Asthme allergique : une piste pour le prévenir, par le Pr Alain Fischer
L’asthme est une maladie chronique, cause d’épisodes de gêne respiratoire qui affectent la qualité de vie. Il peut dans quelques cas (environ 5 %) être grave. L’asthme est d’origine allergique (acariens, pollen…) chez 70 % des patients. La prévalence de cette pathologie augmente dans l’environnement moderne du fait des conditions de vie de la population et d’un moindre contact dans la toute petite enfance avec le monde microbien, en lien avec les progrès de l’hygiène. Environ 8 % de la population est atteinte. Des traitements symptomatiques efficaces ont été mis au point, permettant de soulager les patients lors de crises. Il n’existe cependant pas de traitement curatif, même si certains médicaments (en dehors de l’éviction d’allergènes identifiés) sont capables d’en réduire la fréquence.
Les mécanismes de la maladie sont bien connus. L’allergène déclenche une réponse immunitaire liée à la présence d’anticorps particuliers appelés IgE qui, fixés sur certains globules blancs comme les éosinophiles ou les mastocytes, induisent instantanément la production de molécules responsables des manifestations de l’asthme : hyperréactivité des bronches avec bronchoconstriction et production de mucus. A la longue, une inflammation chronique des bronches s’installe. Des facteurs génétiques multiples et environnementaux (tabac, poussière, pollution) se trouvent à l’origine de l’asthme. L’hypothèse du rôle d’infections respiratoires précoces du nourrisson dans son déclenchement est suspectée mais débattue.
Récemment, une équipe belge dirigée par le Pr Lambrecht, à Gand, a rapporté des résultats très intéressants en termes de risque de survenue et de mécanisme possible de l’asthme. Ces chercheurs ont montré, en se fondant sur la base de données danoise qui regroupe des informations médicales portant sur l’ensemble de la population, que le risque d’asthme était associé à deux facteurs essentiels : les antécédents d’asthme chez les parents et la survenue d’une bronchiolite provoquée par le virus respiratoire syncitial (VRS) et cause d’hospitalisation dans les six premiers mois de vie. Avoir un parent asthmatique double le risque de survenue d’asthme, la survenue d’une infection précoce à VRS triple ce risque. La conjonction des deux facteurs est associée à un risque environ 5 fois plus élevé. Ces données sont solides car issues du suivi de 1,5 million d’enfants. A noter que le risque est un peu supérieur lorsque la mère, plutôt que le père est atteint d’asthme.
Deux stratégies efficaces
Ces résultats ont conduit l’équipe du Pr Lambrecht à essayer de modéliser ces informations dans un modèle d’asthme allergique chez la souris. Les scientifiques ont pu reproduire ces résultats et ainsi proposer un modèle explicatif. Dans un contexte d’infection respiratoire virale, interviennent deux facteurs : d’une part l’état inflammatoire de certaines cellules du système immunitaire, d’autre part la transmission transplacentaire de la mère au fœtus d’anticorps IgG dirigés contre l’allergène. Ceux-ci favoriseraient l’émergence de la réponse immunitaire pathologique dite "TH2", responsable de l’asthme.
Observation importante, l’administration d’anticorps neutralisant le virus respiratoire aux souris mères allaitantes prévient l’infection pulmonaire et le risque d’asthme. Ces résultats, s’ils peuvent être reproduits chez l’homme, présentent un intérêt évident : réduire le risque d’asthme allergique de l’enfant. Est-ce une vue de l’esprit ? Non car nous disposons depuis peu d’armes de prévention contre la survenue des bronchiolites du nourrisson à VRS. Il s’agit soit de l’administration au nouveau-né d’anticorps capables de neutraliser le virus, soit de vacciner la mère pendant sa grossesse afin qu’elle transmette des anticorps protecteurs au futur enfant.
Ces deux stratégies ont démontré leur efficacité pour réduire considérablement le risque d’hospitalisations pour bronchiolite à VRS. Il reste donc à évaluer si ces stratégies diminueraient la survenue de l’asthme. Ne doutons pas que de telles études soient rapidement lancées ! Ajoutons que cette brillante étude n’a pu être menée que grâce à l’accès à un registre qui compile les données médicales de la population danoise, ce qui illustre l’importance de l’existence et de la mise à disposition de tels registres pour la recherche biomédicale.
Alain Fischer est professeur émérite au Collège de France et cofondateur de l’Institut des maladies génétiques (Imagine).
