Qui veut la peau des vaches ? Une ode à la meilleure amie de l'homme
Même la Cour des comptes leur en veut. L’institution qui contrôle le bon usage des finances publiques a rendu un rapport fin mai qui a fait se cogner les éleveurs bovins au plafond des stabulations. Leur activité y est décrite comme « la plus subventionnée en France ». Le président Pierre Moscovici et ses camarades signalent encore le bilan défavorable de l’élevage bovin pour le climat, en raison de ses émissions de méthane. Préconisation des magistrats financiers : réduire le cheptel."À l’échelle de la planète, les vaches, c’est effectivement 20 % des émissions de méthane, mais le réchauffement c’est d’abord le fait des combustibles fossiles ", recadre Claude Aubert.
La vache, une sacrée "machine"Quelle mouche a piqué cet ingénieur agronome retraité, qui a consacré sa vie à la promotion de l’agriculture biologique ? Claude Aubert n’a jamais été un apôtre du bifteck, mais trop, c’est trop : "J’en avais assez d’entendre des bêtises sur les vaches, émanant de différentes catégories souhaitant leur disparition : les véganes, les industriels qui sont en train de nous faire du lait sans vache et les climatologues, qui leur veulent moins de mal, mais qui affirment qu’il y en a beaucoup trop ".Le dernier livre de Claude Aubert, Qui veut la peau des vaches ?, est un plaidoyer pour cette "merveille de la création ".
Connaissez-vous une machine capable de transformer de l’herbe en lait, en viande et en énergie ?
La vache peut prêter sa force de traction et fournir encore un "formidable fertilisant". Pour Claude Aubert, citant le paysan breton André Pochon : "La vache, c’est une barre de coupe à l’avant, un épandeur de fumier à l’arrière". N’en jetez plus. Il faut se rendre à l’évidence, comme Fernandel en son temps : la meilleure amie de l’homme n’est pas une jument et elle s’appelle Marguerite.
À 85 ans, Claude Aubert n’ambitionne pas de devenir l’idole de la Fédération nationale bovine (FNB). Au fil des 160 pages d’un solide argumentaire, ce précurseur du bio (*) défend les systèmes d’élevages extensifs et un aliment exclusif : l’herbe.
Son ode à Marguerite est surtout un plaidoyer pour la prairie permanente pâturée, si possible cernée de haies. Biodiversité préservée, séquestration du carbone, qualité du lait, des fromages, de la viande… En bon ingénieur, Claude Aubert met un point d’honneur à démontrer la réalité de la vertueuse équation, avec un grand talent de vulgarisateur. Il prend même soin de démonter l’hypothèse, chère aux véganes, du "réensauvagement" des herbivores.
Mettre les laitières à l’herbe et au foinQui veut la peau des vaches ? est un essai absolument digeste, grassement illustré, qui peut même aider à comprendre quelques grands enjeux climatiques, à travers le tube digestif des ruminants. Notons que nulle statue de Claude Aubert n’a été commandée pour l’instant à Moulins-Engilbert (Nièvre), à Bellac (Haute-Vienne) ou à Saint-Flour (Cantal).Le plaidoyer est en vérité nuancé.
Il y a trop de bovins dans le monde, mais aussi en France. Il faut diminuer la consommation de viande.
Claude Aubert prend exemple sur la consommation de vin des Francais. Elle est en chute libre depuis cinquante ans, mais le vignoble hexagonal s’est réorienté, avec succès, sur des productions de qualité.S’il était ministre de l’Agriculture, Claude Aubert ne défendrait pas les races à viande, « plutôt les races mixtes comme les salers ou les montbéliardes » et préconiserait d’arrêter de donner du maïs et des tourteaux de sojas aux vaches laitières, juste de l’herbe et du foin. Quitte à réduire par trois leur productivité.
L’un des paramètres d’un élevage bas-carbone, extensif et rentable, serait l’allongement de l’espérance de vie de nos vaillantes ruminantes. Aujourd’hui, après avoir donné naissance à deux, voire trois veaux, une vache française fait du bœuf au rayon boucherie. Fauchée en pleine jeunesse. Et, si c’était avec les vieilles peaux que l'on faisait les meilleures entrecôtes ?
Julien Rapegno
(*) Claude Aubert fut secrétaire général de Nature et Progrès dans les années 1960 et 1970 et cofondateur des éditions Terre vivante.
Qui veut la peau des vaches ? Par Claude Aubert. 160 pages. 25 euros Éditions Terre vivante.
