La Muraille de Chine définitivement rayée du paysage clermontois
L'intégralité de la Muraille de Chine devait disparaître d'ici au 14 juillet. La grignoteuse est en train d'en faire tomber les ultimes parties en ce mardi 11 juillet, à Clermont-Ferrand.
Ils étaient quelques dizaines à assister, tôt ce matin, aux dernières attaques effectuées par la grignoteuse. "Je vous avoue que j'ai eu un peu d'émotion en montant le viaduc", a souligné le maire, Olivier Bianchi, avant de rappeler que la décision de tomber cet ensemble immobilier, qui a marqué durant des décennies le visage de la ville, avait été prise en 2014, afin de constituer la cité du futur."La Muraille avait été construite pour répondre à certains défis, tels que l'accueil de populations externes. Aujourd'hui, on se projette dans un monde qui doit être plus sobre et améliorer la qualité de vie. Se posent la question de la végétalisation des villes, des mobilités douces, etc."
Des vies qui partent en fuméeFace à ce chantier gigantesque, comment ne pas avoir une pensée pour ceux qui ont habité ces tours, qui y ont construit une vie, des souvenirs... Mais aussi "ceux qui l'ont bâtie", comme l'a souligné le préfet Philippe Chopin.
"Dans ces salons, ces chambres, ces cuisines, ce sont passés des moments de joie, de bonheur. C'est un peu tout ça qui s'en va dans cette poussière."
Mais un travail de mémoire est réalisé via un documentaire. Et, déjà, les premiers contours du futur parc qui sera implanté sur ce site laisse entrevoir à quoi le quartier Saint-Jacques ressemblera. De quoi donner "une nouvelle tonalité au paysage urbain de Clermont."
Dernière pierre"C'est une dernière pierre, ce qui est extrêmement rare, mais qui se fera de plus en plus", enchaîne Marion Canalès, la présidente d'Assemblia et adjointe au maire de Clermont. Pour en arriver là, il a fallu poser un acte fort en 2015, puis expliquer, réexpliquer. Prendre le temps de reloger les familles aussi, trois ans. "70% de la population a choisi de rester à Saint-Jacques, leur quartier." 574 familles ont été relogées, avant le premier coup de déconstruction donné à la grande tour de l'allée des Dômes.
Sur ce chantier, qui a tenu ses délais, 93 tonnes de bois seront recyclées. "C'est aussi 40.000 tonnes de béton, dont 13.000 qui restent ici, et 15.000 heures d'insertion. Ça va être une nouvelle ère, ça amènera une nouvelle urbanité", s'enthousiasme la présidente d'Assemblia.
Immortalisé en photosÀ côté des élus, de la députée Delphine Lingemann, du préfet, quelques anonymes sont également venus immortaliser la fin du chantier. Luc Jupin, qui a été instituteur à l'école Pierre-Mendès-France, vit dans le quartier : "Je suis arrivé à Clermont en 1977. J'ai même pris mes premiers cours de guitare au centre Georges-Brassens, derrière la Muraille."L'un de ses plus forts souvenirs avec la Muraille, c'est certainement cette photo où il monte le viaduc à pied, avec sa fille dans un porte-bébé, avec eux deux au premier plan et les blocs de bâtiments en arrière-fond. "Aujourd'hui, le bébé a 39 ans, s'amuse-t-il, le cliché en main. Je suis le chantier depuis le début. J'ai fait des centaines de photos qu'il faut que je trie !"
Un symboleSerge Lepetit, lui, est venu d'Issoire. Il n'a pas habité ces blocs, mais lui aussi suit la déconstruction depuis avril. "Je venais une fois par semaine. Clermont, c'est la cathédrale, la Muraille, le puy de Dôme et Michelin, sourit-il. Ma grand-mère habitait Clermont, on venait tous les week-ends, et on passait devant la Muraille. C'est un symbole."
Et cette vue dégagée qui est progressivement apparue avec cette végétation qui reprend un rôle de premier plan, qu'en pense-t-il ? "C'est très agréable." Et ce n'est que le début puisque prendra prochainement place ici un parc de 3,5 hectares, à quelques centaines de mètres du centre-ville.
Texte : Gaëlle Chazal
Photos : Thierry Lindauer
Vidéo : Stéphanie Delannes
