Une rentrée en douceur pour les tout-petits de l'école Alphonse-Daudet à Clermont-Ferrand
Sidra, l’école, ça ne la fait pas beaucoup rigoler. Plutôt l’inverse en fait. Dans sa petite robe blanche à fleurs, elle cache ses boucles noires derrière la jambe de son papa, venu l’accompagner jusque dans la classe. Sidra a très exactement 2 ans et cinq mois. Avec ses huit camarades présents ce lundi 11 septembre au matin, elle a intégré la classe de toute petite section à l’école maternelle Alphonse-Daudet, classée en Réseau d’éducation prioritaire (REP +). La rentrée est difficile pour Sidra, malgré les efforts de son papa et de sa maîtresse pour la rassurer. Photo Richard Brunel
Les bonnes conditionsIci, la rentrée est échelonnée sur deux semaines et les parents sont les bienvenus dans la classe. "Ils restent jusqu’à ce que les enfants soient prêts voire jusqu’à ce qu’eux-mêmes soient prêts", sourit Florence Dabert, la "maîtresse" qui fait cette année sa 18e rentrée. Toufik, le papa de Sidra, aura du mal à partir ce lundi matin. La petite fille s’affole en le voyant s’éloigner et la maîtresse n’a pas le droit d’approcher. "Elle est toujours restée avec nous jusqu’à maintenant, elle est habituée à nous et elle les considère comme des étrangers", explique Toufik avant de faire ses au revoir, en promettant de revenir.Houda a vite essuyé ses larmes après le départ de sa maman, réfugiée sur les genoux de Stéphanie, Atsem dans cette classe de toute petite section. Photo Richard Brunel
C’est moins difficile du côté de Houda. Quelques larmes de crocodile ont bien perlé sur ses joues rebondies mais l’orage est vite passé. "Regardez, elle ne pleure même plus", lance Lobna, sa maman, à peine le seuil de la classe franchi. Avant le grand départ, elle a passé quelques minutes à jouer avec sa fille dans la classe. "Ces moments permettent aussi de travailler avec les familles, on fait de la co-éducation", explique Florence Dabert.
Les neuf petits sont courageux, ne leur enlevons pas. Mais il faut dire que les conditions sont réunies pour que leur première rencontre avec l’école se passe au mieux. Effectifs allégés (ils seront treize au total), classes aérées et adaptées à leur âge, maîtresse et Atsem passionnées…
Trois choses principales nous importent : la socialisation, qu’ils viennent à l’école avec plaisir, et développer le langage.
Florence Dabert fait cette année sa dix-huitième rentrée, avec toujours autant de passion. Photo Richard Brunel
Les enfants qui fréquentent cette toute petite section n’ont pas souvent été gardés avant de rentrer à l’école, et ils ne parlent pas toujours le français à la maison. Alors les comptines et ateliers lecture succèdent aux séances en salle de motricité et aux jeux en extérieur.
Rentrée échelonnéeAutre particularité de cette grande rentrée miniature : les arrivées des petits sont échelonnées. Certains sont rentrés lundi 4 septembre, puis "tous les deux jours à peu près, des enfants arrivent", explique Florence Dabert, "c’est bien plus facile, on a pas un gros groupe d’enfants qui pleurent le premier jour". Mais pas de nouveaux arrivants le lundi dans sa classe : "Après le week-end, c’est à nouveau comme si c’était la première fois", justifie-t-elle.
La scolarité avant 3 ans n’est pas obligatoire. Mais une fois leur enfant inscrit, les parents sont tenus à l’assiduité : il y a école tous les matins dès 8 h 30 et jusqu’à 11 h 45. Et c’est bien ce qui pose problème aux petits. Si la première journée se passe généralement bien, c’est lorsqu’ils comprennent qu’il faudra revenir tous les jours que les choses se dégradent… Heureusement, l’effectif réduit permet de désamorcer les situations de crise très rapidement.La petite Ayline parle "comme un livre" à son très jeune âge. Photo Richard Brunel
Pour cela, maîtresse et Atsem peuvent compter sur un outil aussi simple qu’efficace : dans l’entrée, sur une petite table, sont réparties les photos plastifiées des parents. En cas de "coup de blues" (ou de chute dans la cour, comme Adam) un coup d’œil à papa ou maman et c’est reparti. Une "bonne idée" découverte dans une autre école et qui aide aussi beaucoup à rassurer les enfants allophones.William contemple la table sur laquelle sont rassemblées les photos plastifiées des parents, très utiles en cas de "coup de blue". Photo Richard Brunel
Pour Sidra en revanche, rien n’y fait. Il faudra appeler "abi" (papa, en arabe) avant la fin de la matinée. "La rentrée, c’est difficile. Mais, en fin d’année, quand on voit d’où on est partis et où on arrive…" Florence Dabert ne finit pas sa phrase mais on en devine la chute : elle est fière de "ses enfants", pardon, "ses élèves".
Texte : Louise LLavori
Photos : Richard Brunel
