"La reine Elizabeth serait horrifiée" : l’arrestation de l’ex-prince Andrew vue par la presse britannique
Un ancien prince arrêté le jour de son 66e anniversaire. Andrew Mountbatten-Windsor, le frère cadet du roi Charles III, a été libéré jeudi 19 février, dans la soirée, après avoir été arrêté et placé en garde à vue plus tôt dans la journée pour manquements présumés à l'intégrité dans l'exercice de fonctions publiques. En cause : des allégations selon lesquelles il aurait transmis des documents gouvernementaux confidentiels au criminel sexuel Jeffrey Epstein, aujourd'hui décédé, alors qu'il travaillait comme représentant commercial du Royaume-Uni, entre 2001 et 2011.
L'arrestation de ce membre éminent de la famille royale, huitième dans l'ordre de succession au trône, est "sans précédent" dans l'histoire moderne, et même "historique", souligne à l’unisson la presse britannique. "Andrew Mountbatten-Windsor est devenu le premier membre important de la famille royale britannique à être arrêté dans l'histoire moderne", note la BBC. "C'est la première fois qu'un membre de la famille royale est placé en détention depuis près de 380 ans. En 1647, Charles Ier fut emprisonné par Oliver Cromwell et assigné à résidence au palais de Hampton Court", relève The Times.
Une onde de choc pour la famille royale
L'événement survenu jeudi "a suscité une vive émotion" au Royaume-Uni, indique la BBC, notamment au sein de la famille royale. "J'ai appris avec la plus grande inquiétude la nouvelle concernant Andrew Mountbatten-Windsor et les soupçons de manquement à ses fonctions publiques", a réagi le roi Charles dans un communiqué. "C'est le moment le plus sombre pour la monarchie depuis près de 400 ans", juge The Telegraph. "Ni divorce, ni départ, ni liaisons extraconjugales d'antan ne peuvent rivaliser. Même l'abdication [NDRL : du roi Edouard VIII, en 1936], si scandaleuse en son temps, paraît bien pâle face à la vision d'un homme né prince détenu dans un commissariat."
"L'arrestation d'Andrew Mountbatten-Windsor est un séisme pour la famille royale et pour lui-même", estime The Guardian. L'ex-prince Andrew, "un membre jadis si respecté de la famille royale", a été en effet "détenu par la police comme un citoyen ordinaire". "Dépouillé de son statut et de ses fastes, il se retrouve sous les feux des projecteurs, comme n'importe quel autre habitant de ces îles", poursuit ce média. Par conséquent, "le mystère et le respect qui entouraient la famille royale ont été brisés".
La "pire crise constitutionnelle du siècle"
"Même aujourd'hui, et cela faisait longtemps qu'on s'y attendait, son arrestation a quelque chose d'irréel", relève de son côté The Independant, estimant que la maison de Windsor "ne sortira pas indemne de cette période si particulière". Pour The Times, l'arrestation de l'ex-prince Andrew "représente la pire crise constitutionnelle du siècle". "Le roi (Charles) doit faire face à une menace bien plus grave que celle qu'ont connue tous ses ancêtres récents", estime le quotidien britannique de centre-droit. Il explique son point de vue : "Andrew a beau avoir été déchu de ses titres, il demeure huitième dans l'ordre de succession au trône. Techniquement - bien que cela soit impossible puisqu'il n'est plus un membre actif de la famille royale depuis 2019 - il est toujours conseiller d'État et donc habilité à suppléer le roi."
Comme le détaille la BBC, son association avec Jeffrey Epstein "lui a valu de perdre son poste d'envoyé spécial pour le commerce en 2011, et après une interview désastreuse à Newsnight (une émission de la BBC) en 2019, il a été démis de ses fonctions royales". Son retrait de la vie publique "s'est accentué après son accord à l'amiable avec son accusatrice Virginia Giuffre en 2022". Et en octobre dernier, lorsque des courriels ont révélé que l'ex-prince Andrew n'avait pas rompu ses liens avec Jeffrey Epstein comme il l'avait affirmé, "il a été déchu de ses titres de prince et de duc, puis contraint de quitter sa résidence royale de Windsor".
La chute d'Andrew Mountbatten-Windsor se déroule plus de trois ans après le décès de la reine Elizabeth II. "Les royalistes de tout le pays auront sans doute la même pensée : heureusement que la défunte reine n'est plus là pour voir ça", rapporte The Telegraph. The Independant abonde : "La reine Elizabeth serait horrifiée de voir à quel point Andrew Mountbatten-Windsor est tombé bas", titre le journal, qui précise que si la souveraine, "si respectée qu'elle pouvait en partie le protéger, a disparu", le roi Charles, quant à lui, "fidèle à la tradition, privilégie impitoyablement l'institution en isolant son frère et en étouffant ainsi le scandale".
Dans son communiqué, le roi Charles a déclaré que les autorités bénéficiaient du "soutien et de la coopération sans réserve" de sa famille. "Je tiens à le dire clairement : la justice doit suivre son cours", a déclaré le monarque. "Entre-temps, ma famille et moi-même continuerons à servir la nation." "La déclaration du roi visait à clore le débat et à dissocier la famille royale de tout ce qui pourrait arriver à Andrew", analyse la BBC. Cette "déclaration sans précédent de son frère (...) ne laisse aucune échappatoire à la justice royale", souligne la radio publique.
