Monique Olivier ne "se souvient pas" s'être rétractée en 2006 après ses aveux dans les dossiers Parrish et Domèce
Le 24 juin 2004, le temps presse pour les enquêteurs de la SRPJ de Reims. Voilà un an que Michel Fourniret a été interpellé après une tentative d'enlèvement ratée en Belgique. Et il risque d'être libéré dans quelques jours. "Mais à ce moment-là, on n’a rien, on fait des recherches dans tous les sens, mais rien n'aboutit", retrace Daniel Bourgard, au troisième jour du procès de Monique Olivier se déroule ce jeudi 30 novembre 2023 à Nanterre, devant la cour d'assises des Hauts-de-Seine.
À l'époque, les enquêteurs ne voient pas encore en Michel Fourniret "le profil d'un tueur en série", mais plus celui d'un "délinquant d'habitude". Les recherches s'orientent vers ce fourgon détenu par le suspect depuis 1996. "Les enquêteurs ont prélevé 400 scellés de cheveux et poils pubiens à l'intérieur, [notamment sur les tapis de sol, ndlr]." Le tout est envoyé au laboratoire de Bruxelles, qui n'a pas les moyens financiers de faire des analyses approfondies. "En février 2004, le juge de l’affaire Mouzin va chercher 70 ou 80 poils susceptibles d’appartenir à la petite Estelle. Nous, on prend le reste et tout est transféré au labo de Bordeaux", raconte le commandant de police de l'époque. Problème : toutes ces analyses ne donnent rien.
"À genoux" devant Monique OlivierLes mois passent et rien ne bouge. Jusqu'au 28 juin 2004 où Monique Olivier va enfin se livrer. D'un jet, elle avoue neuf meurtres, dont ceux d'Isabelle Laville (disparue en 1987 à Auxerre), Jeanne-Marie Desramault (1989, Charleville-Mézières) et Elizabeth Brichet (1989, Saint-Servais, Belgique) : "Six, dans un premier temps, puis trois le soir". Des aveux qui paraissent "crédibles", car elle "n'a jamais rien inventé".
"Monique Olivier, c’est 5% de présence et 95% d’absence. Dans tous les moments de sa vie. L’interrogatoire : c'est très long."
Quelques mois plus tard, en février 2005, elle est réentendue. Les enquêteurs comprennent que la vérité ne peut venir que d'elle. Entretemps, elle avait été laissée libre. Les enquêteurs veulent la faire craquer. "On s’est trompés dans de grandes largeurs sur son compte, quand on l’a eue en garde à vue, en France. Quand on l’a relâchée, on l’aurait presque plainte" se remémore Yannick Jacquemin, le deuxième enquêteur entendu ce jeudi matin, à Nanterre.
C'est dans cette nouvelle audition qu'elle fait des révélations sur les enlèvements et meurtres de Joanna Parrish et Marie-Angèle Domèce, deux dossiers dont les enquêteurs de Reims n'avaient, jusqu'alors, "jamais entendu parler." Mais lorsqu'ils lui demandent comment l'histoire de Joanna Parrish, "abandonnée nue dans l'Yonne" se finit, elle se bloque.
"On ne voulait pas l'interrompre. On comprend que le robinet est ouvert. Je suis à genoux, devant elle. Car elle baissait la tête. On sait qu'elle avait d'autres éléments à nous donner. "
Monique Olivier ne dira rien de plus. Pire, elle se rétracte, quinze mois plus tard, le 17 mai 2006. Et dépose plainte pour des violences qu'elle aurait subies au cours de cet interrogatoire. Des violences au cœur des débats depuis le début de son procès et dont s'est défendu le procureur Nachbar, mercredi 29 novembre. "L'audition a été longue, c’est normal, l’enjeu était important, assure Yannick Jacquemin, enquêteur à la SRPJ. Il ajoute. "La plainte est une pure invention. Je n'ai pas vu et je n'ai pas le souvenir d'une quelconque maltraitance."
Une rétractation oubliéeCette rétractation du printemps 2006 interroge Me Didier Seban. D'autant qu'en face, son homologue, Me Richard Delgenes, suggère que cette volte-face de sa cliente lui aurait été soufflée à l'époque par ses avocats belges. "Peut-être peut-on lui poser la question maintenant ?", suggère Me Seban. Réponse de Monique Olivier : "Je n’ai pas souvenir de m’être rétractée…" "En 2006 ou pas le souvenir du tout ?", interroge le juge. "Du tout. Je n’ai pas le souvenir de l’avoir fait", répond la septuagénaire dans sa seule prise de parole de la matinée.
Après les révélations de Monique Olivier en 2005 et 2006, les enquêteurs découvrent que Michel Fourniret a donc perpétré cinq crimes en l'espace de quelques mois, juste après sa sortie de prison en 1987. "Comment se fait-il que les affaires Fourniret n'aient pas été rassemblées au sein d'un même service d'enquête ?", demande la partie civile. "On n'avait pas cette tradition à cette époque" rétorquent les enquêteurs. "Pourquoi vous ne faites pas le rapprochement entre les dossiers Thumpong/Saison et Mouzin alors que vous avez la directrice d'enquête du dossier concernant la petite Estelle dès le 26 juin 2003 au téléphone ?" demande encore Me Corinne Herrmann. Là encore, les enquêteurs peinent à s'expliquer.
À Nanterre, Thomas Ribierre
