Il séquestre sa femme pendant deux heures : un homme condamné à huit mois de prison ferme en Creuse
"Je suis arrivé en prison parce que je voulais parler à ma femme." Dès le début du procès, le prévenu de 39 ans tente de minimiser les faits. Il se fait reprendre immédiatement par le président du tribunal judiciaire. "C'est un peu un raccourci de dire ça. Le fait d'enfermer quelqu'un, c'est ça qui vous a amené ici", corrige Michael Humbert.
Le prévenu doit en effet répondre des chefs de séquestration et de menaces de mort commis le 19 mai dernier à l'encontre de sa femme. Ce jour-là, il avait fermé la porte d'entrée et empêché sa conjointe de sortir pendant deux heures. Il l'aurait dans le même temps menacée : "Si tu trouves quelqu'un, je le retrouverai et tous les deux, je vous égorgerai". Sa femme avait alors appelé les gendarmes et le mari avait été interpellé.
AutomutilationCe lundi 10 juillet, le presque quadragénaire réfute avoir proféré des menaces. Il reconnaît juste la séquestration. Il assure qu'il voulait juste discuter et qu'il n'aurait fait aucun mal à sa femme. "Je ne fais du mal qu'à moi-même", assure-t-il au tribunal en montrant des traces d'automutilation sur ses avant-bras. Conséquence d'un profond mal-être existentiel d'un homme qui révèle avoir été victime de viol durant son enfance. "L'humain, j'aime pas du tout (...) Je m'en fous de ma vie".
Tél. 3919. Les femmes victimes de violences peuvent contacter ce numéro d'urgence, gratuit et anonyme, accessible 7 jours sur 7.
"Peur de l'abandon"Bien qu'elle a porté plainte, sa femme minimise à l'audience les menaces dont elle a pu faire l'objet. "Il dit des choses sans les penser". D'ailleurs, "par peur de l'abandon", elle ferait de même. Lors de précédentes déclarations, elle a toutefois pu dire que son mari était quelqu'un de "jaloux", qui cherchait à la "contrôler", à "l'isoler de sa famille". Désormais, elle veut qu'ils suivent "une thérapie de couple avec médiation".
La procureure de la République, Alexandra Pethieu, estime qu'il s'agit là d'un "couple compliqué", avec des gens "fragiles", "instables". Le prévenu possède en plus un casier déjà lesté d'une douzaine de condamnations, la plupart pour des délits routiers. Elle requiert une peine de 12 mois de prison, la révocation partielle d'un sursis à hauteur de deux mois et son maintien en détention.
L'avocat du prévenu, Richard Laurent, tente de circonscrire les faits de séquestration. En dehors de cet épisode, la victime "avait toute liberté d'aller et venir", plaide-t-il.
Bracelet électroniqueFinalement, le tribunal relaxe le trentenaire pour les menaces de mort, sur lesquelles persiste un doute. Mais le condamne pour séquestration à six mois de prison, révoque le sursis de deux mois et aménage la peine de huit mois ferme en bracelet électronique. Sont également ordonnées des obligations de soins, de travail ou de formation, ainsi que des interdictions de porter une arme pendant cinq ans et de paraître au domicile de sa femme (qui possède un autre logement).
S'adressant au condamné et à la victime, Michael Humbert prévient :
"À vous de voir si vous voulez rester ensemble... Mais c'est un très gros risque. La dépendance affective, ce n'est bon ni pour vous, ni pour elle."
Daniel Lauretdaniel.lauret@centrefrance.com
