Né à Aurillac, régisseur adjoint chez Netflix à 23 ans : qui est Pierre Antonio, repéré par Amazon Prime ?
En montant l’association JustPlaying Studio, les lycéens de Duclaux, fous de ciné, avaient de la suite dans les idées. Et depuis la simulation de braquage au Just coffee shop d’Aurillac, qu’ils ont tourné en 2017, ils ont fait du chemin. Un film produit par Pierre Antonio, qui en faisait partie, a, l’été dernier, terminé deuxième sur 13.000 films sélectionnés dans 120 pays au festival américain de courts-métrages SWIFF (Student World Impact Film Festival), avec L’impasse, de Noël Lépine, tourné en plan-séquence. Même lui ne s’y attendait pas.
« Amazon Prime, qui s’est positionné sur les quatre premiers, nous propose une subvention assez importante pour participer au financement de notre prochain projet, dont ils s’assureraient la diffusion exclusive. » Problème : Pierre Antonio n’a pas d’aussi grandes ambitions. « Nous sommes une petite équipe de réalisation de courts-métrages. JustPlaying Studio est une association de loi 1901, à but non lucratif, qui date de l’époque où on était lycéens, ma mère est trésorière… On n’a pas la structure pour ce type de projet. On est un laboratoire, on veut ouvrir la création à tous. »
Diplômé, il passe le balai sur des tournages...Après Duclaux, il part à Paris, intègre le Conservatoire libre du cinéma français. Il enchaîne ses journées de cours avec un CDI à Pathé-Gaumont, où il sert du pop-corn jusqu’à 23 h 30. « Dans le même temps, je réalise On grandira plus tard, un court-métrage qu’on mène avec Action enfance. Le film se retrouve à courir les sélections de festival, une première projection se tient au cinéma Le Balzac, à deux pas des Champs-Élysées… » Le succès se pointe à sa porte en des circonstances cocasses. « Je me souviens d’un soir où, je reçois un appel de Michel Hazanavicius, qui était juré dans un festival, et qui me dit : “J’ai vu votre film, il est très bon” ! Moi, à ce moment-là, j’étais à Pathé-Gaumont à servir mes pop-corn… »
À l’issue de ses études, il obtient une double licence : directeur de production et responsable de production de projets culturels. Point de débouchés, cependant. Pas grave : il accepte n’importe quoi, pourvu que ce soit sur un tournage. C’est ainsi qu’il se retrouve à « passer le balai, faire des cafés et jeter des poubelles sur le tournage de Placé, un long-métrage avec Julie Depardieu ». Petit à petit, il se fait remarquer. Au milieu du tournage, il passe assistant régisseur. C’est le début d’autre chose. À force de courir les tournages, Pierre Antonio tisse sa toile, devient chauffeur de Charlotte Gainsbourg, assistant régisseur pendant 4 mois sur Drops of God, produit par la production de Christopher Nolan, « l’un de mes plus gros tournages ». Il enchaîne les tournages de films et de séries, jusqu’à ce que « Frédéric Bellée, régisseur général, me propose le poste de régisseur adjoint sur le prochain film de Xavier Legrand (César du meilleur film en 2019) puis sur la série Netflix, En place. » Un poste qu’il occupe toujours aujourd’hui, sur divers tournages. Mais ça, c’est presque alimentaire. JustPlaying Studio ne le quitte pas. Lui, ce qu’il veut, c’est toujours de pouvoir créer du cinéma gratuit, de la culture accessible, avec, de préférence, un pied dans le Cantal et l’Aveyron.
Nous menons tous ces projets de façon bénévole, avec des équipes de tournage bénévoles, que nous arrivons à convaincre lors d’autres tournages
Cet été, il a tourné Enfin !, dans la vallée de Brezons et dans les forêts de l’Aveyron, près de Mur-de-Barrez, « avec Olivier Tresson comme chef opérateur », précise-t-il. Un court-métrage qu’il fera concourir, notamment au Festival du court-métrage, à Clermont-Ferrand. Alors qu’un autre film, L’Impasse, a été sélectionné dans la catégorie Meilleur scénario et Prix du jury au festival Fenêtre sur courts, à Cesson (Seine-et-Marne) en 2024, Pierre Antonio se réjouit de faire parler de la ruralité grâce à son association basée à Paris. Lors du tournage de Enfin !, l'été dernier (photo fournie par Pierre Antonio). C’est d’ailleurs dans cette optique que se positionne son projet, Trois potes, une web-série qui parle de la désertification. Tournée entièrement en caméra embarquée, la série joue sur la proximité, l’humain, les valeurs, la solitude des personnes âgées… Entre désillusion et espérance. La médiathèque Hélène-Berr, dans le XIIe arrondissement de Paris, accueille la jeune équipe en résidence d’écriture sur ce projet. Pour le reste, il viendra tourner dans le Cantal en été 2024. « Nous avons prévu de faire une sorte de JustPlaying Studio Tour, dit-il en souriant. L’idée serait de projeter tous nos courts-métrages au cinéma Le Cristal et de faire un appel aux figurants pour la web-série, dans la foulée. »
Anna Modolo Visionnage. Une partie des courts-métrages de Pierre Antonio sont gratuitement visionnables sur justplayingstudio.com.
