L'appli Cycle Zéro permet d’offrir aux particuliers des matériaux de chantier inutilisés
D’un côté, il y a les rebuts de chantiers de toutes natures -portes, fenêtres, radiateurs, isolants, sols…- destinés à la benne bien que flambant neufs. De l’autre, des particuliers qui ont du mal à finir leur maison ou à la rénover dans des matériaux adaptés. Entre les deux s’est immiscé Cycle Zéro, l’initiative d’un trio parisien qui a imaginé une application pour éviter le gaspillage et favoriser le recyclage de tout ce qui peut être utile en matière de construction.
Economie circulaireCofondatrice de la jeune structure créée en septembre 2022, Karima Lebsir, architecte parisienne, formée au réemploi et l’économie circulaire a " fait le constat du gaspillage existant " sur les chantiers.
Pour des questions de normes ; de changements de dernière minute des clients ; d’inutilité… beaucoup de matériaux sont mis en benne.
Et ils partent en incinération ou en enfouissement » bien que neufs. S’il existe « quelques filières de recyclage pour certains types de matériaux », « on estime, note-t-elle, que "sur les 42 % de déchets générés par le BTP, seul 1 % est réemployé ". Dans ces cas de rebut, pourtant, " l’entreprise perd deux fois car non seulement elle a payé les matériaux mais elle doit également s’acquitter du montant de la mise en benne ".
Une visée sociale et écologiqueC’est là qu’intervient Cycle Zéro, " dans une visée sociale et écologique ". "Par notre réseau, nous arrivons sur les chantiers, nous faisons un diagnostic ressource, vérifions la viabilité et la qualité des matériaux " rejetés, avec les entreprises et "nous les inscrivons sur notre application" .
Les particuliers qui sont inscrits " peuvent alors les réserver, nous validons ces réservations " -en veillant à ce qu’il n’y ait pas de détournement à des fins mercantiles - puis le particulier que nous accompagnons se rend sur le chantier pour enlever gratuitement sa commande. "Un bon de cession est remis à l’entreprise pour garantir la traçabilité " de la transaction et lui permettre de déclarer leurs points-carbone.
Un intérêt en termes d'imageUne cinquantaine d’entreprises sont déjà en relation avec Cycle Zéro. Leur intérêt, qui constitue l’économie de Cycle Zéro, réside dans le coût de l’enlèvement de leurs déchets. "Nous leur facturons la moitié du montant d’une benne " explique Karima Lebsir qui pointe également " l’intérêt en termes d’image " pour la société donatrice.Pour l’instant, l’application, téléchargée par 110.000 particuliers, permet des opérations sur " un rayon jusqu’à une centaine de kilomètres " en région parisienne. Et en près de neuf mois, ce sont 110 tonnes de matériaux qui ont été récupérés et offerts à des particuliers et parfois même à de petites entreprises.
"Plus rapides qu'une benne""Nous aimerions nous développer en région. Cela a débuté en PACA. Nous essayons de créer un réseau " via " des ambassadeurs, des personnes du BTP, des architectes…, avec une conscience écologique (et sociale) et qui seraient chargés de créer des antennes autonomes en adaptant nos process aux enjeux locaux ".Une dizaine de personnes œuvrent désormais aux côtés de Karima Lebsir.
Elles ont en commun d’être convaincues de la dimension environnementale et sociale de l’entreprise qui, entre autres, a été contactée par l’Ademe, différents bailleurs sociaux, Bouygues… Une visibilité porteuse à laquelle s’ajoute un atout souvent décisif. "Nous sommes bien plus rapides qu’une benne ! " s’amuse l’architecte. " En une journée, on débarrasse le chantier ". (*) Plus d’infos sur : https://cyclezero.fr/.
Sophie Leclanchésophie.leclanche@centrefrance.com
