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Antoine Levy répond à Gabriel Zucman : "Le décrochage de l’Europe par rapport aux Etats-Unis est réel et inquiétant"

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Le PIB par habitant des Etats-Unis représente aujourd’hui le double de celui de l’Union européenne. Mais dans une tribune parue dans Le Monde, Gabriel Zucman récuse l’idée d’un décrochage de l’Europe. "L’idée d’une sclérose européenne face à un supposé eldorado américain ne repose pas sur grand-chose", écrit le directeur de l'Observatoire européen de la fiscalité. Dans la chronique qu'il tiendra chaque mois dans L'Express sous forme d'entretien, l'économiste français de Berkeley Antoine Levy répond point par point à ses arguments.

L’Express : Selon Gabriel Zucman, l’explosion du coût de la vie outre-Atlantique annihile la croissance américaine. Qu’en pensez-vous ?

Antoine Levy : Il y a d’abord un débat sur les instruments de mesure. C’est une question assez subtile. Cherche-t-on à mesurer le pouvoir d’achat ou la capacité relative des pays à influencer le cours du monde et à acheter des biens, des services, des actifs chez les autres ? Ce sont des mesures très différentes. Le recul de l’Europe est particulièrement visible si on le mesure en dollars courants. Le décrochage du taux de change a conduit à une divergence importante, en dollars, des PIB par habitant entre les Etats-Unis et l’Europe. Si l’on veut mesurer le pouvoir d’achat en termes de biens échangeables sur les marchés internationaux comme les smartphones et les voitures, d’acquisitions de nouvelles technologies ou de tourisme, cette valeur en dollars courants est pertinente. En revanche, si vous voulez plutôt mesurer le pouvoir d'achat local des gens, qui prend en compte les coûts du logement, des services, d’aller chez le coiffeur ou au restaurant, c’est moins le cas. Si les prix de ces services augmentent au même rythme que les salaires, le pouvoir d’achat réel des Américains ne sera pas aussi différent de celui des Européens en termes de parité de pouvoir d’achat qu’en dollars courants.

La productivité européenne a ralenti par rapport à la productivité américaine. Les salaires ont, en conséquence, ralenti en Europe de façon relative, ce qui veut dire que les prix des services ou des biens qui dépendent du prix du travail local, comme aller au restaurant ou faire construire sa maison, ont augmenté moins vite qu’aux Etats-Unis. Mais c’est bien plus le symptôme d’un décrochage de la productivité qu’un phénomène rassurant. Le fait même qu’aller au restaurant à Paris soit moins onéreux qu’à New York est la conséquence de cet écart grandissant en termes de productivité et de salaires, de la même manière que cela vous coûte moins cher d’aller au restaurant en Thaïlande ou au Botswana. La stagnation relative en France et en Europe de l’Ouest des coûts des produits locaux n’est que le revers de la médaille de la stagnation de la productivité par rapport aux Etats-Unis depuis quinze ans.

Depuis 2010, la différence de PIB par tête entre les deux zones a bondi de 46 % à 95 %.

Gabriel Zucman affirme qu’en matière de productivité par heure de travail, les six pays "cœur" de l’Europe (Allemagne, France, Italie, Espagne, Pays-Bas et Belgique) font pourtant quasiment jeu égal avec les Etats-Unis…

Gabriel Zucman et le Laboratoire sur les inégalités mondiales comparent un nombre de pays restreints en Europe de l’Ouest, les plus avancés, avec les Etats-Unis dans leur ensemble. Mais si on veut faire une comparaison pertinente, il faut y inclure l’Union européenne dans sa totalité. Ou alors, si on se concentre sur les pays les plus avancés d’Europe, il faut les comparer aux endroits les plus avancés des Etats-Unis, la Californie et la côte Est. C’est une question de cohérence. Dans ces deux cas, il y a très clairement un retard de l’Europe en termes de productivité.

