Les syndicalistes qui négocient avec le MEDEF sur les contrats courts sont très loin du monde de l’entreprise
Les « partenaires sociaux » vont, ces jours-ci, essayer de s’entendre sur une réforme du recours aux contrats à durée déterminée et aux missions d’intérim. Les négociations ont commencé en mai 2025, elles ont déjà abouti à un système de « bonus-malus » sur les contrats courts incitant fortement les entreprises à embaucher plus de CDI dans quelques secteurs qui y ont beaucoup recours (transports, hébergement, restauration…). Cela ne concerne pour le moment que 15 % des entreprises de 11 salariés ou plus. Les syndicats veulent aller plus loin car ils considèrent qu’il y a trop de contrats courts (CDD et intérim) en France : près de 10 % de l’emploi total en 2024.
Plusieurs commentaires s’imposent. Le premier est une sorte de leitmotiv : de quoi l’Etat se mêle-t-il ? C’est d’abord aux entreprises de décider des contrats elles proposent, en fonction de leurs besoins et de leurs activités. Et si l’on veut plus de CDI en France, il faut faciliter les licenciements. Si le marché de l’emploi était plus flexible, les employeurs craindraient moins de s’engager à long terme avec des employés.
Ensuite, nous avons donné plusieurs fois notre position sur ce qu’on appelle le « dialogue social » – en réalité, un monologue social, les syndicats s’opposant de manière systématique à toute réforme. On pourrait même parler d’un monologue antisocial puisque, on le sait, ils ne représentent plus personne : le taux de syndicalisation en France se situe entre 3 et 5 % !
Nous nous sommes aussi intéressés à ceux qui négocient avec le MEDEF et avons été un peu surpris de constater qu’il s’agit de syndicalistes professionnels, très éloignés du monde de l’entreprise. Parmi eux, Denis Gravouil, qui a été secrétaire général de la fédération CGT du spectacle, du cinéma, de l’audiovisuel et de l’action culturelle entre 2013 et 2023. Il est surtout connu pour avoir rédigé le texte apostrophant la ministre de la culture, Rima Abdul-Malak, lors de la cérémonie des Molières en 2023 ; lu sur scène par deux comédiennes, il dénonçait « la précarité dans le monde du spectacle ». Il y a aussi le représentant de la CFDT, Yves Ricordeau, ancien « technicien de Sécurité sociale » (1998-2003) et depuis syndicaliste professionnel ; Frédéric Belouze (CFTC), sportif, athlète, entraîneur d’athlètes et fondateur d’Hathor Sports qui propose des « expériences sportives » ; et Michel Beaugas, le négociateur de FO, ancien juge prud’homal à Caen et lui aussi, depuis de nombreuses années, syndicaliste professionnel auprès de Jean-Claude Mailly et d’autres.
On ne peut pas vraiment dire que leur expérience, aux uns et aux autres, leur confère une autorité probante pour se prononcer sur les contrats courts ou longs dans l’univers complexe des entreprises privées. Leurs secrétaires générales, Sophie Binet (CGT) et Marylise Léon (CFDT), n’en ont d’ailleurs pas plus. Ce qui n’empêche pas tout ce petit monde de se poser en juges et arbitres d’un sport qu’ils n’ont jamais pratiqué…
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