Luc Ferry : une conception toujours aussi confuse du libéralisme
Le philosophe et ancien ministre ne comprend pas la signification du terme « libéral ». On peut être très intelligent et cultivé, et ne pas saisir grand-chose du libéralisme. Gaulliste revendiqué et poutiniste affirmé, le philosophe Luc Ferry est de ceux-là. A preuve sa chronique du Figaro intitulée « LR, soyez plus libéraux et plus républicains ! », qui est en fait, ainsi qu’en témoigne la première phrase du texte, une ode à la candidature de Bruno Retailleau.
Le chapô démontre à lui seul l’incompréhension du libéralisme : « S’il est un aspect de la doctrine gaulliste dont les LR doivent s’inspirer, c’est que s’il faut être libéral en économie, il faut devenir infiniment plus républicain, donc étatiste, s’agissant des sujets régaliens ». Cette phrase est un non-sens. Bien sûr, les libéraux prônent la libre-entreprise et le libre-échange, mais ils ne sont pas anarchistes pour autant. Ils défendent un État fort, mais il faut s’entendre sur cette expression : un État fort dans le cadre très limité de ses attributions et, par voie de conséquence, un État inexistant par ailleurs. C’est ce qu’écrivait déjà Benjamin Constant au tout début du XIXe siècle.
Luc Ferry plaide pour une « politique économique enfin libérale », qui se distingue tant des socialistes que du Rassemblement national. Mais il a tort d’opposer un libéralisme anglo-saxon, selon un préjugé qui a la vie dure (comme si la France n’avait pas connu d’immenses penseurs libéraux !), à un républicanisme français. Il a tort de concevoir de manière racornie et hémiplégique le libéralisme comme une doctrine strictement économique et plus encore, si l’on comprend bien, relative aux seules entreprises.
Comme il a tort de se référer à des fonctions « régaliennes » de l’État qui, certes, traiteraient de l’insécurité et de l’immigration, mais aussi… de la « distribution des richesses » ! Les fonctions régaliennes renvoient historiquement aux sécurités intérieure et extérieure du territoire, à la justice et aux relations internationales. Ni plus, ni moins. La « distribution des richesses » n’en a jamais fait partie, au-delà du fait qu’il s’agisse d’une hérésie du point de vue libéral !
En définitive, il y a deux manières d’interpréter la chronique de Luc Ferry. D’un côté, un libéral sera agacé par le détournement (un de plus !) du mot « libéralisme ». Mais, d’un autre côté, voir un intellectuel aussi éloigné que lui du libéralisme s’en revendiquer, fût-ce partiellement, montre que, à droite et au centre, le terme n’est plus tabou ou réservé à une aimable minorité.
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