devant limiter sa sphère d’intervention légitime au seul domaine du régalien (police, justice, armée).
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