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Сентябрь
2025

Métaux critiques : "C’est une course au long terme, et l’Europe part arrêtée…"

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Lithium, cobalt, nickel, terres rares… Sans eux, pas de voitures électriques, de missiles téléguidés, de panneaux solaires ou de data centers. La Terre ne manque pas de ces ressources. Mais la Chine contrôle aujourd’hui l’essentiel des chaînes d’approvisionnement de ces métaux dits critiques. Pékin tient ainsi les clés de l’avenir énergétique et technologique du monde entier. Et n’hésite pas à l’utiliser comme arme géopolitique. Face à cette nouvelle donne, l’Europe et les États-Unis se réveillent. Plans d’investissement massifs, réouverture de mines, développement du recyclage… Mais peut-on rattraper trente ans de retard industriel ? Et à quel prix ? Entretien avec Jean Wilfried Diefenbacher, conseil stratégique et financier chez Ondra et auteur de La guerre du métal. L’Europe : vassalité ou souveraineté ? (éditions Hermann, 180p), à paraître le 8 octobre prochain.

L’Express : On prête souvent une vision de long terme aux dirigeants chinois qui, contrairement aux leaders occidentaux, n’auraient pas sous-estimé l’importance future de nombreux métaux…

Jean Wilfried Diefenbacher : Je pense que c’est vrai. Mais la structure politique du pays est ainsi faite qu’il y a une visibilité à 50 ou 60 ans. Comme il y a un tsar en Russie, il y a un empereur en Chine, peu importe qu’il se nomme Xi Jinping, Deng Xiaoping ou autre. Cela permet de penser sur le temps long. Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter au milieu des années 1990, quand la Chine devient l’atelier du monde. Elle dispose alors d’une main-d’œuvre colossale, de prix compétitifs par rapport aux Etats-Unis ou à l’Europe, et de normes environnementales beaucoup moins strictes. A l’époque, ce fort désir de s’industrialiser est motivé par le développement et la modernisation de son marché intérieur. La domination des chaînes de valeur en est une conséquence mais, à mon avis, pas l’objectif principal.

Et nous, Occidentaux, cela nous convenait. En Europe et aux États-Unis, nous arrivions au pic de la tertiarisation de l’économie. Les industriels avaient décidé de devenir des assembliers à haute valeur ajoutée : la métallurgie, l’extraction de ressources naturelles - des processus à faible valeur ajoutée - n’étaient plus vraiment utiles à leurs besoins, ni à la mode. Fermer des mines en France n’était pas grave, tant qu’il était possible d’extraire des métaux et de les raffiner ailleurs. Les Chinois ont ainsi accueilli ces usines et ont fait ce qu’ils savent très bien faire : observer, copier puis améliorer.

A partir de quel moment les Européens et les Américains se sont-ils rendu compte du pouvoir que cela donnait à la Chine ?

La prise de conscience a été progressive au cours des années 2000. Puis il y a eu la première crise des terres rares en 2011, quand la Chine a décidé de réduire ses quotas d’exportations [NDLR : après des tensions avec le Japon en mer de Chine]. Deux problèmes se sont posés. Militairement, les Occidentaux se sont rendu compte que leurs besoins en métaux critiques et en terres rares sont certes petits, mais extrêmement stratégiques. Et nous étions au début de la réflexion autour de la transition énergétique et de l’électrification, et du débat sur la protection de l’environnement. C’est à ce moment que se démocratisaient les premières voitures hybrides, les panneaux solaires et les éoliennes - dont personne ne veut plus aujourd’hui - qui nécessitent ces métaux critiques et terres rares en quantité.

Quelles armes sont aujourd’hui utilisées par Pékin pour maintenir cette domination ?

Une combinaison de plusieurs éléments. Il y a déjà une gestion de l’environnement qui n’est pas la même. Puis des subventions massives, des politiques très volontaristes et agressives pour promouvoir les produits chinois. Cela se traduit par des mesures de dumping qui permettent de vendre des produits d’une qualité extraordinaire à des prix défiants toute concurrence. Ensuite, il y a le côté offensif, coercitif : les quotas. On ferme le robinet. Ce qui peut être très violent. On l’a vu en 2011. Récemment, les quotas d’un certain nombre de métaux stratégiques ont été réduits voire, pour certains, suspendus. Les Chinois veillent à ce que personne ne constitue de stock de terres rares pour éviter tout trading. Pékin dit : je fixe le prix et vous achetez à flux tendu. Et si vous stockez, on arrête de vous vendre.

