Transition écologique : et si vous misiez sur des jeunes pousses ?
Ces trois entreprises-là sont récentes, ont généralement des montagnes à déplacer, paraissent à la fois fragiles et méritantes. C’est le cas d’Hoffmann Green Cement dans le ciment, de Carbios dans les bioplastiques et d’Aker Carbon Capture dans le piégeage du carbone. Il va sans dire qu’en misant sur des technologies de rupture, elles présentent pour les investisseurs un profil plus risqué que la moyenne. Une prise de risque qui se retrouve dans la volatilité de leurs cours de Bourse.
Né en Vendée il y a neuf ans, Hoffmann Green Cement (HGC) espère devenir un trublion dans l’univers oligopolistique du ciment, l’une des industries les plus émettrices de CO2 du monde. Logique, dès lors que la fabrication passe par l’exploitation du clinker broyé, un produit du calcaire chauffé à très haute température pendant dix-huit heures, ce qui consomme une énergie considérable. HGC propose quant à elle de… se passer du clinker, grâce à un procédé d’activation à froid. Résultat revendiqué : une division par 4 à 6 des émissions de CO2 et un processus 10 à 15 fois moins énergivore. Sur le papier, l’offre est donc particulièrement alléchante.
La solution HGC a commencé à séduire des groupes de construction de premier plan. Les contrats signés devraient permettre d’écouler environ 24 000 tonnes de ciment en 2023, environ le double du niveau de 2022. Mais cela reste une goutte d’eau et le chiffre d’affaires demeure très modeste (environ 5 millions d’euros espérés cette année). Pour autant, les investissements réalisés ou en passe de l’être doivent permettre de disposer d’une capacité de production annuelle de 550 000 tonnes à partir de 2026, un niveau nettement plus honorable. A cet horizon, le groupe vendéen table sur une part de marché de 3 % en France et un résultat opérationnel courant positif dès 2025.
HGC est coté en Bourse depuis 2019, avec des hauts et - surtout - des bas. Il n’est pas évident de se faire une place dans un secteur peu enclin à voir les lignes bouger. Mais l’entreprise dispose d’atouts indéniables : un actionnariat solide et engagé dans la conduite opérationnelle, des produits reconnus, des capacités de production en forte expansion et un contexte favorable compte tenu des enjeux environnementaux.
L’Oréal, Michelin et L’Occitane au capital
Carbios, autre valeur moyenne française, a développé de son côté des technologies à base d’enzymes pour la valorisation des déchets plastiques et textiles et la production de biopolymères. Ses travaux ont attiré les filiales de capital-risque de L’Oréal, de Michelin ou de L’Occitane, qui sont entrées au capital. La jeune pousse de la chimie dite "verte" vient de trouver un partenaire potentiel pour construire une première usine française de biorecyclage du plastique PET, le plus commun. Carbios se situe encore à un stade précoce de son développement, mais plusieurs étapes clefs ont d’ores et déjà été franchies. Il s’agit donc d’un vrai pari sur l’écosystème du recyclage du plastique.
Cap au nord pour terminer, avec Aker Carbon Capture, le premier acteur coté en Bourse totalement dédié au captage du CO2 des sites industriels et d’extraction pétrolière, dont le stockage et la réutilisation constituent des solutions envisagées pour lutter contre le réchauffement climatique. Aker CC dispose d’une technologie éprouvée dans le domaine. Au-delà des sites pilotes et des démonstrateurs, le groupe norvégien est en train d’installer ses dispositifs d’envergure chez plusieurs industriels. Attention, toutefois : à l’instar de Carbios ou d’Hoffmann, la société est en début de vie et n’est pas encore rentable.
Un article issu du dossier spécial de L'Express "Investir dans la transition écologique : 20 valeurs à suivre", publié le 6 juillet.
