Air et aire, sceau et seau… Le charme discret des homonymes en français
Cession ou session ? Voir ou voire ? Sceptique ou septique ? Reconnaissons-le : il nous arrive régulièrement d’hésiter devant l’orthographe de certains mots qui semblent prendre un malin plaisir à s’écrire différemment tout en se ressemblant furieusement à l’oral. Et pour cause ! La langue française en regorge. La raison ? Des évolutions qui ont amené des mots dissemblables à l’origine au même résultat sonore – ce que l’on appelle les homonymes (*).
Prenons un exemple. En latin, il était impossible de confondre cor et chorus. Mais en français, pour le plus grand bonheur du service des ventes du Petit Larousse, ils ont abouti respectivement à "cœur" et à "chœur". Ne nous plaignons pas trop, cependant. Car, pendant longtemps, certains de ces homonymes arboraient de surcroît la même graphie. Avant la Renaissance, l’"ancre" de nos bateaux se présentait ainsi sous la forme "encre".
C’est notamment pour éviter de telles confusions qu’à la fin du Moyen Age, les érudits ont décidé d’ajouter des lettres étymologiques. Notre "puits" s’écrivait "puis" ? On a fini par l’orner d’un "t" inspiré du latin putueus ("trou", "fosse"), qui a permis de le distinguer de l’adverbe. De la même manière, "vint" est devenu "vingt" (vingitus) ; "doi", "doigt" (digitus) ; "set", "sept" (septum) ; "tens", "temps" (tempus), et ainsi de suite. Il nous reste toutefois quelques spécimens de ces "homographes homophones" comme sol (la note de musique) et sol (la surface), ou baie (le fruit) et baie (le golfe), mais ils sont moins nombreux que jadis.
Je le regrette, mais, faute de place, je ne peux aborder ici d’autres exemples croquignolets tels "mais, mai, mes, mets" ; "saint, sain, sein, seing, ceint" ; "air, aire, ère, erre, hère" ; "saut, seau, sot, sceau" ; "crac, crack, craque, krach, krak" ou "chair, chère, chaire, cher".
Temps pie : se sera pour une autre foie.
(*) Cet article est notamment inspiré de l’excellent ouvrage de Julien Soulié : 100 homonymes de la langue française (Le Figaro littéraire).
