Cinéma: "Nouvelle Vague", le pari à hauts risques d'un couple de producteurs
"C'était totalement risqué puisqu'il manquait la moitié du budget et qu'on a dû mettre de notre poche", raconte à l'AFP Michèle Halberstadt, qui dirige avec son mari Laurent Pétin la société de production française Arp. "Quand on met de sa poche de tels montants, c'est un pari où on se dit: ça passe ou ça casse", ajoute-t-elle.
Le projet du réalisateur américain Richard Linklater de reconstituer le tournage d'"A bout de Souffle", le chef d'œuvre de Jean-Luc Godard, n'avait alors pas convaincu France Télévisions. Mais, pour Michèle Halberstadt, il était essentiel que le film voie le jour.
"Linklater avait exactement la bonne dose d'insolence, d'humour, de tendresse et d'admiration. On s'est dit que si on voulait rendre hommage à Godard, il n'y avait pas de meilleure manière de le faire", raconte la productrice, alors prête à mettre en jeu la survie de sa société fondée en 1991 et dédiée au cinéma d'auteur.
"On s'est dit: si on saute, on saute, ce n'est pas grave, on a fait plein de trucs déjà. Mais il faut être prêt à prendre ce risque, sinon il ne faut pas y aller", raconte Michèle Halberstadt.
"Validation"
La sélection du film en compétition au dernier festival de Cannes sera leur salut.
Dans la foulée de sa projection sur la Croisette, "Nouvelle Vague" est acheté dans plusieurs pays, permettant de couvrir les frais engagés par les producteurs.
L'annonce mercredi des nominations aux César, auxquels "Nouvelle Vague" va concourir dans dix catégories, sonne comme une nouvelle consécration, malgré le relatif échec du film en salles (près de 133.000 entrées).
"Au moins, la profession a compris, analyse Michèle Halberstadt. Elle a compris ce qu'on a fait et pourquoi on l'a fait. On a le sentiment que c'est le métier qui nous dit : +on a vu le film, on l'a aimé+".
"On a vraiment pris ça comme une validation", dit la productrice qui se réjouit que les nominations couvrent un très large spectre des métiers du cinéma: réalisation, interprétation, photo, montage, décors, costumes...
"Cela récompense le travail d'équipe qui a permis de recréer le Paris de 1959 (année de tournage d'+A bout de souffle+, NDLR) et que l'illusion fonctionne", poursuit Michèle Halberstadt, qui entretient un lien particulier avec Godard: elle a joué dans un de ses films, en a distribué un autre et a réalisé le dernier entretien du cinéaste en 2021 pour France Culture.
L'ancienne journaliste espère à présent que ce coup de projecteur sur "Nouvelle vague" permette de vaincre la "frilosité" du public. "Malheureusement, c'est un film que tout le monde aime et que personne ne va voir", souligne-t-elle.
Selon elle, cette désaffection tient à un malentendu. "On n'a pas réussi à faire comprendre au public que ce n'est pas un film sur Godard ou sur la Nouvelle Vague. C'est l'histoire du tournage d'un premier film et vous n'avez pas besoin tout savoir sur le cinéma pour le voir", dit-elle, persuadée que "+Nouvelle Vague+ restera dans l'histoire du cinéma".