Comment expliquez-vous cet écart de productivité ? Gabriel Zucman met en avant le temps libre plus important des Européens…

Le PIB par habitant est le produit de combien d’heures on travaille par habitant et de combien on produit par heure travaillée. Deux mesures sont donc importantes : le nombre d’heures travaillées et la productivité par heure travaillée. Or, sur chacune de ces deux mesures, il y a une différence entre Europe et Etats-Unis. Il est faux d’affirmer que toute la différence viendrait simplement du nombre d'heures travaillées, et que nous serions aussi productifs que les Américains. Il existe en effet, depuis longtemps, une différence du nombre d’heures travaillées par habitant qui vient d’abord du fait qu’en Europe, on se met à travailler plus tard et on s’arrête plus tôt dans le cycle de vie. Si vous prenez un employé à plein temps de 45 ans, celui-ci ne travaille pas tellement moins d’heures en Europe qu’aux Etats-Unis. Il y a certes des variations entre pays européens : on travaille moins en France qu'en Allemagne. Mais dans l'ensemble, l’écart à cet âge n’est pas très important avec les Etats-Unis. Ce qui est très différent, ce sont les taux d'emploi et d’activité des seniors et des jeunes, et en particulier des jeunes sans qualification, plus faibles en Europe.

N’est-ce pas un choix de société de la part de l’Europe, avec plus de temps pour les loisirs ?

Gabriel Zucman explique que les Européens préfèrent passer plus de temps à être à la retraite, à faire des études ou à avoir des périodes d’inactivité. Ce qui est étonnant avec cette analyse, c'est qu’on ne sait pas exactement à quel moment ce choix de société "collectif" aurait été fait. Individuellement, les gens prennent ces décisions en fonction des incitations qu'on leur donne. Or, en Europe, les incitations à l'activité sont bien plus faibles qu’aux États-Unis. Travailler une heure de plus - ou se mettre à travailler quand on est au chômage ou inactif - s’avère beaucoup moins rentable en Europe qu'aux États-Unis, du fait d’une taxation marginale du travail et d’une subvention à l’inactivité très élevée.

Face à cette forte taxation marginale du travail, beaucoup choisissent de travailler moins. Mais ce n’est pas seulement une question de préférences : quand les Européens se trouvent dans des situations où ils peuvent gagner plus à la reprise d'emploi ou en travaillant plus, ils le font. C’est le cas quand on facilite le cumul emploi-retraite, ou quand des frontaliers se rendent à l'étranger pour des salaires plus élevés. Ce qui suggère que si les Européens faisaient face aux mêmes incitations que les Américains, ils travailleraient plus. Plutôt qu’un choix de société, il s’agit donc d’une conséquence de la fiscalité et de la subvention à l’inactivité.

Par ailleurs, la différence entre les heures travaillées aux Etats-Unis et en Europe est restée assez stable sur ces quinze dernières années. Beaucoup de pays européens ont d’ailleurs repoussé l’âge de la retraite ou accru le taux d’emploi des jeunes. Si le déclassement de l’Europe en termes de PIB par habitant s’est aggravé, c’est principalement du fait d’une croissance plus faible de la productivité. Le rapport Draghi a établi ce diagnostic de façon très claire.

Dans le domaine technologique, le retard pris par l’Europe a-t-il déjà des conséquences irréversibles ?

Plusieurs chercheurs ont étudié l'impact des réglementations européennes. Certaines mesures, comme la RGPD, apparaissent catastrophiques d’un point de vue économique. Elles freinent l'adoption de nouvelles technologies et donc la croissance. Le décrochage technologique européen est préoccupant. Là encore, il ne relève pas d’un choix de société. Les dirigeants européens n’ont pas annoncé : "on va décrocher par rapport aux Etats-Unis pour avoir plus de loisirs."

J’entends certains dire :" Ce n’est pas grave, on achètera les services technologiques produits par les Américains. Nous pouvons tous bénéficier des gains de productivité permis par Netflix, Amazon, Facebook ou d’autres". Le problème, c'est qu’il s’agit d’activités comportant une forte composante ex-post de rente. Une fois que vous avez créé la technologie, vous bénéficiez des rentes d'innovation. Par conséquent, les Européens s'appauvrissent et versent cette rente d'innovation à des pays plus dynamiques technologiquement. Le problème ne se pose pas seulement vis-à-vis des Etats-Unis. Énormément d'innovations naissent en Chine. A commencer par l’amélioration des véhicules électriques. Elles coûtent moins cher en Europe que les véhicules européens. Le bénéfice de cette innovation revient en grande partie aux innovateurs chinois !

