De Paris à Berlin, la gauche européenne veut s’inspirer de la victoire de Zohran Mamdani
Et si la gauche européenne avait devant elle la recette miracle ? L’élection du socialiste et très progressiste Zohran Mamdani, 34 ans, à la tête de New York le 5 novembre a suscité un nouvel élan pour la gauche à travers le Vieux continent. A commencer par la France, où de nombreuses figures, des Insoumis aux Verts en passant par le PS, ont salué cette victoire, identifiant parfois la stratégie de leur parti à celle du candidat dans un effort pour valider la propre radicalité de leurs propositions.
Symbole d’une gauche assumée et proche du peuple, la victoire de Zohran Mamdani ravive les espoirs français. Mais elle met aussi en lumière les profondes divisions qui subissent et empêchent les gauches françaises de peser en faisant bloc.
Toute la gauche française se voit dans Zohran Mamdani
"Cette victoire porte en elle une leçon : seule la gauche de rupture peut battre l’extrême droite", a rapidement réagi sur X la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot, dans une analogie manifeste avec la situation française et la perspective d’un deuxième tour face au RN en 2027. La France insoumise se reconnaît dans ce socialiste du Parti démocrate qui s’est opposé aux leaders de son mouvement et a émergé avec un programme s’adressant aux classes populaires, et un discours résolument pro-palestinien. "Ce n’est pas en édulcorant le libéralisme économique que l’on gagne, mais en le combattant bec et ongles", a ajouté l’eurodéputée Manon Aubry. Celle-ci estime que Zohran Mamdani a réussi "à renverser la table avec des propositions radicalement concrètes (gel des loyers, bus gratuits, crèches publiques…) et sans jamais détourner le regard sur le racisme et Gaza".
Plusieurs autres figures fortes et candidats possibles à une primaire de la gauche avant la présidentielle ont félicité le succès de Zohran Mamdani lors de la primaire qui lui a permis de "renverser l’establishment démocrate". "Comment a-t-il renversé la table ? Par une primaire. Par la question sociale comme obsession. Par une campagne de terrain. Par un candidat qui se fait reporter", s’est ainsi félicité François Ruffin. "Un candidat élu par une primaire innovante" avec "un profil franchement de gauche", a salué Clémentine Autain.
La secrétaire nationale des Écologistes Marine Tondelier s’est elle aussi réjouie du succès du candidat résolument anti-Trump, "né en Ouganda, musulman, écologiste et authentiquement de gauche". "Dans la bascule fasciste en cours aux Etats-Unis, cette victoire est une source d’espoir incroyable et une inspiration pour la gauche qui ne renonce ni à ses valeurs, ni à gouverner pour changer la vie des gens maintenant", a jugé celle qui se positionne à mi-distance des Insoumis et des socialistes. Le numéro 1 du PS Olivier Faure se dit "parfaitement en phase" avec le programme de Mamdani, notamment sur la défense des services publics. "Il se revendique comme socialiste, mais à la sauce américaine. Ce n’est pas un insoumis" a-t-il rappelé.
L’Europe veut "prendre note"
Ailleurs en Europe, d’autres partis de gauche espèrent tirer parti de l’élan créé par la victoire de Zohran Mamdani, affirmant qu’ils ne dilueront pas leurs politiques et ne se laisseront pas aspirer par le champ de bataille de la droite autour de l’immigration.
Zack Polanski, premier dirigeant juif et ouvertement homosexuel du Parti vert d’Angleterre et du Pays de Galles, comparé à Zohran Mamdani pour son usage des réseaux sociaux et ses appels à un impôt sur la fortune, s’est réjoui : "C’est important — non seulement pour New York, mais je pense que cela résonne dans le monde entier. Il s’agit d’améliorer la vie des gens, de reconnaître l’inégalité qui règne au cœur de New York, mais aussi dans une grande partie du monde. Et il s’agit de dire : faisons baisser les factures des gens et taxons les multimillionnaires et les milliardaires".
En Allemagne, le parti anticapitaliste Die Linke voit dans cette victoire une source d’inspiration pour les élections locales à Berlin. "Si notre parti a fait mieux que prévu lors des élections fédérales allemandes de février, c’est en utilisant le même schéma que Zohran Mamdani : se concentrer sur les questions liées au coût de la vie, solliciter les petits donateurs et investir massivement dans des opérations de porte-à-porte avec des bénévoles" affirme Liza Pflaum, responsable au sein de Die Linke auprès de Politico. Le chef de file du parti Jan van Aken assuré auprès de Reuters être "en contact avec Zohran Mamdani et son équipe, et nous apprenons les uns des autres. Sa campagne est un modèle pour les élections berlinoises de l’an prochain. La victoire de Zohran Mamdani nous donne de l’élan".
En Espagne, plusieurs figures de Sumar et Podemos, dont Ione Belarra, ministre espagnole de l’Égalité, ont salué le succès du démocrate américain : "Il apparaît de plus en plus évident que la droite est mieux contenue par une gauche forte et courageuse qui défend ses droits. Prenons-en note". Tandis qu’en Italie, la cheffe du parti démocrate Elly Schlein s’est félicitée du "triomphe de la politique de l’espoir sur la politique de la peur".
Modèle de victoire
La semaine dernière, plusieurs personnalités de gauche venues de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni s’étaient rendues à New York pour étudier la campagne de Zohran Mamdani et pouvoir reproduire son approche. Dans un contexte de montée de l’extrême droite et de défiance envers les partis traditionnels, l’élection d’un maire socialiste américain porté par un programme de rupture offre ce qui pourrait être un modèle de victoire à la gauche européenne. En s’appropriant ce succès new-yorkais, celle-ci veut montrer qu’un retour au pouvoir au possible. A condition toutefois de mettre en place des stratégies concrètes, et de savoir adapter la recette de Zohran Mamdani à l’électorat européen.
