La CIA confirme que Vladimir Poutine voulait la victoire de Donald Trump en 2016
Presque une décennie après l’élection présidentielle américaine de 2016, la CIA vient de raviver le débat sur l’ingérence russe et ses implications politiques. Un document de huit pages récemment déclassifié, consulté par Bloomberg et Associated Press (AP), confirme que la Russie de Vladimir Poutine a bien cherché à favoriser l’élection de Donald Trump. Tout en validant l’analyse initiale de 2017, ce mémo commandé par un fidèle allié de Trump dénonce des failles méthodologiques dans sa conception.
Les enquêtes sur les efforts du Kremlin pour influer sur l’élection présidentielle de 2016 et les contacts de la campagne Trump avec les responsables russes ont dominé une grande partie du premier mandat du président. "Trump et ses alliés fulminent depuis longtemps contre les enquêtes, les qualifiant de chasses aux sorcières motivées par des considérations politiques", rappelle ainsi Politico.
Une conclusion inchangée : la Russie voulait aider Donald Trump
Dans un nouveau mémo interne daté du 26 juin donc, la CIA conclut qu’il n’y a "aucune raison de retirer" l’affirmation faite en 2017 selon laquelle Vladimir Poutine "aspirait" à voir Donald Trump remporter l’élection face à Hillary Clinton. Comme le résume Bloomberg, le rapport "ne remet pas en cause le jugement central" de l’évaluation des services de renseignement américains de l’époque.
Cette conclusion avait déjà été corroborée par plusieurs enquêtes, notamment celle du Comité du renseignement du Sénat dirigé par le républicain Marco Rubio en 2020, et celle du procureur spécial Robert Mueller en 2019. AP rappelle que ce dernier avait conclu que "la Russie a interféré en faveur de Trump" et que sa campagne avait "accueilli favorablement cette aide", bien qu’aucune conspiration criminelle n’ait été formellement établie.
Des critiques sur la méthode des démocrates
Ce nouvel examen, commandé par l’actuel directeur de la CIA John Ratcliffe, nommé par Donald Trump, visait à réévaluer "le jugement le plus débattu" du rapport initial. Malgré cette validation du fond, l’agence met en lumière des "anomalies procédurales" et des failles méthodologiques dans la manière dont l’analyse a été conduite, rapporte Bloomberg. Elle dénonce des "anomalies procédurales", dont des délais très courts, une circulation restreinte de l’information et un "environnement politiquement chargé" ayant conduit à un "processus analytique atypique".
Le rapport, qui fait état selon AP d’une "campagne d’influence secrète" menée par Moscou pour favoriser Donald Trump, fustige aussi le recours à des informations "non corroborées", juge la CIA de John Ratcliffe. Notamment celles issues du controversé dossier Steele, un document financé par les démocrates et compilé par l’ancien espion britannique Christopher Steele. Le nouveau mémo critique spécifiquement l’annexe de deux pages incluse dans l’évaluation de 2016, qui, selon ses auteurs, a "implicitement élevé des affirmations non étayées au rang de preuves crédibles", compromettant ainsi "l’intégrité analytique du jugement", indique l’agence américaine.
Dans les pages de Politico, Emily Harding, ancienne analyste de la CIA, relativise une partie de ces critiques : "Les problèmes mis en évidence dans ce rapport sont extrêmement normaux", affirme la spécialiste, devenue depuis directrice du programme de renseignement, de sécurité nationale et de technologie au Center for Strategic and International Studies. "C’est un luxe quand un analyste n’a pas de délai comprimé". Mais si de telles critiques ne sont pas inhabituelles, il est plus rare qu’elles soient rendues publiques. "La seule raison pour laquelle vous mettriez cela dans le domaine public est pour des raisons politiques", ajoute un ancien analyste de la CIA auprès de Politico, sous couvert d’anonymat.
Communication et déclassification politique
Dans un examen approfondi de l’évaluation de 2016, mené dans le cadre de sa vaste enquête sur la Russie, le Comité sénatorial du renseignement en 2020 n’avait de son côté trouvé aucun "problème analytique important" avec le travail de la CIA. Le panel du Sénat avait alors conclu dans un document de 150 pages que tous les témoins interrogés par le comité n’avaient vu "aucune tentative ou pression pour politiser les conclusions".
L’ancien directeur de la CIA, John Brennan, est aujourd’hui directement critiqué dans le nouveau rapport. Selon Bloomberg, il est accusé d’avoir privilégié "la cohérence narrative plutôt que la rigueur analytique" et d’avoir insisté pour intégrer le dossier Steele dans l’évaluation, contribuant ainsi "à une atmosphère d’analyse biaisée". John Brennan est aujourd’hui encore la cible régulière des critiques de Donald Trump, qui avait par exemple "révoqué son habilitation de sécurité en 2018 dans un acte apparent de vengeance" ajoute Politico.
Dans sa communication publique, John Ratcliffe s’est bien gardé de souligner que le nouveau mémo confirmait la conclusion initiale. Sur le réseau social X, il s’en est plutôt pris aux figures démocrates. "Le monde entier peut maintenant voir la vérité : Brennan, Clapper et Comey ont manipulé les renseignements et réduit au silence des professionnels de carrière - tout cela pour atteindre Trump", a-t-il écrit dans un post, ajoutant que l’évaluation de 2016 résultait d’un processus "atypique et corrompu".
Pour AP, la publication du mémo s’inscrit dans une stratégie plus large menée par John Ratcliffe et les proches de Donald Trump pour reconsidérer l’histoire officielle de l’enquête russe. Ratcliffe, ancien parlementaire républicain et critique virulent du procureur spécial Robert Mueller, a déjà utilisé son poste pour déclassifier des documents visant à discréditer les démocrates.
