Assises du Puy-de-Dôme : la femme de Jean-Christophe Dumont, étrange fantôme de l'affaire
Elle est la seule à avoir été présente le jour de la mort de Sébastien Piaulet, ce 19 juin 2008, dans un bois de Vergezac, en Haute-Loire. La femme de Jean-Christophe Dumont, Béatrice, 59 ans aujourd’hui, devrait donc avoir des choses, beaucoup de choses, à dire. Mais voilà. Elle n’a rien vu et (presque) rien entendu.
Entendue, ce jeudi soir par la cour d’assises du Puy-de-Dôme, devant laquelle son mari est jugé en appel, depuis mercredi, pour le meurtre de Sébastien Piaulet (qu’il conteste), elle est un peu la "somnambule " de ce dossier (*)…
Évoquant d’emblée, mais sans émotion, "l’accident malheureux " qui aurait coûté la vie à celui qu’elle désigne comme "Sébastien", la quinquagénaire explique pourtant ne pas avoir assisté au coup de feu mortel.
"Je marchais devant eux (la victime et son mari, NDLR), dans le bois où nous nous étions arrêtés pour que Jean-Christophe fasse la démonstration de l’arme, quand j’ai entendu un souffle derrière moi. C’est tout. Quand je me suis retournée, Sébastien était au sol".
Tout ce qui a suivi (le transport du corps de Sébastien Piaulet dans le coffre de son propre véhicule jusqu’à une forêt de Saint-Cirgues-en-Montagne, sur le plateau ardéchois, son déshabillage, puis son enterrement sommaire dans un trou), elle n’en garde quasiment aucun souvenir. "J’étais tétanisée, paniquée, choquée", répète-t-elle. Pour en savoir plus, prière de s’adresser à son époux…
"Si vous n’avez rien vu insiste pourtant le président, Philippe Vignon, comment savez-vous que la mort de M. Piaulet était accidentelle ? ".
"C’est mon mari qui me l’a dit", doit-elle admettre. C.Q.F.D.
Elle confirme la version de la vente d'une arme pour expliquer le rendez-vous de VergezacLorsqu’on l’interroge à nouveau sur le motif de ce rendez-vous avec Sébastien Piaulet, elle maintient qu’il s’agissait bien de lui vendre une arme, pas de participer à une rencontre sexuelle insolite et grivoise en pleine nature. Même si la connexion avec la future victime s’était faite, quelques semaines plus tôt, via un site de rencontres échangistes et libertines, pratique dont tous les trois étaient adeptes…
La cour et les jurés devront se contenter de cela. Comme ils devront se contenter de la description froide et monocorde des heures ayant suivi la mort de Sébastien Piaulet.
Une nuit passée (et payée avec l’argent du mort) dans un hôtel d’Aubenas après " l’inhumation " de la victime, puis le départ vers Saint-Étienne : les affaires du Puydômois y seront jetées dans des poubelles et son véhicule sera abandonné dans le parking souterrain d’une grande surface. Puis, après une nuit passée "dans une sorte d’auberge un peu sale", le retour, par les moyens du bord, vers la Haute-Loire, où habitent les parents de Béatrice Dumont. Où ils parviendront "épuisés" par tant d’émotions.
"Voyez ça avec mon mari"Face aux questions insistantes de la partie civile ou de l’avocat général, elle se borne, voire s’entête à répondre, lorsqu’elle est en difficulté : "voyez avec mon mari". Ou "ça, il faut lui demander". Et rappelle à qui veut bien l’entendre n’avoir "rien fait", ni "participé à rien". Et s’être trouvée "dans un état second", le jour des faits et ceux d’après.
"C’était un vrai traumatisme pour nous, poursuit-elle. Je suis tombée dans le déni. Je ne voulais plus jamais entendre parler de cette histoire". Ce sera tout. Enfin presque, puisqu’elle a aussi nié, jeudi soir, de nombreuses déclarations faites, après l’interpellation du couple, en mars 2010, lors de sa garde à vue face aux enquêteurs du SRPJ de Clermont-Ferrand.
Durant sa déposition sans aucune émotion à la barre, elle n’aura pas eu un seul mot bienveillant pour Sébastien Piaulet, ni pour ses proches.
Le procès, qui devait initialement se conclure hier, durera finalement une journée de plus et se poursuit aujourd’hui samedi. Le verdict pourrait intervenir dans la soirée.
Christian Lefèvre
(*) En première instance, en novembre 2022, la cour d’assises de Haute-Loire l’avait condamnée à trois ans de prison pour recel de cadavre et modification d’une scène de crime. Elle n’avait pas fait appel de cette décision.
