Préférence européenne : cette idée défendue par Emmanuel Macron qui gagne du terrain
L’idée revient une nouvelle fois dans le débat. Cette fois, c’est Emmanuel Macron qui la remet sur la table, dans un entretien accordé au Monde, ce mardi 10 février. "Il faut protéger notre industrie. Les Chinois le font, les Américains aussi. L’Europe est aujourd’hui le marché le plus ouvert au monde", affirme le président. En creux, le président français esquisse la mise en place d’une préférence européenne ciblée, qui concernerait des secteurs stratégiques comme l’automobile, l’acier, la chimie ou encore la défense. Une forme d’armure économique, pensée pour renforcer la souveraineté industrielle du continent — sans pour autant adopter un ton offensif. Le chef de l’État tempère en effet, assurant qu’il ne souhaite pas "basculer dans le protectionnisme".
L’idée d’une "préférence européenne" gagne progressivement du terrain à Bruxelles. "L’Europe doit être capable de défendre ses intérêts stratégiques" et de soutenir activement sa propre base de production, et "la préférence européenne est un outil nécessaire pour contribuer à cet objectif", a ainsi expliqué lundi 9 février la présidente de l’exécutif européen, Ursula von Der Leyen. La Commission européenne a pris position en faveur d’un mécanisme qui conditionnerait l’accès aux fonds publics à l’achat de composants fabriqués en Europe. Cette proposition, qui viserait à renforcer la souveraineté industrielle du continent, doit être examinée par les dirigeants des Vingt-Sept lors d’un sommet prévu ce jeudi en Belgique.
Cependant, les visions divergent sur le sujet, illustrant encore une fois la difficulté des pays européens à s'accorder. D'un côté, la France pousse depuis plusieurs mois en faveur de cette idée, notamment à travers la voix de Stéphane Séjourné, le vice-président de la Commission chargé de ce dossier, dans une tribune cosignée par plus d’un millier de dirigeants d’entreprises. "Nous devons établir, une fois pour toutes, une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques". Parmi les objectifs de l'Hexagone : forcer les constructeurs automobiles chinois qui souhaitent produire en Europe à travailler davantage avec des sous-traitants locaux.
L'Allemagne et l'Italie assouplissent leur position
À l’opposé, certains des Etats parmi les plus attachés au libre-échange, dont la République tchèque et l’Irlande, rechignent face au projet, redoutant qu’une telle orientation ne fragilise certains accords commerciaux existants. Dans un document commun publié la semaine dernière, six États du nord de l’Europe (l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas et la Suède) ont aussi mis en garde contre le principe de préférence européenne, qui risquerait selon eux de "réduire à néant nos efforts de simplification" et d’ajouter "une couche supplémentaire de réglementation complexe" pour les entreprises de l’UE. Ces pays ont néanmoins laissé la porte ouverte à une certaine dose de préférence, en n'écartant pas une mesure "limitée, proportionnée et tenant compte de ses répercussions".
Auparavant chef de file des opposants, l'Allemagne, première puissance économique de l’Union européenne, a elle aussi adouci sa position, avec l'Italie, en ouvrant la porte à une telle mesure, mais de manière très encadrée. Son angoisse : qu'une telle orientation ne renchérisse les coûts d’approvisionnement de ses constructeurs automobiles et de son industrie, au risque de fragiliser ses performances à l’export. Les constructeurs allemands "craignent surtout des rétorsions commerciales de la part de la Chine alors que l’Empire du Milieu reste un marché important", expliquait récemment dans L'Express Arnaud Aymé, directeur France du cabinet Sia Conseil.
En clair, une telle obligation ne doit pas entraver les exportations allemandes ou italiennes, ou risquer de brusquer les relations avec les principaux alliés. Une chose est certaine : le sommet de jeudi s’annonce électrique. Chacun y viendra armé d’arguments solides, prêt à défendre ses intérêts nationaux dans un débat qui promet d’être serré.
