Rencontre avec trois artisans du secteur de Montluçon qui ont créé leur emploi
Clémence Blanc, 33 ans, est en pleine transition. Son entreprise, L’atelier de Diane, quitte bientôt le garage familial, à Désertines, pour la Zac de Nassigny.Fin septembre, elle sera installée dans un bâtiment de 240 m².
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À 33 ans, elle mesure le chemin parcouru depuis 2017, quand elle a monté sa société spécialisée dans les articles en cuir autour de l’équitation et la chasse. Sa structure grossit, se dédouble avec un volet chaussures. « Je me suis formée à la botterie », en plus de son CAP sellerie/harnacherie de 2016.
Un second volet formation dans la sellerie et l'harnacherieEt la jeune femme développe une seconde société, Joces, qui proposera de la formation dès janvier 2024 :
Il n’y a rien dans le coin. J’ai dû aller à Fontainebleau pour me former, chez Michel Boissière, juge aux MOF.
L’artisan fait dans le haut de gamme, avec du cuir français « à 90 % » et italien pour le reste. Ses produits, de série et sur mesure, partent à l’international, « beaucoup en Europe, en Angleterre, aux États-Unis ».Clémence Blanc, l'Atelier de Diane
Retour à la passion d'enfanceLe rayon d’Émilie Ravaux, 44 ans, de Creat’eM, est beaucoup plus modeste. Cette couturière montluçonnaise écoule ses créations dans des points de vente, à la savonnerie d’Huriel et au magasin La Vie Claire de Montluçon, ainsi que sur les salons et marchés. Mais elle partage avec Clémence Blanc le retour à la passion. La dernière était technicienne de laboratoire, « mais en 2016, il y avait peu de débouchés. Je montais à cheval déjà et je me suis dit “c’est le moment”. »Emilie Ravaux, Creat'eM
Le moment, pour Émilie Ravaux, remonte à 2018 avec la création de sa micro-entreprise, spécialisée dans les produits de la cuisine, salle de bain, des soins, « de qualité, réutilisables » :
Depuis toute petite fille, j’aime chiner, créer des choses, transformer des objets… Je voulais faire un métier manuel, mais à l’époque, c’était dévalorisé. Ça revient aujourd’hui. J’ai donc choisi le commerce international.
Son métier l’emmènera cinq ans à Londres, en Chine, à Mayotte. En revenant en France, à 30 ans, elle passe le CAP fleuriste, qu’elle exerce dans le Cantal pendant dix ans. « C’est une activité avec ses contraintes, avec le travail les week-ends et les jours fériés », devenue de moins en moins compatible avec la vie familiale.Emilie Ravaux, Creat'eM
Aujourd’hui, elle travaille dans son atelier maison, exclusivement le coton bio acheté localement. « Ça n’a pas de sens si le tissu fait le tour du monde avant d’arriver ici. » On pourra la trouver aux portes ouvertes du Sictom de la Région montluçonnaise le 23 septembre, au Salon Zen, à Athanor, en janvier, et au salon du terroir de Prémilhat en octobre. C’est en plus de son activité professionnelle annexe, « alimentaire » :
Il y a une grosse concurrence depuis le Covid. Les gens ont eu le temps de réfléchir, sortir leur machine à coudre. C’est tout à leur honneur.
Des bijoux en papier japonaisVanessa Dos Santos, 38 ans, s’est lancée juste avant la pandémie, en janvier 2020. Cette ancienne cuisinière puis vendeuse, travaille maintenant depuis chez elle. Dans son atelier-boutique de Montluçon, elle réalise des bijoux à base de papier japonais, d’où le nom VanOgami.
Vanessa Dos Santos, VanOgamiElle y reçoit les particuliers, pour des cours d’origami. Mais c’est sur les marchés qu’on peut admirer ses créations multicolores, des boucles d’oreilles aux bracelets et colliers en passant par des broches ou piques à cheveux :
Cet été, j’en ai fait du mardi au samedi. J’ai aussi un dépôt à l’office de tourisme de Néris-les-Bains et à l’aire d’autoroute de Montmarault. Jusqu’à mi-octobre, j’ai des salons tous les week-ends, Toussaint pour souffler, et j’enchaîne avec Noël. Je suis “tranquille” de janvier à mars. Je n’arrive pas à en vivre. J’aimerais, mais ce n’est pas possible. Ça a été la pire année pour moi.
Le contexte économique, international, ne pousse sans doute pas à l’achat plaisir. Mais qu’importe, Vanessa Dos Santos continue de plier le papier, en faire des grues. Le best-seller. « C’est un oiseau symbole d’immortalité. On dit que si on en a plié mille, on a une belle vie. » Le nombre est dépassé depuis longtemps pour elle : Vanessa Dos Santos a donc la belle vie. Vanessa Dos Santos VanOgami
Seher Turkmenseher.turkmen@centrefrance.com