Parmi les arguments avancés par ceux qui relativisent le décrochage du Vieux Continent, il y a celui-ci : "Les Européens bénéficient d’une espérance de vie plus élevée. Selon Paul Krugman, il s'agit là d'une "performance économique nettement supérieure"...

Des études montrent que derrière le différentiel d'espérance de vie des États-Unis, il y a surtout une différence de probabilité de mourir jeune, et ce particulièrement parmi les populations à revenu relativement faible et appartenant à des minorités ethniques. C'est évidemment une tragédie. Plusieurs causes à ce phénomène : la consommation d’opiacés, les accidents de voiture beaucoup plus fréquents aux États-Unis, les morts par armes à feu, les suicides, l’obésité…. À soixante-cinq ans, un Américain a plus ou moins la même espérance de vie qu'un Européen. Sa longévité espérée à cet âge-là est assez similaire. Si, à ce moment-là, on lui diagnostique une maladie grave, comme un cancer, son espérance de vie est même un peu plus élevée que celle d’un Européen souffrant du même mal.

Il y a donc beaucoup plus de décès de jeunes américains. Mais si quelqu'un meurt à vingt ans, son impact sur l'espérance de vie moyenne est énorme parce qu'il perd soixante ans d’existence, en moyenne. Alors que si quelqu'un décède à quatre-vingt-deux, l’incidence est plus faible sur les statistiques.

Le même Krugman évoque également un moindre niveau d’inégalités en Europe…

On touche là une question quasi philosophique. Préfère-t-on une société où le niveau de vie des 5 % les plus riches est quatre, cinq fois plus élevé que celui de ceux qui se situent au niveau médian ? Ou bien une société où le premier est deux ou trois fois plus élevé, mais où le second est plus faible ? Les États-Unis sont plus inégaux, mais avec des niveaux de revenus plus élevés, quasiment dans toutes les strates de la société à l’exception des plus modestes.

Margaret Thatcher disait : "they’d rather have the poor be poorer, provided the rich were less rich" D’un côté, on a une société plus inégalitaire, mais plus riche, et de l’autre, une société plus égalitaire et moins riche. Sur ce point, les gens ont des visions différentes en fonction de leurs préférences politiques. Mais on ne peut pas nier que le niveau de revenu médian est beaucoup plus élevé aux Etats-Unis.

Il est vrai que les revenus sont plus compressés en Europe ; c’est le résultat d’une taxation élevée du travail, motivée par la volonté de limiter les inégalités. Celle-ci a d’ailleurs des conséquences en termes d'innovation et de productivité. Pourquoi les jeunes titulaires de masters ou de thèses, qu’ils viennent d'Inde, d'Angleterre, de Chine, de France ou du Mexique, choisissent-ils les États-Unis plutôt que l’Europe, quand ils le peuvent ? Parce que cette dernière a fait ce choix de compression des inégalités qui a provoqué un décrochage des salaires des plus qualifiés. Alors oui, il y a moins d'inégalités en Europe, mais aussi moins d'innovateurs et de gens productifs qui souhaitent venir s’installer ici.

On a l'impression que l'Atlantique s'agrandit… Comme si le Groenland fondait !

En effet, les Etats-Unis et l’Europe se situaient encore plus ou moins au même niveau dans les années quatre-vingt-dix. Mais je ne pense pas que cet écart soit amené à perdurer éternellement. Et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord, ces deux économies sont très connectées. Il y a des forces structurelles qui contribueront à les rapprocher, on l’espère, au bénéfice de l’Europe. Des nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle, peuvent contribuer à ce que celle-ci comble son retard à moyen terme, en rendant moins grave sa relative perte de vitesse technologique. Par ailleurs, les choix trumpistes de dérégulation et de réduction d’impôts, qui ont contribué à la croissance américaine dans les secteurs de l’énergie, de la finance ou de la tech, n’auront peut-être qu’un temps. L’administration qui lui succédera pourrait prendre d’autres orientations, plus proches du modèle européen. A l’inverser, en Europe, les choix politiques ne sont pas figés dans le marbre. On voit bien que le rapport Draghi sur la compétitivité a fait bouger les lignes. On assiste à une prise de conscience chez les Européens.






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