Avec Florence Dupré la Tour, la BD bouscule les non-dits autour de l'argent
Long récit de 200 pages, "Jeune et fauchée" (Dargaud) sort cette semaine, simultanément à un autre album de la prolixe dessinatrice lyonnaise de 47 ans, "Les moribonds" (Casterman), "une fable pop" qui met en scène un vampire tentant de survivre dans un univers post-apocalyptique.
Les deux BD "ont un point commun: ils traitent de la lutte des classes et des rapports dominants-dominés", explique l'autrice à l'AFP.
"C'est une question qui m'intéresse énormément, surtout sous le prisme du silence autour de l'argent, qui est tabou en France".
Dans "Jeune et fauchée", elle raconte sa jeunesse corsetée au sein d'une famille "vieille France". Puis sa révolte à l'adolescence contre l'avarice de ses parents, qui la laissent se débrouiller à 18 ans.
En rupture avec son milieu, la jeune adulte vivote d'un petit boulot à l'autre, tout en essayant de percer dans la BD, sa passion.
"Pas une thune"
"Désormais seule avec deux petits, sans pension alimentaire et pas une thune d'avance, les choses allaient commencer à devenir intéressantes", fait-elle dire à son héroïne dans cet album aux dialogues mordants.
Mais pas question d'aller aux Restos du cœur ou de demander le RSA. "Les injonctions sociales et familiales poussent les pauvres à se taire, à avoir honte, surtout quand on vient d'un milieu comme le mien", souligne-t-elle.
À force de "s'accrocher", Florence Dupré la Tour finit par percer dans la BD et à en vivre "depuis sept à huit ans" grâce au succès de ses albums "Cruelle", "Pucelle" et "Jumelle".
"Je m'en suis sortie mais je connais beaucoup d'auteurs de BD qui vivent sous le seuil de pauvreté. Et c'est le cas aussi pour ceux qui se lancent en littérature ou dans les arts plastiques", souligne-t-elle.
Dans ses albums, Florence Dupré la Tour contrebalance la gravité de l'histoire par la légèreté du dessin, en partie inspiré des mangas, dont elle admire "la simplicité" du trait.
Ainsi, ses personnages ont parfois des traits animaux, ne portent pas de nez, voire pas d'yeux, notamment dans "Les moribonds".
"Je me suis rendue compte qu'enlever quasiment toutes les expressions du visage en ne gardant que la bouche renforçait bizarrement l'expressivité des personnages", explique-t-elle.
Florence Dupré la Tour fait partie de ces autrices qui ont réussi à féminiser un peu le monde traditionnellement très masculin de la BD en France, surtout depuis l'appel lancé en 2015 par près de 150 d'entre elles contre "la misogynie et le sexisme dans le 9e art".
Parmi elles, figurent Pénélope Bagieu, Diglee, Claire Fauvel, remarquée par son album "Les yeux d'Alex" (Glénat), ou Camille Broutin, l'autrice de la série manga à succès "Yon" (Dargaud).
