Mélenchon, Maduro et l’anti-impérialisme à géométrie variable
À l’occasion de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis, Jean-Luc Mélenchon a livré une nouvelle diatribe contre « l’impérialisme américain », dénonçant une intervention motivée par le pétrole et déguisée en lutte contre le narcotrafic. Dans une interview publiée le 4 janvier, le leader de La France insoumise (LFI) a parlé de « mainmise » des États-Unis sur les ressources vénézuéliennes et a fustigé l’« abaissement » et la « servilité des Européens » devant ce qu’il appelle l’Empire. Il en a appelé à « exiger la libération et le retour immédiat de Nicolás Maduro libre au Venezuela » au nom du droit international.
Le discours se veut non-interventionniste, principiel, universaliste. Mais il s’inscrit surtout dans une longue tradition de complaisance idéologique envers des régimes autoritaires, pour peu qu’ils se revendiquent socialistes et anti-américains. Mélenchon en avait déjà donné l’illustration dans l’Emission Politique en 2017. Il a été confronté à Laurence Debray, une journaliste d’origine vénézuélienne dont les parents étaient proches de Che Guevara et de Fidel Castro. Elle lui a posé la question suivante : « Vous pensez vraiment que c’est à cause des Américains que le Vénézuela vit en pleine crise humanitaire après 18 ans de gestion de vos amis chavistes ? Tous les Vénézuéliens sont aux prises avec la faim et la pénurie ». Après avoir fait l’éloge de la politique de Chávez, notamment sur le pétrole, et de ses nobles intentions, Mélenchon a répondu que l’opposition vénézuelienne était « barbare » et qu’il n’avait pas à perdre son temps dans une émission nationale pour répondre à des « sottises » et à des « argumentaires préfabriqués ».
Ce mépris assumé pour ceux qui viennent du terrain, cette incapacité à reconnaître la nature autoritaire et répressive du régime chaviste, sont parfaitement cohérents avec la ligne revendiquée par LFI elle-même. L’expérience vénézuelienne a ainsi été décrite comme une « source d’inspiration » par les militants insoumis, qui se complaisent dans le relativisme lorsqu’on leur parle des atteintes aux libertés, de la répression politique, de l’effondrement économique et de l’exode massif de millions de Vénézuéliens.
Rejeter la faute sur des facteurs exogènes, comme le fait M. Mélenchon, est un réflexe commode qui était déjà à l’œuvre lorsque l’effondrement de l’économie soviétique était imputé au « blocus capitaliste » ou lorsque la misère cubaine est systématiquement attribuée à l’embargo américain. Cela a toujours permis d’exonérer les dictateurs socialistes de toute responsabilité, quitte à s’empêtrer dans le déni et dans le mensonge.
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