Elles avaient aspergé de soupe une toile de Claude Monet : deux mois de prison avec sursis requis contre deux étudiantes lyonnaises
Le 10 février dernier, Sophie et Ilona, étudiantes lyonnaises de 21 et 24 ans, se rendent au musée des Beaux-Arts de Lyon. Comme deux autres activistes l'avaient fait quelques semaines plus tôt sur la Joconde, au musée du Louvre, elles aspergent de soupe le tableau de Claude Monet, "Le printemps". Avant de se retourner, laissant apparaître l'inscription "Riposte alimentaire", écrite sur leurs tee-shirts blancs. Sur la vidéo tournée par un complice, on les entend déclarer, la main droite levée : "Ce printemps sera le seul qui restera si nous ne réagissons pas. Nous avons encore le choix. On est Riposte alimentaire, on demande la sécurité sociale de l'alimentation".
Leur mouvement milite pour que 150 euros soient versés chaque mois à chacun afin de bien s'alimenter tout en permettant aux agriculteurs de s'adapter au changement climatique.Ce mardi, les deux jeunes femmes comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Lyon pour dégradation d'un bien culturel exposé, avec la circonstance aggravante qu'elle a été commise en réunion. Des faits passibles de 10 ans de prison.
Nos rêves, nos espoirs, tout va être mis en danger par la catastrophe climatique.
Soutenus par quelques militants discrets, les deux étudiantes, un peu perdues au sein du palais de justice, ont répondu avec conviction au tribunal alors qu'elles avaient refusé de le faire en garde-a-vue, "parce que ce n'est pas au fond d'une cellule qu'on peut exprimer une opinion". Sophie a expliqué avoir commencé à militer quand elle a pris conscience que "nos rêves, nos espoirs, tout va être mis en danger par la catastrophe climatique". Elle rappelle que l'Etat a été condamné pour ne pas avoir tenu ses engagement dans la lutte contre le réchauffement et que des scientifiques appellent à la désobéissance civile
— Riposte Alimentaire (@riposte_alim) February 10, 2024
Les manifestations auxquelles elle a participé n'ayant pas été assez relayées par "les médias traditionnels", elles a décidé avec Ilona de passer à des actions choc pour attirer l'attention sur l'urgence climatique. Mais, ont-elles insisté, si elles ont ciblé "Le printemps" c'est parce qu'elles savaient qu'il était protégé par un caisson de verre. Seul le cadre, probablement d'origine, a été détérioré.
"Egoïste", "immature", pour le procureur"Il y a un décalage entre votre propos et votre action. Le tribunal a besoin de comprendre un peu", a insisté la présidente, en âge d'être la mère des prévenues. Pour le représentant du ministère public, lui aussi bien plus âgé que les prévenues, l'action de ces dernières avait un caractère "égoïste" parce qu'il a empêché l'accès au tableau plusieurs semaines, mais aussi "aveugle et immature". Il a requis deux mois de prison avec sursis.
Le maire de Lyon estime l'angoisse "légitime"La défense, assurée par deux jeunes avocates, a requis la relaxe, en raison de récentes décisions de justice et parce que, pour elles, l'action des deux militantes répond à une "nécessité absolue". Et elle est proportionnée, puisque les deux prévenues savaient que le tableau ne risquait rien. La mairie de Lyon, unique partie civile, n'a d'ailleurs demandé qu'un euro de dommage, alors que la réparation du cadre est estimée à 2.200 euros. Dans un post sur X publié le 11 février, le maire écologiste Grégory Doucet a en effet déclaré qu'il regrettait l'action, mais que l'angoisse exprimée est "légitime" en raison de l'urgence climatique. Etudiante aux beaux-arts, Sophie a assuré avoir reçu le soutien des professeurs à qui elle a fait part de son action. Délibéré le 18 juin.
Laurent Bernard