Dans cette guerre, y a-t-il déjà des perdants ?

Il est encore trop tôt pour le dire. La Chine se sait en position de force mais elle entend négocier. On l’a vu avec les discussions sur les droits de douane imposés par Donald Trump. La Chine a toujours répondu, mais un peu moins fort que le camp adverse. Ce n’est pas parce que les Chinois sont gentils. C’est ainsi que se conduit une négociation quand on possède les meilleures cartes. Je prends un autre exemple : celui des voitures électriques chinoises en Europe. Pékin domine ce segment et le sait très bien. Mais elle n’a pas forcément intérêt à trop affaiblir l’Europe, car cela reste un marché gigantesque. Il faut que les Européens puissent continuer à acheter leurs voitures. Car eux aussi ont des contraintes qui leur sont propres. La croissance économique de leur marché intérieur qui a parfois des ratés, de grosses périodes de crise. Ce n’est pas si simple. On a parfois l’impression que la Chine est un bloc monolithique dans lequel tout le monde est aligné. Or, les chinois connaissent aussi des luttes de pouvoir, des récessions, des politiques différentes entre les régions. La situation est moins unifiée qu’on ne veut parfois le penser.

En résumé, les Chinois ne viennent pas nous appauvrir. Je ne pense pas qu’ils soient dans une logique d’annihilation. Ils suivent leurs propres intérêts économiques et cherchent à augmenter leur niveau de vie.

Le président américain Donald Trump a récemment poussé le Pentagone à acheter des parts de l’entreprise MP Materials, exploitant d’une mine en Californie, pour sécuriser la production de métaux sur le sol américain - notamment des terres rares pour le secteur de la Défense. Est-ce une bonne solution ?

Je ne sais pas, mais c’est la solution américaine. Les Etats-Unis ont une puissance financière incroyable, la capacité de définir des secteurs stratégiques et de rapatrier des chaînes de production industrielle sur leur territoire. Ils le font donc avec la brutalité et l’efficacité qu’on leur connaît. C’est la prolongation de la dominance de ce que le président Eisenhower appelait, à la fin des années 1950, le complexe militaro-industriel. Je peux me tromper mais si nous, Européens, étions à la place des États-Unis, notamment aussi riches, nous ferions la même chose.

Mais est-ce soutenable économiquement de rouvrir des mines ? La question se pose notamment en Europe. Ou faut-il se focaliser sur des projets plus prometteurs, dans le raffinage ou le recyclage, qui permettraient tout de même de desserrer l’étreinte chinoise ?

Dans l’idéal, il faut les trois ! Certes, il semble techniquement moins ardu de tester un procédé de recyclage que de construire une mine souterraine. Par ailleurs, d’aucuns se demandent s’il faut exploiter nos ressources naturelles avec le degré d’acceptabilité sociale qui est le nôtre. D’un autre côté, si on prend en compte les retombées en termes d’emplois, il vaut mieux ouvrir une mine chez nous. Pour le moment, les coûts d’exploitation font que le risque est important. Mais si on ne le fait pas, on ne le fera jamais. Il faut faire des essais, réapprendre, optimiser. C’est là que la puissance publique intervient.

Je prends un exemple : CATL, le géant chinois des batteries électriques, a mis plus d’une dizaine d’années à faire descendre son taux de rebut de 50 % à 4 ou 5 %. Comment voulez-vous que l’on apprenne à le faire en 5 ans ? C’était d’ailleurs un des problèmes de Northvolt [NDLR : l’entreprise suédoise, dont le projet de batterie électrique était le plus abouti en Europe, s’est déclaré en faillite en mars dernier]. On les a fortement critiqués. Or une gigafactory est un défi logistique incroyable. Transmettre, construire, se tromper, corriger ne se fait pas tout de suite. La guerre du métal est une guerre à moyen et long terme. Avec, pour l’Europe, un départ arrêté et un petit handicap.

Cette guerre du métal a-t-elle lieu seulement entre le monde occidental et la Chine ?

Un troisième acteur existe : les possesseurs de ressources naturelles. Il y a les pays africains, ceux d’Amérique du Sud notamment pour le lithium, ou encore l’Indonésie pour le nickel. C’est un groupe diffus, peu unifié. Il y a aussi des conflits localisés, par exemple en RDC sur l’extraction du cobalt. Ou ces mouvements de balancier entre le pouvoir indonésien et la Chine.

