Franciliens et classes aisées adhèrent davantage aux mesures environnementales : "C’est à l’État d’être à la hauteur"
C’est une étude qui, en somme, dit "ce que beaucoup d’études disent déjà" : "Que certaines politiques sont plus acceptables que d’autres. Que la population est prête à encaisser certaines transformations à condition qu’elles ne soient pas trop coûteuses, trop pénibles", résume Théodore Tallent, chercheur et enseignant en politiques environnementales à Sciences Po.
Ce mardi, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a fait paraître un baromètre d’opinion qui montre notamment que, si 84 % des Français se disent "beaucoup" ou "assez" préoccupés par les problèmes environnementaux, les Franciliens et les catégories sociales les plus élevées acceptent davantage les mesures mises en place pour limiter l’impact du dérèglement climatique.
"Un État en lequel on n’a pas toujours confiance"Prenons l’exemple de la taxe carbone. 47 % des cadres se disent favorables à son augmentation, contre 35 % des personnes interrogées. Et 57 % des Franciliens sont pour également contre 20 % des habitants de communes rurales. La Drees l’explique notamment par le fait que, dans les ménages précaires, les taxes environnementales "ont tendance à peser principalement sur la consommation, qui représente une part plus élevée de leurs revenus, et qu’elles visent à inciter à des ajustements de comportement qui peuvent paraître plus coûteux pour les plus modestes".
Théodore Tallent voit, dans le résultat de ce baromètre, autre chose : "Les politiques environnementales sont coûteuses et décidées par un État en lequel on n’a pas toujours confiance à mesure que l’on s’éloigne des grands centres urbains. On l’a vu avec les Gilets jaunes : alors que la taxe carbone est plus coûteuse en dehors des centres urbains, l’État n’a pas essayé de mettre en place des mesures adaptatives. On peut ainsi être concerné par le sujet climatique et légitimement craindre les effets de la taxe."
Le chercheur relève également, du côté de Paris, une certaine culture locale "qui, pour simplifier, rend désirable l’étiquette écolo et qui va façonner des perceptions plutôt positives des politiques environnementales".
"Mais cela ne doit pas donner l’image simpliste de Parisiens écolos et de ruraux indifférents. Il est très important de bien comprendre la différence entre l’acceptabilité réelle et l’acceptabilité déclarée."
Entre ambition de réduire notre impact environnemental et obsession du pouvoir d’achat, l’équation est-elle insoluble ? "Il ne faut pas dramatiser l’opposition 'fin du monde, fin du mois'. Je comprends la démobilisation mais ce n’est pas parce que c’est dur que c’est impossible, tranche Théodore Tallent. La transition écologique peut entrer en symbiose avec nos modes de vie. Rénover sa maison, changer sa chaudière… À terme, ce sont des milliers d’euros économisés par an. Maintenant, c’est à l’État d’être à la hauteur."
"L'avenir est à la multimodalité"
Entre habitants des grandes villes desservies par les transports en commun et ruraux contraints d’aller travailler et faire leurs courses en voiture, se pose la problématique de la mobilité, "sur laquelle les politiques continuent de se casser les dents". "Il n’y a pas de recettes miracles, observe Théodore Tallent. Dans le contexte des zones rurales, on ne créera pas, dans 50 ans, un monde sans voiture. Cela doit passer par la massification de la voiture électrique dont l’impact est deux à trois fois inférieur à une voiture électrique sur l’ensemble de sa durée de vie (il cite un avis de l’Ademe émis en octobre 2022, NDLR)."
En outre, pour le chercheur, l’avenir de la mobilité passera par la multimodalité : "Quand on est un citoyen du monde rural isolé, il n’est pas question de se projeter sans voiture."
Pauline Mareix
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