"Bloquons tout" : ce que l’on sait des appels à un "arrêt total" de la France le 10 septembre
Ça sera "le jour où la France s’arrête". Un tract, qui circule depuis plusieurs jours avec un fort retentissement sur les réseaux sociaux, lance un "appel à la solidarité du peuple pour un arrêt total, général et illimité du pays à partir du 10 septembre 2025". Près de sept ans après, cette mobilisation née sur Internet n’est pas sans rappeler le mouvement des gilets jaunes - protestation citoyenne qui avait partiellement paralysé la France - bien que son ampleur reste encore à déterminer.
Ces appels, venus d’horizons très divers, se cristallisent autour des coupes budgétaires voulues par le Premier ministre François Bayrou. Leur possible concrétisation dans la rue reste une inconnue, mais les responsables de La France insoumise (LFI) ont "décidé de soutenir l’initiative populaire du 10 septembre", dans un texte paru samedi 16 août dans La Tribune Dimanche.
Les premières références à cette date, dont le choix ne semble pas avoir de justification particulière, remontent à mai, au moins. Mais c’est en juillet, à la faveur des mesures d’économies annoncées par le Premier ministre, que les appels ont gagné en visibilité.
Des origines floues
Les origines de cette mobilisation populaire restent encore très floues. Selon Libération, les premiers appels concrets du mouvement, baptisée "Bloquons Tout !", ont circulé dès le 14 juillet sur les réseaux sociaux, via le compte TikTok des "Essentiels", une organisation prônant "une France souveraine". L’appel a ensuite été relayé par d’anciennes figures des gilets jaunes, tel Anaïs Albertini, mais aussi par des comptes d’extrême droite, notamment sur le réseau X. Depuis, le mouvement a pris une tournure plus formelle avec la création d’un blog nommé mobilisation10septembre.blog.
D’autres sources, tels l’Agence France Presse (AFP), font remonter l’origine de l’appel à une chaîne Telegram, plutôt confidentielle. Le message aurait ensuite été décliné sur le site des "Essentiels France", avec un canal principal d’organisation, "Indignons-nous", réunissant plusieurs milliers d’internautes.
L’un des initiateurs du mouvement, contacté par Le Parisien, explique que le collectif "mobilisation10septembre" serait composé d’une vingtaine de personnes qui se sont rencontrées sur les réseaux sociaux. Ce trentenaire, un employé d’Enedis souhaitant rester anonyme, assure que les membres sont "apolitiques" et qu’ils ne sont pas rattachés à un syndicat.
Quelles revendications ?
Quant aux revendications, sur le blog "mobilisation10septembre", les appels incitent à "dire stop à l’austérité Bayrou". Le mouvement a en effet pris de l’ampleur après les annonces budgétaires du Premier ministre en juillet, et notamment sa proposition de supprimer deux jours fériés pour faire des économies, rapporte Franceinfo.
Toujours sur le site web, un texte s’emporte notamment contre "le gouvernement [qui] sacrifie nos droits : deux jours fériés supprimés, coupes massives dans la santé, gel des retraites, suppression de milliers de postes publics". Il lance un appel général au "boycott", à la "désobéissance" et à la "solidarité".
Sur de nombreux comptes (TikTok, Facebook, X, Telegram), déjà établis ou spécialement créés, les messages de ce mouvement mentionnent le RIC (référendum d’initiative citoyenne), réclament des hausses de salaires et des retraites ou appellent à la "résistance", au confinement volontaire ou à la grève générale. Plus concrètement, le collectif liste divers modes d’action, dont l’appel à "ne plus acheter dans les grandes surfaces qui profitent des baisses de cotisation, des aides publiques, tout en pressurant les salariés", en ciblant notamment "Carrefour, Auchan, Amazon", signale Franceinfo. Il propose aussi des actions de boycott telles que "retirer son argent des banques", "refuser de consommer", "cesser de travailler" ou encore "ne plus valider ses tickets de transports".
A l’aune de ces revendications, "les ingrédients de la colère (sentiment de déclassement du bas de la classe moyenne, fin de mois difficiles pour les catégories populaires et ras-le-bol fiscal généralisé) n’ont pas disparu", a relevé le directeur du département Opinion à l’Ifop, Jérôme Fourquet dans Le Point. "Et c’est sur ces braises encore rougeoyantes que le gouvernement a versé un bidon d’essence avec son plan de rigueur […], l’allume-feu étant, pour filer la métaphore du barbecue, la suppression de deux jours fériés", selon lui.
Un mouvement politisé ?
Au départ, l’appel a principalement été relayé par des comptes d’extrême droite, laissant croire à un rattachement politique du mouvement. Mais l’initiateur, interrogé par Le Parisien, a réfuté tout lien avec un parti politique : "Le mouvement ne dépend d’aucun parti, d’aucune organisation, d’aucune couleur. C’est un ras-le-bol général". "Si des gens de tous bords s’y reconnaissent, c’est justement parce que les attaques touchent tout le monde", insiste-t-il.
Il n’empêche que le samedi 16 août, Jean-Luc Mélenchon et plusieurs responsables LFI ont appelé à censurer le Premier ministre et apporté leur soutien au mouvement "tout bloquer". "Nous appelons à une offensive déterminée pour faire tomber ce gouvernement. Sur le terrain par la mobilisation populaire tous azimuts et au Parlement par une motion de censure immédiate", a écrit Jean-Luc Mélenchon, en estimant que "les deux doivent aller de pair, car faire l’un sans l’autre est vain ou bien incertain". Le leader de La France Insoumise a aussi assuré sur son blog se reconnaître dans les "motifs de cette action", tout en soulignant l’importance de son "indépendance" comme "condition de son succès". D’autres responsables politiques ont aussi soutenu l’appel du 10 septembre, comme les députés Clémentine Autain et Alexis Corbiere, ex-LFI siégeant dans le groupe Ecologiste. Ils ont par ailleurs signé une tribune, publiée par la revue Regards, appelant à faire de cette date "le début de la lutte" pour "une vie digne et heureuse".
À l’extrême droite en revanche, la députée RN Edwige Diaz a exprimé sa réserve. Son parti "par principe ne s’improvise pas instigateur de manifestations", a-t-elle souligné sur France Inter, tout en "compren (ant) la détresse de ces Français". "Je n’ai pas l’impression que ça marche très fort", confie pour sa part une source gouvernementale à l’AFP. Tout en restant prudente : "On peut se tromper, il y avait beaucoup qui ne ressentaient pas les Gilets jaunes et ils sont arrivés…"
Du côté des syndicats, la fédération Mines-Energies de la CGT appelle à faire grève à partir du 2 septembre. Force ouvrière a aussi annoncé un préavis de grève à compter du 1er septembre et une grève est envisagée dans les hôpitaux parisiens, contre les mesures budgétaires du gouvernement Bayrou.
