Grant Dalton : « J’ai dû garder mon sang-froid au premier conseil ! «
Rencontré à Naples à l’occasion de la présentation officielle de l’America’s Cup Partnership et des équipes fondatrices, Grant Dalton s’est confié sur ces 15 derniers mois et sur la difficulté à mettre en place ce changement. Nous faisons également le point sur l’équipe avec Kevin Shoebridge, directeur général.
La finalisation de l’America’s Cup Partnership n’aura pas été simple. Grant Dalton s’est livré à Naples sur les difficultés rencontrées pour aboutir au document final. « Nous avons failli échouer en juillet 2025 et nous commencions à réfléchir à la façon d’améliorer nos foils et notre bateau. Mais les deux commodores sont revenus vers moi à la dernière minute pour que l’on se donne plus de temps, jusqu’à décembre. »
Pour parvenir à ce document, différentes factions se sont formées : certaines équipes partageaient des intérêts communs et défendaient certains points. « À partir de juillet, cela a été plus collaboratif. Avant, le but était presque de détester l’autre, puis il s’est agi de trouver la paix et la sérénité. Tout le monde a dû faire des concessions. C’est aussi une question de génération. Je ne les aime pas, et eux non plus, mais c’était à notre génération de provoquer ce changement. Si nous ne l’avions pas fait, la Coupe ne serait pas morte, mais elle aurait été en difficulté. J’ai dû garder mon sang-froid au premier conseil, car on aurait pu tout gâcher en une semaine simplement en se disputant et en ne se mettant d’accord sur rien. »
L’America’s Cup Partnership est un document de 700 pages qui a été amendé 27 fois. Il est confidentiel et réservé aux associés, soit les cinq équipes fondatrices pour le moment. Grant Dalton y a travaillé pendant 15 mois, six heures par jour, sans rien faire d’autre, laissant la gestion de l’équipe à Kevin Shoebridge. « Cela a plus nui à mon état mental qu’à l’équipe. » Grant Dalton devrait prochainement laisser l’organisation de la Coupe à quelqu’un d’autre afin de se recentrer sur l’équipe.
Il est également revenu sur les changements à venir au sein de l’équipage, avec désormais la présence obligatoire d’un jeune et d’une femme à bord. « Nous avons été très contents et fiers d’avoir créé la Women’s Cup à Barcelone. J’étais contre au début l’idée d’instaurer un quota de femmes à bord des AC75, mais ce sont les Français qui le voulaient. Puis je me suis dit que c’était la seule façon de rompre avec l’habitude de n’avoir que des hommes à bord. Au final, c’était la bonne décision. »
AC40 et SailGP
Nous avons interrogé Grant à propos de l’AC40, pour lequel il était question d’organiser un championnat et une classe après Barcelone.
« Nous avions envisagé au début d’organiser un championnat en AC40, mais désormais c’est une décision qui doit être prise au sein du board de l’ACP. Cela ne peut pas être ma décision. Je pense que nous devrions multiplier les courses avec ces bateaux et organiser un championnat. » Grant Dalton a également évoqué le SailGP
« Nous ne sommes pas SailGP et nous ne voulons pas le devenir. Le circuit a toute sa place dans la voile. Mais la Coupe, c’est différent : c’est une compétition technologique. Nous devons trouver un meilleur équilibre. Nous avons besoin d’un rythme plus soutenu. Il faut du temps pour développer un bateau rapide grâce à la technologie, mais il faut aussi continuer à courir pour maintenir la dynamique auprès de l’équipe et des partenaires. Il nous faut trouver cet équilibre. » La Coupe doit-elle interdire aux skippers d’y participer en parallèle ? « Non, c’est une décision qui revient à chaque équipe. Nous avons pris la nôtre avec Pete. Pour Nathan, c’est différent : il a un contrat à durée déterminée avec Artémis. »
D’autres équipes attendues pour la 38e édition
S’il y a aujourd’hui cinq équipes fondatrices de l’ACP, elles pourraient être rejointes par de nouvelles formations d’ici mars. Le board de l’ACP a décidé de prolonger jusqu’au 31 mars la date limite d’inscription à la 38e America’s Cup. On parle d’une équipe américaine avec Riptide et Chris Poole, qui pourrait recevoir l’appui de Doug DeVos, mais aussi d’une équipe australienne menée par John Winning Jr., qui a financé l’équipe australienne lors des Youth et Women’s Cup à Barcelone. Enfin, Mascalzone Latino, l’équipe italienne, pourrait faire son retour dans la Coupe après Valence en 2007.
Ces équipes devront obligatoirement disposer d’un AC75. Des discussions sont notamment en cours avec Team New Zealand. Grant Dalton a confirmé qu’il pourrait vendre leur deuxième AC75 : « Il pourrait être utilisé par une autre équipe, mais il y a beaucoup de travail pour le mettre à la nouvelle jauge, environ 20 000 heures, soit l’équivalent du temps de construction d’un maxi. »
Team New Zealand ne s’est jamais arrêté de se préparer
Si Grant Dalton a été très pris par la mise en place de l’ACP, l’équipe, elle, ne s’est pas arrêtée de se préparer à défendre la Coupe. Kevin Shoebridge, directeur général, rencontré à Naples, s’est montré confiant. « Nous ne nous sommes jamais arrêtés. Sur la Coupe, il faut toujours être en mesure de repartir immédiatement. L’équipe s’est regroupée pour devenir encore plus forte. Certaines choses ont changé — notamment le départ de Peter — mais nous sommes une centaine de membres. Il y a énormément d’expertise. Nous repartons de là où nous nous étions arrêtés. Nous avons recommencé à naviguer et beaucoup travaillé sur les foils et le gréement. Les bateaux de la prochaine édition seront différents, avec de nouveaux foils, mâts et coques. Il y a encore beaucoup de marge de développement. Ce sont des bateaux très techniques, avec des systèmes de contrôle très pointus. Ils devraient être encore plus performants qu’à Barcelone. Nous naviguons avec nos deux AC40 à Auckland, davantage pour l’entraînement sur les départs et le match racing que pour le développement.»
L’équipe a renouvelé son partenariat avec Emirates et peut toujours compter sur le soutien du milliardaire De Nora.
L’équipage s’est également renforcé avec l’arrivée de l’Australien Iain « Goobs » Jensen, qui apporte une solide expérience du haut niveau. Médaillé d’or et d’argent en 49er aux Jeux olympiques de Londres 2012 et Rio 2016 avec Nathan Outteridge, et fort de nombreuses campagnes en Coupe de l’America, il s’est intégré rapidement à l’équipe. Il navigue aussi en SailGP avec les Australiens, après plusieurs saisons avec les Britanniques. Nathan Outteridge occupera le poste de barreur tribord avec Iain Jensen, tandis que Sam Meech et le médaillé olympique britannique Chris Draper seront au poste de barreur bâbord, accompagnés d’Andy Maloney, Blair Tuke et Joe Aleh.
Ludovic Sorlot
