Epidémie de pneumonies en Chine : ces questions qui intriguent les scientifiques
Pas de panique ! Tel est le mantra des autorités chinoises après l’annonce d’une augmentation des maladies respiratoires, principalement chez les enfants, ces dernières semaines dans le nord du pays. Près de quatre ans après l’apparition en Chine d’une mystérieuse "pneumonie virale" désormais connue sous le nom de Covid-19, l'alerte a ravivé les craintes d’une potentielle nouvelle pandémie. D’autant que les images diffusées sur les réseaux sociaux et publiées dans les médias d’Etat rappellent les heures sombres de la fin de 2019 à Wuhan. On peut par exemple y voir des salles d’attente bondées avec des lits bordant les couloirs d’un hôpital du Hebei, les patients et leurs proches arborant un masque chirurgical. Lundi 20 novembre, le système de veille international ProMED - à l’origine fin 2019 du premier signal sur la pneumonie mystérieuse qui se révélera être le Covid-19 - a alerté sur des hôpitaux "submergés d’enfants malades" d’une infection respiratoire inconnue. Quelques cas d’adultes, notamment des professeurs, ont été mentionnés. Une flambée signalée principalement à Pékin et dans des villes telles que Liaoning (nord-est).
Depuis, la situation ne semble pas s’améliorer. Selon le journal officiel Global Times mardi 28 novembre, l’hôpital pour enfants de Pékin recevait jusqu’à 9378 patients… par jour ! Et fonctionnerait à pleine capacité depuis deux mois. Le média affirme également que le nombre de perfusions est 49 % plus important qu’à l’accoutumée dans cet établissement, quand le nombre de lits pour patients atteints de pneumonie a augmenté de 40,5 %. Les symptômes rapportés ? De la fièvre, une inflammation pulmonaire sans toux, parfois des nodules pulmonaires – boules sur le poumon résultant d’une infection, détectée par radiographie ou scanner. Aucun décès n’a toutefois été rapporté. De quoi s’inquiéter pour autant ?
Critiquée sur son délai de réaction au Covid, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est sur ses gardes et veut montrer qu’elle ne laisse rien au hasard. Alors que les premiers cas signalés officiellement datent du 13 novembre, l’organisation a demandé la semaine dernière davantage d’informations. Résultat : la Chine a répondu 24 heures plus tard qu'"aucun pathogène inhabituel ou nouveau n’avait été détecté". Une bonne nouvelle à ne pas sous-estimer. Il y a "trop peu d’informations pour une évaluation définitive", mais ce que l’on sait "n’évoque pas une épidémie causée par un nouveau virus, sinon il y aurait beaucoup plus d’infections d’adultes", indique Paul Hunter, de l’université britannique d’East Anglia. "Les quelques infections rapportées chez des adultes suggèrent une immunité (générale) née d’une précédente exposition".
Pas de "nouveau Covid-19", donc, mais la Chine fait quand même face à "une hausse des consultations externes et des hospitalisations d’enfants dues à mycoplasma pneumoniae depuis mai, et, depuis octobre, au VRS, à des adénovirus et à la grippe", selon un communiqué de l’OMS. Comment expliquer une telle situation ? Les autorités chinoises évoquent un sulfureux cocktail : abandon des restrictions anti-Covid, arrivée de la saison froide, circulation de pathogènes connus (virus de la grippe, bactérie mycoplasma pneumoniae, VRS à l’origine de bronchiolites, SARS-CoV-2), et un déficit d’immunisation des enfants. "Comme la Chine a connu un confinement bien plus long et plus strict que les autres pays, des vagues de 'sortie de confinement' plus substantielles y étaient attendues", déclare le Pr François Balloux, de l’University College of London, au Science Media Centre (SMC) britannique. Catherine Bennett, de l’université australienne de Deakin, relève que "les jeunes enfants scolarisés (actuellement) en Chine auront passé jusqu’à la moitié de leur vie sans l’exposition habituelle aux pathogènes courants, donc sans les mêmes niveaux d’immunité".
Le mystère d’une flambée des pneumonies
Toutefois, si une recrudescence des infections était attendue dans le pays cet hiver, des épidémiologistes se disent surpris de la forte prévalence de la pneumonie en Chine, certainement provoquée par mycoplasma pneumoniae. Lorsque les restrictions liées au Covid ont été assouplies dans d’autres pays, la grippe et le VRS ont été les principaux moteurs d’infections. "Ceci est surprenant car les infections bactériennes sont souvent opportunistes et surviennent après les infections virales", explique à Nature Benjamin Cowling, épidémiologiste à l’Université de Hongkong.
Bien que la pneumonie causée par la bactérie soit généralement traitée avec des antibiotiques, une dépendance excessive à l’égard de ces médicaments a conduit l’agent pathogène à développer une certaine résistance. Des études montrent même que les taux de résistance de mycoplasma pneumoniae aux antibiotiques à Pékin se situent entre 70 et 90 %. "Cette antibiorésistance pourrait contribuer aux niveaux élevés d’hospitalisation dus à cette bactérie cette année, car elle peut entraver le traitement et ralentir la guérison des infections à pneumonie bactérienne", poursuit Benjamin Cowling dans la revue scientifique. Une recrudescence de cas de pneumonies liées à la bactérie qui semble également observable en France. Du 13 au 19 novembre, Santé Publique France notait ainsi une hausse de 36 % des interventions de SOS Médecins pour des maladies et infections des poumons chez des enfants de moins de 15 ans.
Si les flambées hivernales sont toujours un défi pour les Etats, le système de santé chinois semble plus en capacité d’y faire face qu’avant la pandémie de Covid. Pékin dispose notamment d’un système de surveillance des maladies de type grippal et des infections respiratoires aiguës sévères, comme la grippe, le VRS, le SARS-CoV-2. Et le pays a entamé mi-octobre une surveillance renforcée de diverses maladies respiratoires, dont, pour la première fois, mycoplasma pneumoniae. Malgré tout, certains de ses voisins s’inquiètent notamment du manque de transparence de la Chine lors de précédentes épidémies, particulièrement sur les origines du Sars-CoV-2. "Sur la base des informations disponibles", "aucune mesure spécifique" n’est préconisée pour les voyageurs allant en Chine, ni restrictions sur les voyages ou le commerce, précise toutefois l’OMS.