Comment ces pays producteurs font-ils face à l’agressivité de la Chine ?

Le gouvernement indonésien, par exemple, a récemment voulu augmenter les redevances payées par les industriels - surtout chinois - qui y dominent l’extraction du nickel. Mais aussi diminuer les permis et tenter de rapatrier financièrement un certain nombre d’actifs. Tout le monde n’est évidemment pas passif : ce n’est pas une domination heureuse.

De son côté, le Chili veut nationaliser sa production de lithium…

Les pays riches en ressources naturelles ont souvent la même approche : c’est une richesse nationale qui est épuisable, il faut donc la transformer sur place. Le Chili veut le faire, l’Argentine aussi. L’Europe, en déclarant d’intérêt stratégique un certain nombre de projets, dont certains verront le jour et d’autres non, fait exactement la même chose. C’est une guerre et les enjeux sont extrêmement importants. Souvenez-vous : la révolution industrielle a produit une pétrolisation de l’économie au début du XXe siècle. Ceux qui avaient accès aux ressources fossiles - pétrole et gaz - étaient ceux qui pouvaient développer leur industrie nationale. Les métaux sont le pétrole du XXIe siècle ? Il faut bien voir que sans métaux, il n’y a pas de transition énergétique.

Assiste-t-on à un réveil brutal des nations sur cette question ?

Oui, même s’il est difficile pour l’heure de desserrer l’étreinte chinoise sur ce type de métaux. Mais je crois au sursaut. Les représentants nationaux et européens ont parfaitement pris conscience du problème. Il existe un volontarisme financier, industriel, des fonds d’investissement, des mesures de soutien, des dispositions fiscales. Même si tout cela reste encore difficilement lisible. Dans cette tentative de réveil, le rôle de la puissance publique est indispensable - en dépit des contraintes et risques budgétaires qui sont les nôtres.

Elle a toujours eu une importance colossale dans les grandes avancées et transformations. L’IRA (Inflation Reduction Act) aux Etats-Unis, c’est Joe Biden, c’est de l’argent public. En France, nous n’aurions jamais construit un parc de centrales électronucléaires parfaitement fonctionnel sans la puissance publique. La construction de réseaux autoroutiers a été motivée par de la commande publique. En Europe, nous essayons aujourd’hui d’avoir une vision un peu plus unifiée sur la direction à prendre. Dans mon livre, je parle de planification. Un domaine dans lequel la France peut faire des étincelles. Regardez le succès des Jeux olympiques

Doit-on se diriger vers plus de partenariats public-privé ou d’investissements directs de l’État comme aux Etats-Unis ?

Oui. Attention toutefois à ne pas trop "dérisquer" l’investissement. On a beau critiquer le capital privé, il tient un rôle important. Le sujet est, comme toujours, une question d’arbitrages entre les retours qu’on attend et les risques qu’on prend. Si l’État dérisque une partie des investissements initiaux, alors les retours attendus seront moindres. Mais le capital privé s’y adapte. Il faut tendre vers une coopération accrue entre la puissance publique - que ce soit l’Etat ou l’UE - et les acteurs économiques. La difficulté vient du fait qu’il s’agit d’une distorsion de marché. L’UE ne s’est pas construite sur ce principe. A Bruxelles, les aides d’Etat sont très réglementées - à juste titre. Il faudrait donc faire évoluer la doxa en vigueur.

Qu’est-ce qu’une victoire dans la guerre du métal ? Être un tout petit peu moins dépendant de la Chine ?

C’est exactement cela : arriver à un niveau acceptable de dépendance.

Que représente un niveau "acceptable" ? L’Europe le fixe à 65 %, par exemple, pour une source d’approvisionnement.

Il s’agit de normes calculées à partir de la résilience des chaînes d’approvisionnement des métaux. Pour moi, une victoire serait un degré de dépendance et de partenariat maîtrisé avec la Chine - et d’autres pays - qui ne se fasse pas au détriment des objectifs environnementaux et sans trop pénaliser le pouvoir d’achat.

Y a-t-il un risque d’escalade majeure sur cette guerre secrète du métal ?

On peut anticipe des escarmouches, peut-être de plus en plus rapprochées, de plus en plus violentes. Mais c’est une tension de long terme, qui peut être utile à l’Europe : je reprends à nouveau l’exemple des centrales nucléaires : aurait-on construit notre parc sans les premier et deuxième chocs pétroliers ? Rien n’est moins sûr.






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