En Chine, l’arrestation très secrète d’un diplomate ambitieux
Le prétendant au poste de ministre des Affaires étrangères chinois, Liu Jianchao, a été placé en détention par les autorités de Pékin pour être interrogé, a rapporté le Wall Street Journal dimanche 10 août. Dirigeant du Département international - l’organe du Parti communiste chargé de gérer les relations avec les partis politiques étrangers - il a été "enlevé" par les autorités à son retour à Pékin d’un voyage d’affaires fin juillet, précise le journal.
Les raisons de son arrestation sont inconnues. Ni le ministère des Affaires étrangères de la Chine, ni le Département international, ni l’organe disciplinaire du parti n’ont confirmé l’information. Son apparition publique la plus récente remonte au 29 juillet en Algérie, après des réunions dans plusieurs pays africains, ainsi qu’à Singapour notamment à la fin du mois dernier, selon le site internet du Département international.
C’est la plus importante enquête visant un diplomate depuis le limogeage, en 2023, de Qin Gang, alors ministre des Affaires étrangères, suite à la découverte de sa liaison extraconjugale. Mais la détention de Liu Jianchao ne surprend pas, elle s’inscrit dans la vaste campagne disciplinaire de Xi Jinping qui a déjà sanctionné plus de 6,2 millions de personnes depuis 2012 pour corruption, inaction bureaucratique ou divulgation de secrets d’Etat.
Un diplomate ambitieux
Liu Jianchao, 61 ans, a servi dans plusieurs ambassades, notamment en Indonésie et aux Philippines, et a été porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Il a également dirigé divers organismes nationaux et régionaux chargés de mettre en œuvre la campagne du président Xi Jinping contre la corruption, telle que l’opération Fox Hunt contre les fugitifs accusés de malversations. En 2022, le parti a nommé Liu Jianchao à la tête du Département international, puis l’a promu au rang de membre à part entière de son élite, le Comité central. Il a voyagé plus fréquemment que son prédécesseur, effectuant notamment des déplacements aux Etats-Unis et dans des pays occidentaux que les anciens chefs du Département international n’avaient généralement pas visités.
Après le limogeage de Qin Gang, Liu Jianchao était considéré comme un candidat sérieux pour lui succéder au poste de ministre des Affaires étrangères, compte tenu de son expérience et de son ancienneté au sein de l’appareil diplomatique chinois. Le dirigeant du Département international s’était fait remarquer début juillet en accusant le chef du Pentagone de "susciter la confrontation et le conflit" en Asie, après que ce dernier a exhorté les alliés des Etats-Unis à renforcer leurs forces armées pour contrer la Chine.
Lors d’un voyage aux Etats-Unis début 2024, largement perçu par les analystes comme un galop d’essai pour le poste de ministre des Affaires étrangères, Liu Jianchao avait été salué pour avoir fait passer des messages sur la nécessité de relations stables entre Washington et la Chine, précise Reuters. Mais ce même voyage a interpellé à Pékin, où il aurait été considéré comme politiquement incorrect pour le diplomate de se présenter comme le futur ministre des Affaires étrangères avant toute annonce officielle de sa nomination à ce poste.
Son éviction pourrait affaiblir l’appareil diplomatique à Pékin, où le dirigeant chinois Xi Jinping privilégie de plus en plus la loyauté politique dans les nominations, conclut le Wall Street journal.
